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Ghettopoly
un nouveau jeu controversé aux Etats-Unis

NEW YORK (AFP) - Le jeu s'appelle "Ghettopoly" mais seuls le plateau et les dés rappellent le célèbre "Monopoly" des années d'enfance. Les jetons représentent une feuille de marijuana, un proxénète ou une mitraillette Uzi. La case la plus chère est un "peep show".

L'une des cartes Chance vous fait gagner 50 dollars non pour avoir remporté le concours de mots croisés mais pour avoir convaincu votre voisinage des bienfaits de la cocaïne. Mis en vente il y a deux semaines avec succès, "Ghettopoly" utilise tous les stéréotypes de la culture "gangsta rap" des quartiers populaires des Etats-Unis, ce qui provoque la colère d'associations de défense des minorités noires qui crient au "racisme". Même s'il utilise les règles basiques du Monopoly, ce jeu n'est en rien une émanation de son fabriquant, le groupe Hasbro. Son but est est aussi d'être sacré le joueur le plus riche, mais par le vol, le mensonge et la débrouille. Le banquier du jeu original devient ici un usurier et, au lieu de construire des maisons ou des hôtels sur les propriétés acquises, les joueurs y créent des zones de débauche ou de consommation de crack. Les cartes Chance et Caisse de Communauté sont rebaptisées "arnaque" et "planque" et n'utilisent que le vocabulaire rap. Le style des illustrations joue avec le mauvais goût comme celle du Martin "Luthor" King Jr. Boulevard, qui offre une caricature du célèbre défenseur des droits des Noirs déclarant "ça me démange" tout en se frottant le pantalon. Le créateur du jeu, David Chang, 28 ans, dont la famille a immigré de Taïwan lorsqu'il était âgé de huit ans, reconnait avoir joué avec les stéréotypes mais rejette les accusations de racisme. "Ghettopoly crée la controverse parce qu'il représente la vraie vie et se veut marrant", affirme-t-il sur son site internet www.ghettopoly.com. "Il n'utilise pas les stéréotypes dans le but de se moquer mais comme un moyen de faire rire ensemble les gens", explique M. Chang, pour qui "ne pas se moquer de soi-même est le meilleur moyen d'être désabusé et amer". Très demandé sur l'internet, le jeu a également été un succès dans les boutiques de mode du réseau Urban Outfitters qui l'ont sorti fin septembre. Mais l'enseigne a décidé de retirer le jeu de ses rayons à la suite de manifestations d'associations noires devant ses magasins de Philadelphie, Chicago et Seattle. "C'est répugnant" de jouer avec "les graves problèmes que sont la drogue ou la pauvreté", a dénoncé J. Whyatt Mondesire, président de la section de Philadelphie de l'association nationale pour la promotion des personnes de couleur. "Il détourne un jeu familial et utilise les pires stéréotypes véhiculés sur les Noirs américains", selon lui. Egalement mécontent, le président d'Hasbro US, Franck Bifulko envisage de saisir la justice, considérant que ce jeu "viole nos droits de propriété intellectuelle". M. Chang n'a pu être contacté pour réagir à ces protestations mais il se défend, sur son site, de cibler une seule minorité raciale. "Les dessins du jeu représentent toutes les races du pays", affirme-t-il, en donnant en exemple une vignette montrant le propriétaire d'un restaurant chinois vendant de la viande de chien.
Le Korrigan



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