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Entretien avec Léo Henry
entretien accordé aux SdI en mars 2010


Bonjour et merci de te prêter au petit jeu de l’interview… Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi? (Parcours, études, âges et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de compte numéroté en suisse)
Bonjour Laurent. Je m’appelle Léo et je consacre une partie de mon temps à écrire. J’ai étudié la littérature pendant des années à la fac sans parvenir à m’en dégoûter (ni de la littérature, ni de la fac). Et, parmi mes autres vices, j’aime danser (en couple), jouer de la musique (médiocrement), voyager (dans des lieux improbables) et manger (souvent et en quantité).

Mon petit doigt m’a dit que tu avais attrapé très tôt le virus de l’écriture puisque en école élémentaire déjà tes rédactions suscitaient un vif intérêt auprès de tes professeurs et camarades… Quand as-tu décidé de faire de cette passion de l’écriture un métier ?
Il y a un peu plus de deux ans, maintenant, mais je ne sais pas si ça va durer. J’ai jusque là préféré bosser en parallèle pour avoir d’autres ressources et n’écrire que ce que je voulais, sans sentir le banquier souffler froid sur ma nuque. Il a fallu des années pour accepter l’idée que ce travail pouvait être mon métier.
Ca se fait par étapes. J’écris parce que ça me plaît, que j’en ai besoin et que c’est important pour moi. Et que ça me permet faire le malin (j’adore faire le malin). Les rédactions que je rendais en primaire m’ont valu un certain succès à l’époque, pas mal de coups plus tard. Premières critiques incendiaires, sanctionnées par des notes exécrables. On ne peut pas écrire n’importe quoi, avait estimé une prof en troisième, corrigeant une nouvelle de SF rendue en lieu et place d’une dissertation. On ne peut pas lui donner tort.

©Stéphane Perger

Enfant, quel lecteur étais-tu ? Quels sont à ce jour tes auteurs de chevet ? (tout support confondus)
Quand j’étais petit, mon papa était bouquiniste. Il y avait beaucoup, beaucoup de livre à la maison, qui entraient et sortaient, s’attardaient, passaient d’une pièce à l’autre et puis disparaissaient. Je passais aussi énormément de temps à la bibliothèque, où je lisais tout ce qui ne se trouvait pas à la maison, livres dont vous êtes le héros, bandes dessinées, et puis du fantastique, de la SF, de l’horreur. Jusqu’à l’adolescence j’ai beaucoup lu de littérature de genre, ce dont j’ai eu un peu honte au début de mes études, quand je me suis mis à rattraper les classiques. En ce moment j’y reviens un peu, par curiosité et nostalgie, et je me rends compte que les auteurs qui m’ont marqué à l’époque continuent de me fasciner, loin d’être aussi médiocres que je les avais jugés après coup. Fredric Brown, Michael Ende, Stephen King... plein d’autres que j’oublie.
Pour ce qui est de mes goûts en général, bien qu’essayant de m’en défendre, mon vice premier reste les « écrivains pour écrivains », Perec, Calvino, Borges ou Nabokov. Les trois cités plus haut (Brown, Ende et King), entrent d’ailleurs dans cette famille, à divers titres. J’aime l’américain buriné, Fitz, Hem, Crumley, le russe tragique, le sudaméricain halluciné, la poésie. Il n’y a pas de fin à cette liste, en réalité.
Pour la bédé c’est encore différent. Mes goûts portent plutôt vers des auteurs, scénaristes ou dessinateurs, qui essayent d’avancer dans le médium. Par rapport à cette très vieille et très noble chose qu’est la littérature, la bédé me semble encore malléable, magmatique, riche de possibles encore seulement aperçus. Moore, Prado, Breccia, Blutch, Burns, mais aussi Bourgeon (exceptionnels Compagnons du crépuscule), Tardi, Gotlib, Pratt...

