Haut de page.

Entretien avec Marc Piskic
accordé aux SdI en septembre 2009


Avant de commencer, êtes vous farouchement opposé au tutoiement ?
Absolument pas !

Tout d'abord un grand merci de te prêter au petit jeu de l'interview... Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi? ( Parcours, études, âges et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de compte numéroté en suisse)…
Pour être bref je dirais que mon parcours bien qu’assez chaotique a en général était régi par mon intérêt pour tout ce qui touche à l’image, au son, et à la narration. Un passage à la Joe Kubert School of Cartoon and Graphic Art puis l’école Emile Cohl 2 ans plus tard. J’ai par la suite travaillé dans la pub et Internet avant de revenir à la BD.
Et non, pas de compte en Suisse !



©Marc Piskic / Emmanuel Proust Editions


Quel lecteur étais-tu enfant ? Quels étaient alors tes dessinateurs favoris?
J’ai débuté de manière classique avec Tintin et Astérix. Puis, j’ai découvert Tillieux et Jijé. Gil Jourdan et Valhardi m’ont très longtemps captivé ; ce sont ces deux là qui m’ont inoculé le virus de la BD. J’étais également un lecteur assidu des X-Men de Claremont/Byrne et d’un nombre incalculable de format poche n/b Arédit qui reprenaient en vrac des séries US telle que House of Mistery , Jonah Hex, le Conan de Barry-Windsor Smith ou encore le Haunted Tank de Kubert. Plus tard, j’ai découvert Breccia, Pratt, Battaglia, Tardi et beaucoup d’autres…

Devenir auteur de BD, était-ce un rêve de gosse?
Tout à fait. Je m’en suis éloigné par moment pour diverses raisons mais finalement, m’y voilà.

Quelles sont pour vous les grandes joies du métier d’auteur de BD?
En premier lieu, pouvoir raconter des histoires. Etre en mesure de pouvoir y développer des personnages aux origines, caractères et trajectoires différentes ; poser des ambiances, reconstituer des scènes d’époques aujourd’hui révolues…

En 2004 paraissait Le Crime du Golf, adaptation du roman éponyme d’Agatha Christie dont tu as signé dessin et couleur. Deux ans plus tard, tu adaptes Le Train Bleu, signant cette fois dessin et scénario. Tu publies aujourd’hui Pierres de brume, premier tome d’un projet plus personnel … De l’esquisse du projet à sa concrétisation, l’édition de cet album a-t-il relevé du parcours du combattant ?
Oui et non. La genèse d’Ontophage remonte à 10 ans. Le projet a donc eu le temps de mûrir sans précipitation. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le concrétiser chez un autre éditeur il y a de ça quelques années, mais je ne me sentais pas en mesure de l’appréhender dans les meilleures conditions possibles.

Pouvez-vous en quelques mots présenter cette nouvelle série ?
Ontophage est une série prévue en 4 tomes et qui se déroulera sur une échelle de temps assez réduite. Un mélange de fantastique et de policier avec parfois un petit côté désuet que j’affectionne beaucoup dans les feuilletons littéraires fin XIXe/début XXe .

Comment aborde-t-on une série ancrée dans l’histoire ? La rédaction du scénario a-t-elle nécessité de nombreuses recherches documentaires et picturales ?
Beaucoup de recherches oui, mais étalées sur plusieurs années cela c’est donc fait tranquillement. J’avais les principaux éléments des 4 tomes en tête avant la rédaction sommaire des découpages et donc réuni la majeure partie de la documentation nécessaire en amont (lectures et recherches picturales), celle-ci ne devant pas noyer le propos.



©Marc Piskic / Emmanuel Proust Editions


Quelles ont été tes principales sources pour élaborer cette histoire? Conseillerais-tu un ouvrage en particulier aux lecteurs désireux d’en apprendre plus sur cette époque?
Elles sont aussi diverses que multiples : littérature du XIXème/début XXème, cinéma et également musique –élément indispensable à l’écriture en ce qui me concerne. Pour le reste, je me réfère beaucoup à des journaux reliés d’époque -qui sont une mine d’or s’agissant de la vie quotidienne sous le Second Empire- et aux « Mémoires de Canler ».
Pour coller au contexte de ce premier tome, donc Paris, je dirai qu’un petit livre comme le « Paris Impérial (la vie quotidienne sous le second Empire ») de Hervé Maneglier est un bon début, assez ludique. J’y ajouterai un pendant photographique avec les œuvres de Marville et sur d’autres thèmes : Legray. Ce qui m’intéresse en priorité, c’est le quotidien, l’instantané, pas les fastes de l’Empire.

Comment s’est organisé ton travail sur cet album ? Du synopsis à la planche finalisée, quelles ont été les différentes étapes d’élaboration de la BD?
Serait-il possible, pour une planche donnée, de voir ces différentes étapes?

Le thème principal étant là depuis longtemps, les différentes clés de l’histoire ont été réparties sur les 4 tomes en amont de la réalisation du tome 1. J’ai de nombreux carnets remplis de notes, de descriptions et d’idées de scènes, de répliques. Découpage et dialogues définitifs découlent de la mise en ordre de ces notes.
Ensuite, je procède à une rapide mise en place sur papier.

Certaines planches ou cases plus complexes à élaborer sont montées sur Photoshop ; ce qui me permet d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Ensuite elles sont transférées sur table lumineuse. Mes crayonnés ne sont la plupart du temps pas très poussés. Je préfère passer directement à l’encrage, notamment pour tous ce qui relève des textures et des noirs. Je ne prends jamais la peine de scanner mes crayonnés car j’encre le plus souvent en même temps. Une fois tout ça terminé, je passe à la couleur sur Photoshop. Je traite les planches par lot suivant les gammes de couleurs quitte à en laisser certaines en suspend pour y revenir par la suite si elle présente différentes tonalités.



©Marc Piskic / Emmanuel Proust Editions



©Marc Piskic / Emmanuel Proust Editions


Quelle étape préfères-tu dans l'élaboration d'un album?
L’encrage, sans aucune hésitation.

Pourquoi l'encrage?
C’est le moment ou je bataille avec ma planche ; où j’essaie diverses choses dont je ne suis pas necessairement sur du résultat. Plus simplement, j’ai toujours préféré les BD en n/b. De ce point de vue, l’encrage m’a toujours plus interpellé que le reste.

Comment avez vous abordé l'apparence des personnages?
Mon principal souci est d’avoir des personnages que l’on puissent bien différencier. J’en ai donc créé une multitude répondant à toutes les catégories sociales de l’époque. Quand j’ai des doublons, ils partent à la poubelle. C’est pour moi le meilleur moyen d’éviter des ressemblances. Ensuite, un peu comme mes carnets de notes, je les sors de mes carnets de croquis au gré de mes besoins. Tristan et D’Onfroy ont tout de même fait l’objet d’un traitement un peu à part.

A ce jour le métier d'auteur de BD est-il un métier à plein temps ou exerces-tu une autre profession en parallèle?
Pour le moment, je ne fais que ça. J’espère pouvoir élargir le champs dans le futur.

Un immense merci pour le temps que tu nous as accordé!



©Marc Piskic / Emmanuel Proust Editions


Le Korrigan