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Entretien avec Nicolas Pothier
interview avec Nicolas Pothier


Bonjour et merci de nous accorder cet entretien…
Question liminaire : êtes-vous farouchement opposé au « tutoiement » ?

Non, tutoyons-nous donc !

Merci bien… Peux-tu en quelques mots nous parler de toi ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux îles caïmans…)
J’ai 45 ans, j’ai passé mon enfance/adolescence à Tours dans une famille de profs. Après le BAC, j’ai fait des études de documentaliste et de communication d’entreprise. Je suis ensuite parti en coopération en Afrique et quand je suis revenu, j’ai commencé, un peu par hasard, à travailler comme graphiste dans le jeu vidéo pour la société Infogrames, boite dans laquelle je suis finalement resté... 10 ans ! Je travaillais dans le jeu vidéo principalement sur des licences BD, comme Astérix ou Les Schtroumpfs et c’est à la même époque que j’écrivais des articles pour le magazine BoDoï, en particulier la rubrique du « Pinailleur » dont les lecteurs (et surtout les auteurs !) se souviennent encore aujourd’hui ! C’est en 2004, après un plan social, que je me suis lancé dans la BD.

Ratafia, crayonné inédit du tome 7 © Johan PiletEnfant, quel lecteur de BD étais-tu ? Quels étaient alors tes auteurs de chevet ? Quels sont-ils aujourd’hui ?
J’ai eu la chance d’être dans une famille où il y avait des BD et c’est devenu très vite ma passion. J’étais boulimique et collectionneur. Mon père m’avait abonné au journal de Tintin mais aussi à Spirou, et tous les ans, on allait au festival d’Angoulême ! A l’époque, mes auteurs de chevet étaient, en gros, les classiques Franco-belge (Hergé, Franquin, Peyo, Goscinny, Moebius, etc.)... Aujourd’hui, c’est Schulz que je relis tous les jours.

Devenir scénariste de BD, étais-ce un rêve de gosse ?
Devenir auteur de BD en était un. Plus jeune, j’étais le dessinateur de la classe, j’ai même réalisé des albums édités à compte d’auteur avec mon cousin, Luc Blanvillain, qui lui est aujourd’hui devenu écrivain. Mais plus tard, en côtoyant des professionnels du dessin, j’ai compris que je n’avais pas le niveau pour faire de la BD en tant que dessinateur. Quand j’ai eu l’opportunité d’écrire des histoires, je me suis donc lancé sans regret dans la voie de scénariste.


En 2005 paraissait le premier tome du jubilatoire Ratafia… Comment est née cette histoire de pirate atypique et follement déjantée ?
Ratafia est né de l’envie de faire de la bande dessinée avec un copain avec qui je travaillais dans le jeu vidéo. C’est lui qui a tout déclenché en me montrant un petit dessin de pirate en tutu sur un tonneau. C’était un dessin tiré d’un projet de jeu qu’il avait. Je suis donc parti de ce dessin pour écrire une histoire, en me posant cette question : « Comment un pirate peut se retrouver en train de danser en tutu sur un tonneau en pleine mer ? » C’est d’ailleurs un conseil que je donne aux jeunes qui veulent faire ce métier : posez-vous les bonnes questions !smiley Par la suite, cet ami ayant abandonné l’idée de faire de la BD, j’ai cherché un dessinateur pour monter le projet. C’est Yannick Corboz, avec qui j’avais collaboré sur des histoires courtes, qui m’a présenté Frédérik Salsedo.

Sous couvert d’humour, on trouvait déjà dans Ratafia une critique pointue de notre société ultra libérale. Raison sociale, le second opus de Revanche, vient de paraître sur les étals. Comment est né ce personnage redresseur de tort aux méthodes peu orthodoxes ?
C’est suite à l’album Voies Off que j’avais écrit pour Yannick Corboz que mon éditeur, Frédéric Mangé, m’a proposé de monter un autre projet polar/histoires courtes. Je lui ai parlé cette idée de « super-héros social » qui lui a bien plu. C’est aussi Fred Mangé qui a eu l’idée de proposer le projet à Jean-Christophe Chauzy car il pensait, à juste titre, qu’il était le dessinateur parfait pour cette série : Chauzy est très sensible aux sujets de société et le ton, ironique et acerbe de Revanche, convenait bien à son graphisme qui oscille entre le réalisme et la caricature. Si on retrouvait déjà dans Ratafia une petite critique de la société, c’est que j’aime bien mettre du fond, sans en avoir l’air, dans des histoires de pure distraction.

Revanche, projet de couverture ©Jean-Christophe ChauzyComment s’est passée la première rencontre avec Chauzy ? A partir de quelle « matière » a-t-il élaboré l’apparence du héros ? Est-il passé par différentes étapes avant de prendre l’apparence qu’on lui connaît ?
La première fois que je lui ai vraiment parlé, c’était au festival d’Amiens. Il avait reçu le scénario des deux premières histoires via Glénat mais il n’avait pas eu le temps de s’y pencher vraiment. C’est plus tard, quand j’ai reçu le story-board d’une des deux histoires, que j’ai su qu’il était OK pour se lancer dans ce projet. Ça a été un grand moment pour moi car j’étais un lecteur de ses albums avant de le rencontrer, et je n’imaginais vraiment pas pouvoir travailler avec un auteur comme lui. Concernant l’apparence de Revanche, c’est Jean-Christophe qui a d’emblée proposé ce look à la Clark Kent, ce qui était bien car ça donne immédiatement le ton.