Mon p’tit doigt, décidément très bavard, m’a dit que tu as commencé à publier ta prose dans des fanzines à forte connotation rôlistiques puis dans les pages de suppléments dédié au mythique INS/MV… Ton expérience de joueur puis d’auteur de jeux de rôles t’aide-t-elle à charpenter tes histoires ou est-ce au final une autre manière d’explorer l’art de la narration?
Le jeu de rôle (en faire et en écrire) a été un super moyen, pendant quinze ans, de canaliser mon besoin de raconter, de faire raconter et vivre des récits imaginaires. Il présentait l’avantage incroyable de réunir des gens autour de ces histoires, de décloisonner le travail d’imagination, de créer collectivement. C’est une des choses les plus pénibles pour moi, dans le travail d’écriture, cette solitude face au boulot. C’est de là que vient mon goût pour l’écriture de bédé (travailler avec un dessinateur), de livres en collaboration.
Pour ce qui est de l’influence du JdR, je ne suis pas sûr qu’elle se place au niveau structurel. Les constructions théoriques m’intéressent peu et je ne crois pas aux plans, aux analyses et théories du récit comme tuteurs de création (au bout de tant de page, hop, une scène d’action, au bout de tant, zou, un rebondissement). C’est, au mieux, un système de garde-fou avant de se lancer dans le marigot de l’écriture : les enjeux réels sont ailleurs.
J’ai par contre conservé un tic de mes années de MJ, qui est de surpeupler le monde. Ce que j’adorais dans les parties de jeu de rôle, c’était d’inventer des PNJ à la dernière minute et de le voir se développer dans leurs interactions avec les joueurs. Où qu’ils aillent, il y avait toujours un livreur en train de fumer sur le perron, un petit vieux sur un banc, un enfant qui rentrait de l’école, et s’ils prenaient la peine de s’intéresser à lui, je m’en donnais à coeur joie, détails, obsessions, tics. Ca n’avait rien à voir avoir l’histoire neuf fois sur dix, mais j’adorais ça.
C’est ce que je fais quand j’écris de la fiction, je crois. Ce qui m’intéresse c’est de raconter les histoires personnelles de gens que je ne connais pas. Je n’arrive pas à m’en lasser.

©Stéphane Perger


Suivent ensuite plusieurs nouvelles dont l’excellent recueil des Cahiers du Labyrinthe paru chez les défuntes Éditions de l'Oxymore. A quand un premier roman ?
J’ai eu beaucoup de chance de publier Les Cahiers moins de deux ans après avoir fait paraître ma première nouvelle. Les Editions de l’Oxymore faisaient un boulot incroyable de défrichage au tournant des années 2000, publiant les premières nouvelles de gens très différents et dont la plupart ont prouvé depuis qu’ils étaient là pour rester. Je pense que dans une décennie on reconnaîtra plus justement l’importance qu’ont joué Léa Silhol et Natacha Giordano (les deux directrices éditoriales) dans le micro-monde de la SFFF française... Les Cahiers se sont fait très vite, avec beaucoup d’enthousiasme. Il y a pas mal de choses dont j’ai un peu honte dedans, mais j’ai des excuses, j’étais petit. Et ça a été une chance énorme de pouvoir commencer de cette façon.
Sinon, au lieu de répondre à cette interview, je devrais être au boulot sur le manuscrit de mon quatrième premier roman. Trois sont restés dans les tiroirs depuis un peu moins de dix ans, j’espère que celui-ci sera le bon. Je saurai ça dans quelques mois, si tout va bien.

©Stéphane Perger

L’idée d’écrire des scénarii de BD te trottait-il dans la tête depuis longtemps ?
A peu près au moment où j’ai commencé à publier des nouvelles. Je cherchais un moyen d’ouvrir mon travail et je voulais bosser avec des images parce que je n’y connais rien. J’ai pensé à l’audiovisuel, à la bande dessinée, j’attendais de faire une rencontre et d’avoir un projet pour orienter cette envie imprécise. A ce moment-là, je suis tombé sur Stéphane.
L’autre facteur qui a joué, c’est ma découverte, grâce à un ami, de la bédé états-unienne. Je n’avais presque jamais lu de comic et, hors Crumb, j’ignorais qu’il existait une voie entre Batman et Hulk. Tomber du jour au lendemain sur Moore, Gaiman, Eisner et consorts m’a fait péter le cerveau. Il y avait là une deuxième, une troisième voie : la carte venait de se déplier et le monde de quadrupler de taille.

