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la Folie Potter
un phénomène éditorial sans précédent


Harry Potter est un phénomène éditorial sans précédent. Alors que de nombreux éditeurs ont refusé le premier manuscrit, c'est Bloomsbury, petit éditeur qui, en faisant signer J.K. Rowling décroche le jackpot. Imaginez qu'en quelques tomes, l'auteur de ce best seller est à la tête d'une fortune dépassant dit-on celle de la reine d'Angleterre, une simple moldue il est vraie!

Et force est de reconnaître que ses ouvrages ont su captiver des générations de lecteurs à travers le monde, donnant le goût de la lecture à de nombreux enfants... Car ceux qui ne finissaient que contraint et forcé les livres imposés par leurs professeurs dévorent à présent sans indigestion les centaines de pages de cette série... Mais les enfants ne sont pas les seuls atteints par la pottermania. Les adultes sont eux même gagnés par cette curieuse maladie et lisent avec jubilation les aventures du Sorcier le plus connu qui a estompé la notoriété pourtant bien assise de Merlin et de Gandalf... Sans oublier ceux qui paufinent leur maîtrise de la langue de Shakespeare pour ne pas avoir à attendre la traduction...

Les médias, de la télé à la presse écrite, ont fait un large écho à la sortie de chaque tome, couronnant une campagne marketing impeccable. Avant la publication des derniers tomes, les plus folles rumeurs envahissaient internet, sur la mort de tel ou tel personnage, sur le dénouement de la série ou sur les liens qui allaient se tisser entre les différents personnages. Manuscrits volés, tomes mis en vente trop tôt ou église dénonçant l'engouement pour ces histoires de sorcellerie furent autant de publicité au roman...
Les libraires ne s'y sont pas trompés : depuis quelques tomes déjà, la parution de la version française est l'occasion d'une fête nocturne où les fans viennent attendre minuit, heure fatidique à laquelle la vente du livre tant attendu est légal. L'ambiance y est bon enfant, vendeurs et lecteurs y viennent souvent costumés. Sorciers et moldus s'y mêlent autour de la soupe au potiron de rigueur...Les dernières secondes avant l'heure fatidiques sont décomptées comme celle qui achève une année lors de la nuit de la Saint-Sylvestre...

Rarement de tels événements ont été organisé autour d'un livre, pour ne pas dire jamais! La publication du dernier opus a parfois connu quelques couac, en Alsace notamment où l'inspection du travail a rendu illégal l'ouverture des librairies la nuit de la publication d’Harry Potter et les Reliques de la Mort... Bien sûr, pour les librairies et Gallimard, cette multiplication d'événements autour de la publication du dernier tome était un coup marketing intéressant. Mais c'était surtout une fête, une soirée originale autour d'un livre, ce n'est pas si courant, une première sans nul doute pour un livre destiné à la jeunesse! Résultats, la Fnac et la librairie Kléber, habitués à célébrer cet événement étaient toutes deux closes... Seule Dinalivre, petite librairie spécialisée dans le destockage étaient ouverte, pour la plus grande joie des Sorciers qui faisaient la queue pour acheter l'un des 100 exemplaires de la librairie... Ce qui a permis de croiser ça et là quelques sorcier en tenue dans les ruelles de la ville...

Le Best Seller a été décliné dans de nombreux supports : le cinéma bien sûr où chaque nouveau volet bat des records au box office. Mais aussi le jeu vidéo, le jeu de société, sans compter les multiples produits dérivés, des figurines aux fournitures scolaires en passant par les baguettes magiques et vêtements de sorcier…

Mais qu'est ce qui suscite un tel engouement dans la série de J.K. Rowling? Ses ouvrages ne brillent pas par leur style littéraire... Ses personnages ne sont pas d'une ébouriffante originalité, Rogue mis à part sans doute. La trame narrative n'est pas des plus charpentée, les romans se résumant à une suite de péripéties qui ne s'inscrivent pas toujours dans une mécanique scénaristique bien huilée...
Non, ce qui envoûte dans les aventures de Potter, c'est l'univers qu'elle a esquissé au fil des tomes. Un univers proche du notre et néanmoins si différent. Un univers qui s'ancre dans les représentations enfantines du monde, qui fait appel au désir de rêve, à l'envie irrépressible de croire en l'existence de la magie. Les personnages manichéens et souvent caricaturaux (l'intello, le rebelle, le meilleur ami, le grand méchant, la tête à claque, le vieux sage...) font que l'enfant (tout comme l'adulte qui a gardé son âme d'enfant) se trouve en territoire connu : un monde manichéen où gentils et méchants sont, à quelques rares exceptions prêts, clairement identifiables. Un univers qui par bien des aspects pourraient être rapproché de celui imaginé par Georges Lucas et son épopée de la Guerre des Etoiles. Des ponts pourraient être jetés entre ces deux univers, notemment entre les personnages.. Yoda ferait un Dumbledore honorable. Rogue un Drak Vador convenable. Yann Solo serait Ron, Palpatine un Lord Voldemort acceptable. La Princesse Leïla une Hermione horripilante dont Yann/Ron tombera finalement amoureux.
Mais si les analogies semblent ainsi déclinables à l'infini , c'est sans doute parce que le schéma est finalement celui de bon nombre des histoires qui ont bercé et berceront longtemps encore les histoires destinées à la jeunesse...

Le vocabulaire original qu'elle a développé, les sortilèges aux noms évocateurs et les créatures étranges qui peuplent son univers est aussi pour beaucoup dans l'intérêt que portent les enfants aux aventures de Potter. S'il y a Moldus, Sorciers et Cracmol, les lecteurs de Potter semblent parler une novlangue, et peuvent ainsi entretenir l'illusion d'appartenir au monde des sorciers, d'avoir des connaissances inconnues du profane, renforçant l'aspect immersif et le processus d'indentification propre à chaque roman.

Rowling a su créer un conte moderne qui réenchante un quotidien peut-être trop morne. De nombreux romans jeunesses s'inscrivent dans la ligné de Potter et si il y a eu une génération Star Wars, incontestablement, il y a une génération Potter. Mais à l'heure de la dictature de l'image, cette oeuvre de fiction a su donner le goût de la lecture à une génération d'enfants. On ne peut que s'en réjouir!



Le Korrigan