Dans Revanche, la critique de la société passe au premier plan… A l’instar du Couperet de Costa-Gavras ou de Louise-Michel de Kervern & Delépine, la violence dont faire preuve Thomas Revanche fait écho à celle que la société exerce sur les plus faibles. Te définirais-tu comme un auteur engagé ? Derrière le second degré de ces deux albums, y-a-t-il la volonté de faire réagir ? d’appuyer là où le monde va mal ?
Il y a la volonté de parler de la société, bien entendu, mais j’ai volontairement choisi un angle caustique car c’est comme ça que je suis. Je ne suis pas journaliste, je ne voulais pas faire une BD documentaire – d’autres font ça bien mieux que moi – je voulais donc rester dans la fiction et même dans le divertissement. D’ailleurs pour moi, le divertissement n’est pas forcément quelque chose d’idiot et de décérébré. On peut divertir avec de vrais sujets et de vrais problèmes qui touchent les gens. Revanche est né d’une frustration, celle qu’on peut ressentir quand on est impuissant devant des tas d’injustices flagrantes, quand on se sent aussi réduit devant l’arrogance et le mépris. Revanche est une réponse violente mais fictionnelle à cette frustration.

Revanche, Ex Libris ©Jean-Christophe ChauzyCes petites histoires courtes sont-elles nées souvent née d’un fait précis d’actualité ? Dans l’actu récente, un évènement particulier t’a-t-il donné envie d’écrire une nouvelle aventure de Revanche ?
Oui, les histoires sont presque toutes issues de faits réels. Mais elles sont ensuite passées au filtre de la fiction et du récit. En plus, très souvent, j’ai été obligé de changer des faits car, bien que réels, ils n’étaient pas crédibles ! J’ai pensé faire une histoire avec un homme politique qui est accusé de viol par une femme de chambre dans un hôtel à New York mais je me suis dit que c’était trop gros, personne n’y croirait ! smiley

Comment s’est organisé le travail avec Jean-Christophe Chauzy. Du scénario à la planche finalisée, quelles furent les grandes étapes de votre travail en commun ?
J’ai travaillé avec Jean-Christophe comme je travaille avec Johan Pilet sur Ratafia ou Marc Lechuga sur Walhalla : je leur fournis à tous un scénario, découpé et dialogué, case par case. Ensuite, ils font tous un story-board sur lequel je donne mon avis et sur lequel je peux encore faire des corrections. Après ça, ils réalisent les planches sur lesquelles je m’extasie la plupart du temps ! smiley

Revanche, storyboard ©Nicolas Pothier / Jean-Christophe ChauzyQu’a donné le tout premier « Flash Mob BD » du monde entier ?
Rien du tout, a priori. smiley Revanche est malheureusement un titre qui a du mal à trouver son public. On a eu beaucoup de presse généraliste sur le premier tome (Canal +, France Inter, Médiapart, etc.) mais étrangement rien du tout dans la presse spécialisée BD. Je pense aussi que le premier tome n’a pas été assez mis en place, et n’a donc pas été très visible. Les éditions Glénat ayant décidé de ne rien faire en terme de communication sur le tome 2, je me suis dit que j’allais prendre les choses en main ! J’ai donc fait cette petite vidéo qui ne fera pas vendre un album de plus mais qui a fait rire mon entourage, c’est déjà ça !
(La vidéo « Flash Mob BD » est visible ici)

Je suis surpris qu’en cette période de luttes sociales et de marasme économique Revanche ne trouve pas son public…
Moi aussi ! smiley Le succès ou non d’un titre dépend de beaucoup de facteurs, et au final, on ne sait jamais trop les raisons qui ont fait que ça n’a pas marché. J’ai déjà vécu ça avec « Caktus » : avec Johan, on pensait proposer un titre humoristique, populaire, dans la même veine que Ratafia et les lecteurs n’ont pas suivi.

Dans quel état d'esprit es-tu en ce jour de sortie officielle du second tome de Revanche ?
Je me sens comme pour mes sorties de mes autres albums : j'espère que les lecteurs qui le liront l'apprécieront ! smiley

Revanche, planche du tome 2 ©Jean-Christophe Chauzy Quel effet cela fait-il d'être dans la sélection jeunesse du prochain festival d'Angoulême avec le jubilatoire Walhalla mis en image par Marc Lechuga?
Ça nous fait très plaisir parce qu’on a bossé longtemps sur cet album et ça nous donne la pêche pour attaquer le tome 2 ! J’espère surtout que ça permettra à de nouveaux lecteurs d’aller jeter un oeil à l’album. Ce qui me fait rire c’est que tous les ans, je critique (comme beaucoup !) les incohérences de cette sélection, et puis là, bizarrement, je le trouve très cohérente, cette sélection. smiley)

Quels sont tes autres projets sur le grill ?
Avec Johan Pilet, on est actuellement sur Ratafia 7 qui sortira en septembre 2014 et avec Marc Lechuga on a attaqué Walhalla 2.

Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
En BD, Building Stories de Chris Ware. En série TV, Treme. En film, Blue Jasmine de Woody Allen. En littérature, La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel.

Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Oui. A la question : « Es-tu chauve ? », je voudrais répondre : « Oui »

Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…

Si tu étais…


 Jean-Christophe Chauzy et Nicolas Pothier dans le grand nordun personnage de BD : Monsieur Jean
un personnage mythologique : Danny Wilde
un personnage de roman : Ferdinand Bardamu
une chanson : Blues (Aragon/Ferré)
un instrument de musique : La trompette
un jeu de société : Dixit
une découverte scientifique : Le gag qui tue
une recette culinaire : Une salade grecque
une pâtisserie : Un flan
une ville : Saint Louis (Sénégal)
une qualité : La ponctualité
un défaut : La paresse
un monument : La tour de Pise
une boisson : Le vin blanc
un proverbe : Tout s’arrange, même mal.

Un dernier mot pour la postérité ?
Patron ! La même chose !

Excellent smiley. Merci pour tout!

Le Korrigan