J’ai ouï dire (encore un coup de mon p’tit doigt) que Martin Scorsese n’était pas pour rien dans ta rencontre avec Stéphane Perger… Qu’en est-il?
Oui, c’est devenu la Légende Dorée, il n’y a pas de raison de ne pas la resservir. On s’est rencontré sur un balcon, à l’anniversaire d’une amie commune, pile dans l’entre-deux tour des présidentielles de 2002. Au lieu de s’engueuler politique comme tout le monde pendant ces dix jours, on a préféré se chamailler sur Gangs of New-York, qui passait alors au cinoche. Moi pour, lui contre. Je n’ai pas revu le film depuis et je suis pas sûr d’être encore aussi virulent aujourd’hui.
Après, on s’est donné des rencards au bistro, où je le soûlais de bière jusqu’à ce qu’il dise oui à mes idées les plus bargeottes. Je finissais de bosser sur INS/MV, j’avais un projet de JdR qui a fini par capoter et essayais de le recruter pour des milliers d’illustrations pas payées... Et puis on bossait sur des dossiers de bédé. On avait deux projets, un sur la crue de la Seine en 1910, qui était en fait le diplôme des Arts Décos de Stéphane, et un one shot noir et blanc d’une centaine de pages, Le Tain des jours. J’ai écrit le scénario en entier, Stéphane en a dessiné vingt planches, ça nous a pris pas loin d’un an, je pense. Et puis l’éditeur nous a retoqué. Bim.
Ensuite, Stéphane a fait Sir Arthur Benton avec Tarek, ce qui l’a tenu occupé trois ans à temps plein, pendant lesquels je bossais par intermittence sur le projet historico-parisien et zonais en Amérique du sud. En fouillant dans mes dossiers, j’ai retrouvé un premier jet de scénar daté de 2003. Ca ne nous rajeunit pas.

©Stéphane Perger


En 2008 paraissait le guetteur mélancolique, premier tome de la trilogie Sequana, publiée par Emmanuel Proust… Qu’est ce qui t’a donné envie de prendre pour cadre la crue de la Seine de 1910?
Au début du boulot il y avait le contexte, le désir graphique de Stéphane et les trois personnages principaux (Chelles, Alice et Jean). On a pas mal causé de tout ça pendant un moment, puis j’ai essayé de m’approprier les thèmes. Dans un sens on a eu de la chance de pouvoir s’échauffer tout ce temps : quand est arrivée l’heure de s’y mettre ça s’est passé plutôt bien. La première scène du premier tome, par exemple, je crois que j’ai eu le temps de l’écrire sept fois en cinq ans.
Il y avait le défi de faire de la bédé historique, aussi. C’est un domaine qui m’est tout à fait étranger et je louvoyais, dans l’écriture, veillant à ne faire ni du Adèle Blanc-Sec, ni du From Hell. Je me suis rendu compte il y a peu (et toute proportion gardée) que j’avais du coup repompé la technique narrative du Berlin de Lutes : pas d’off, pas de contexte, société vue en tranche, personnages au premier plan...

©Stéphane PergerQuelles furent tes principales sources documentaires?
Un ou deux bouquins sur la crue pour le détail des évènements (je crois qu’ils sont référencés dans la biblio du tome 1). J’ai aussi lu un pavé sur la vie quotidienne au début du siècle, captivant, largement oublié depuis. Et puis les canards de l’époque, dont ont été tirées les pubs des pages de garde, un dossier du Monde 2 sur le Sillon et Marc Sangnier. Les photos d’Atget, celles de milliers d’amateurs. Paris elle-même. Wikipedia à gogo.
Le mois dernier, alors que tout était bouclé depuis longtemps, j’ai trouvé la doc ultime pour Sequana : un pavé fin XIXè titré Paris insolite, avec des centaines de gravures de choses que j’ai cherché pendant des années et des anecdotes sur le quotidien à ne savoir qu’en faire. Crapulerie du destin.

Peux-tu en quelques mots nous faire le pitch de la série ?
Paris, janvier 1910. L’eau monte, envahit maisons et rues, rend poreuse pour quinze jours une société trop ordonnée. Monseigneur Chelles (évêque cintré), Alice Treignac (étudiante ambitieuse) et Jean Faure (assassin en cavale) sont amenés à se rencontrer, s’emmêler, s’embrouiller. Ils croisent aussi des apaches, des traîtres, des coups de revolver et de couteau, des explosions, des drames intimes, de la neige, de la pluie, pas mal de brouillard. Plastiquement c’est terrible, parce que Stéphane est superfortiche au dessin : il faut le voir pour le croire.

Tout à fait d’accord avec toi… smiley
On croise dans Sequana des personnages historiques promis à un avenir aussi sanglant que médiatique mais aussi et surtout des personnages fictifs … Comment as-tu donné vie à ces êtres de papier ? As-tu dressé une fiche détaillée pour chacun d’entre eux?

Avant de commencer la rédaction du scénar j’ai fait des fiches sur chaque personnage, entre autres pour que Stéphane puisse faire ses recherches graphiques. Quelques détails ont bougé par la suite, mais la base était posée dès l’amont, je savais depuis le début qui était qui.
C’est peut-être une des bizarreries de Sequana, au final, la quantité de personnages et le peu d’espace consacré à chacun. J’en sais bien plus long sur chacun d’eux que ce qu’on voit dans la bédé. J’espérais que ça pourrait donner une impression de hors champ, de réalisme, cette idée qu’ils sont plus que des fonctions narratives, qu’ils ont existé avant le récit et qu’ils continueront au-delà. Mais c’est possible que ça complexifie trop la lecture, qu’on perdre le fil.
Avoir des persos solide m’a bien aidé, en tout cas, puisqu’à plusieurs reprises ce sont eux qui m’ont tiré de situations inextricables. Bosser sur Sequana c’était un peu comme d’avoir plein de casseroles sur les arrières plaques, des zones du cerveau qui travaillent en tâche de fond. Quand on en a besoin, on se rend compte que tout est cuit.
Par exemple, ça n’est qu’en écrivant le tome 3 que j’ai compris pourquoi le commissaire Montcour était si remonté contre Jean. Ce qui me semblait un problème insoluble était en fait déjà résolu, malgré moi... Mais à part ça je suis pas fou, hein ?

©Stéphane Perger

Quel personnage as-tu particulièrement aimé mettre en scène?
Alice est mon perso favori, je pense que ça se voit un peu. C’est une vraie héroïne, limite bigger than life mais juste pas tout à fait. Et j’ai essayé de lui donner un côté miyazakien, d’en faire une vraie fille. Chelles est un de ceux que j’aime le moins, il me paraît encore trop monolithique, trop viscéralement mauvais.
Ceux que j’ai eu le plus de plaisir à utiliser sont ceux qui parlent pour eux-mêmes, qui digressent. Pétillot est super pour ça : il refuse de servir les intérêts dramatiques des dialogues et ne parle que de lui. Dans la scène toujours réécrite, celle qui ouvre le tome 1 au sommet de Notre-Dame, il a encombré ma dernière version d’une pleine page de blabla sur l’Afrique. C’est à la fois complètement hors sujet et en même temps ça va tellement à contre-courant que ça renforce le contexte...
J’aime bien Marie-Marthe, aussi, qui est un simple nom dans le 1, un visage dans le 2, mais qui prend la parole deux pages dans le 3, pour donner un éclairage nouveau sur la folie de Chelles. Ces moments où les personnages de second plan prennent la parole, c’est vraiment ce que j’ai préféré dans l’écriture de la série.

Quel effet cela faisait-il de voir ton scénario traduit en image (et qui plus est de façon si magistrale)?
Epatant, à tous les niveaux.
Pour en finir sur les personnages, travailler avec Stéphane a joué aussi sur leur caractère, leur évolution, leur présence. Dans le tome 1, quand Thibaut court, il l’a fait un peu Tex Avery, très expressif, un peu marrant. A la base, je voyais ce garçon comme un fils à papa veule et vaguement facho, mais c’était tellement drôle de le voir cavaler et geindre que je me suis arrangé pour qu’il ne fasse plus que ça dans les deux albums suivants. Ou bien Long-Manche, que Stéphane aimait beaucoup : il n’était pas au programme des 2 et 3, mais je l’ai fait revenir de bon gré pour qu’il puisse le redessiner, avec ses bras de traviole, son melon défoncé...
Pour ce qui est du traitement graphique du récit en général, j’ai toute confiance en lui et j’ai bien raison : il est trop fort. De temps en temps j’écris une scène de foule, un cadrage impossible, une planche indécoupable, juste pour le plaisir de le voir résoudre ces problèmes sans broncher, comme si de rien.

©Stéphane Perger

Comment avez-vous organisé votre travail avec Stéphane Perger ? Du synopsis à la planche finalisée, quelles furent les différentes étapes de votre travail? Serait-il possible, pour une planche donnée, de voir les différentes étapes de sa réalisation?
On cause. J’écris. Il dessine.
Jusqu’ici on est peu allé l’un sur le terrain de l’autre, parce qu’on n’en a pas eu besoin, j’imagine. Je rends des scénarios assez détaillés, avec des suggestions de découpages et beaucoup, beaucoup trop de détails. Stéphane fait un crayonné des planches, il condense mes descriptions, revoit les mises en scène pour que tout colle, monte ses pages démentes. J’y jette un oeil en faisant woah, woah, woah, et après il est seul maître à bord. Si tu veux voir comment la bédé se fait, il vaut mieux lui demander de te montrer les étapes, storyboard, crayonné, peinture...
Pour le scénar, j’en mets des bouts en ligne sur mon site, pour répondre simplement à ceux qui se posent la question d’en quoi consiste mon boulot. C’est rigolo, d’ailleurs, j’ai rencontré les deux extrêmes, entre ceux qui pensent que je ne fais qu’écrire ce qu’il y a dans les bulles et ceux qui imaginent que je tiens le bout du pinceau de Stéphane jusqu’à lui imposer la couleur des cravates.
Ca se lit ici, et ça spoile un peu si vous n’avez pas lu les albums :



©Stéphane PergerAs-tu d’autres projets dans tes cartons?
Oh que oui !
Entre Sequana 2 et 3, j’ai écrit un gros one shot jazzy pour Fred Boot, qui a été entièrement produit mais que l’éditeur ne peut finalement plus publier. Ca s’appelle Rainbow Mist, c’est graphique, swing et tragique. Je pense que c’est un bon bouquin et j’espère qu’il pourra exister avant longtemps. On explore des pistes.
Pour les bédés encore à écrire, on est sur un énorme projet avec Stéphane, phase de déblayage et de mise en place. Un thriller cauchemardesque qui s’étire sur dix ans et trois continents. J’ai fait plein de doc photo en voyage, j’ai des piles de bouquins qui s’accumulent, et ce qui sort de l’atelier à l’heure où je te parle est juste incroyable.
Et puis on a un projet de stand alone architectonique, dont on va poser les grands traits dans les semaines à venir, un vieux rêve commun.

Quels sont tes derniers coups de cœur ? (tous médias confondus)
Alpha > Directions. The Wire. Guy Maddin. La musique de Trinidad. Mario Kart double dash. La vieille ville de Montevideo. Kurt Schwitters. Les épinards frais.

Y-a-t-il une question que je n’ai pas posé et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre par pur esprit de contradiction ?
Personne ne m’a encore demandé où était passé le mari de Mado. A croire que tout le monde s’en fout... Du coup je n’y répondrai pas, quitte à mourir sur mon secret.

Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…

Si tu étais…


Un personnage de cinéma : The Dude. « Fuckin’ A, man ! »
Une créature mythologique : le Myrmécoléo, qui ne peut manger ni de l’herbe ni de la viande et qui meurt de faim.
Un personnage de Jeu de rôle : Gnarlytoehep, le surfer aux mille orteils (Macho Women With Guns).
Un personnage de BD : Mafalda.
Un personnage biblique : Jonas. Il faut lui taper dessus pour qu’il se mette au boulot.
Un personnage de roman : le privé à Babylone de Brautigan.
Un personnage de théâtre : Ragueneau, pâtissier des poètes.
Une œuvre humaine : la dingo fence en Australie.
Un jeu de société : Colonial Diplomacy.
Une recette culinaire : le Tacacá. Ca se prépare à base de tucupí, de jambú et de gomme de manioc. Ca se sert dans une cuia et on peut y mettre des crevettes. C’est pas bien bon, mais ça fait rigoler !
Une boisson : Straits Sling 1915. Au shaker : 2 oz. de gin, ¾ oz. de kirsch, ¾ oz. de bénédictine, jus d’un demi citron, trois traits d’angostura. Passer dans un tumbler sans filtrer la glace, couvrir au soda. Attention : au bout de trois verres, on perd des degrés de vision de près.

Un dernier mot pour la postérité?
Oui. J’allais oublier. En avril paraîtra un petit bouquin aux éditions Dystopia, titré Bara Yogoï, sept autres lieux. Il a été écrit avec Jacques Mucchielli et en cheville avec Stéphane Perger, qui a fait les gouaches et la couverture qui tartine... On a essayé de vraiment bosser à trois, avec allers retours textes dessins, et le boulot de Stéphane a été loin d’être seulement illustratif.

Le livre est composé de sept récits borderline, entre fantastique, SF et onirisme et dans cette atmosphère un peu amiantée qu’on affectionne avec Jacques. L’éditeur est un petit nouveau mû par la pure passion, ce sera un bel objet, sans doute assez peu distribué en librairie. N’hésitez pas à guetter le ouaibe si ça vous intéresse.

Et puis voili voilà. Merci pour l’accueil, à tout bientôt !

Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé!
Léo Henry par Stéphane Perger
Le Korrigan