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Entretien avec Stéphane Louis
Interview accordée aux SdI en mars 2017


Bonjour et tout d’abord merci de vous prêter au petit jeu de l’entretien.
Bonjour et merci à vous de me l’avoir proposé !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite question liminaire : êtes-vous farouchement opposé au tutoiement ?
Que nenni.

Merci beaucoup… Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux Îles Caïmans?)
Mon petit doigt me dit qu’il y a un piège dans cette question…

Un piège? Mais non, où vas-tu chercher tout cela? (damned, encore raté smiley )
J’ai donc 23 ans ! ( Un mensonge s’est glissé dans cette réponse. Indice, multipliez l’âge donné par deux). Sinon, je suis un autodidacte dont le rêve de gosse était de faire de la BD.

J’ai d’abord été prof d’électrotechnique et de physique appliquée avant de de démissionner en 2000 pour vivre enfin ma passion. En parlant de passion, je suis joueur de jeux de stratégie avec figurines. Je participe d’ailleurs à plusieurs jeux comme concepteur/illustrateur de figurines.

Enfant, quel lecteur étais-tu? Quels étaient alors tes auteurs de chevet et quels sont-ils aujourd’hui?
J’étais un gros lecteur… mais de presse, avant tout… puis de Dupuis, surtout. Pif, puis Spirou, mais dans le même temps tous les Strange et compagnie que mon grand frère lisait. Il a dix ans de plus que moi, j’ai donc eu la chance de lire Strange très jeune.

L'amour est une haine comme les autres, crayonné de la planche 1 © Bamboo / Marty / Louis / DavietDevenir auteur de BD, était donc un rêve de gosse? Qu’est-ce qui t’as donné envie de prendre la plume et les crayons?
Oui, rêve de gosse. Au primaire, à la question « quel métier veux-tu faire plus tard» je marquais : « dessinateur de bande dessinée ». Ça ne rentrait pas dans la ligne, et je me disais que plus tard, je connaîtrais le vrai nom. Eh bien non, on dit bien dessinateur de bande- dessinées.

J’ai toujours dessiné, avec la BD. Je me souviens avoir un 10 pour un bouquetin dessiné, en primaire, et la fierté que ça m’avait procuré. J’étais un élève moyen, voir moyen moins, et je trouvais là un domaine où j’étais moins mauvais. Et comme je lisais Pif, j’ai commencé à dessiné des trucs inspirés de ce que j’aimais. Rahan en tête. J’étais fasciné par les pieds que dessinait Cheret. Et ma façon de les faire découle en droite ligne de la sienne.

Cela a-t-il relevé du parcours du combattant?
Non. Je ne l’ai pas vécu comme ça. Il y avait peu d’école, et je ne voulais pas en faire. J’avais peur de la compétition, peur d’être le plus mauvais, peur tout court. Je savais donc que ce serait plus long. Et de fait, ça l’a été, j’ai commencé à bosser pour des fanzines vers 1998. Puis des prozines, et enfin, des magazines. Dixième Planète, un magazine de produits dérivées ciné bd etc a été mon pied à l’étrier. J’y ai créé ma mascotte, Miss Deeplane, que je dessine toujours.

L'amour est une haine comme les autres, encrage de la planche 1 © Bamboo / Marty / Louis / DavietVous portez à la fois les casquettes de scénaristes et de dessinateurs… En écrivant un scénario, savez-vous d’emblée si vous en signerez les dessins?
Oui. Je choisis si un projet que j’écris est pour moi, ou pas. Certaines histoires ont besoin d’un autre style que le mien, si tant est que je puisse dire que j’en ai un.

Quelles sont les grandes joies et les grandes difficultés du métier de scénariste?
La grande joie est de voir les planches prendre vie. J’écris du « sur mesure », la plupart du temps, et voir comment les dessinateurs digèrent ce que je leur ai proposé est vraiment super plaisant! La difficulté c’est de devoir faire le flic, des fois, et secouer les dessineux pour que ça avance. Mais en général, ça se passe bien.

Même question pour le métier de dessinateur…
La grande joie c’est de progresser. La grande difficulté c’est qu’il faut toujours progresser. C’est une histoire sans fin. C’est ce qui est génial et infernal à la fois.

L'amour est une haine comme les autres, encrage de la planche 1 © Bamboo / Marty / Louis / DavietComment est née l’idée de L'amour est une haine comme les autres?
Je ne supporte pas les cases, les exclusions, les discriminations. C’est donc un terreau fertile pour des histoires. Je n’avais jamais abordé frontalement le thème du racisme et les dérapages de la police US ont, à un moment, été le déclic. On voit bien aujourd’hui que c’est plus que d’actualité avec les suprémacistes blancs qui reviennent au pouvoir. En écrivant cette BD je me disais et ce, même si j’ai tenu à ne jamais le montrer frontalement : « plus jamais le Ku Klux Klan ». Et nous voici aujourd’hui avec un leader suprémaciste à la droite d’un président d’extrême droite aux US. J’ai eu envie de raconter une histoire d’amitié plus forte que tout ça. J’ai eu envie de la décaler là où elle serait le plus dur à vivre, sur les terres sudistes.

J’avais été marqué par certains films se passant en Louisiane, comme « Minuit dans le jardin du bien et du mal ». Pas pour l’histoire, mais pour l’ambiance. La chaleur, le décorum, etc. J’avais aussi envie de rendre hommage à quelques écrivains américains, que je cite dans mes remerciements. Et Voilà!

Comment as-tu rencontré Lionel Marty qui en signe les dessins ?
Nous nous sommes rencontrés une fois en dédicace à Waterloo. Le courant était bien passé, et on était restés en contact sur FB. Un jour, Véra, ma femme, qui colorise l’album également, m’a dit qu’il cherchait du travail. J’avais loupé son annonce. Je l’ai contacté, on a discuté rapidement, je lui ai parlé de mon idée, il a aimé, et « L’amour est une haine comme les autres » est né.

L'amour est une haine comme les autres, rough de la planche 2 © Bamboo / Marty / Louis / DavietDe l’idée au scénario, comment as-tu construit ton histoire? Quels furent tes principales sources de documentation pour l’élaborer? Conseillerais-tu un livre en particulier à un lecteur désireux d’en apprendre d’avantage sur cette sombre période de l’histoire des USA?
Aucune bible en particulier, ni de bouquins en référence. Juste une envie de parler de ce sujet, à cet endroit. Des films comme minuit dans le jardin du bien et du mal m’avaient marqué sur l’ambiance de la Louisiane. Pour les influences, ca va de Twain à Steinbeck. Tom Sawyer et Huckleberry Finn, des souris et des hommes, ce genre d’ambiances.

Du synopsis à la planche finalisée, quelles furent les différentes étapes de l’élaboration de cet album? A partir de quelle matière Lionel Marty a-t-il composé ses planches? Etant toi-même dessinateur, fournis-tu, lui as-tu fourni un storyboard détaillé?
Oui, comme je suis dessinateur, je fais story léger pour les dessinateurs avec lesquels je bosse, et Lionel aussi, du coup. Plus quelques explications, car mon story est très léger. Je veux guider, pas brider.

L’apparence des personnages s’est-elle d’emblée imposée ou sont-ils passé par différentes étapes avant de revêtir celle qu’on leur connaît?
C’était clair dans ma tête, et Lionel a tout de suite capté ce que je voulais. Le premier dessinateur à s’être essayé au projet, Baptiste Payen, avait aussi choppé le truc. La brute rousse géante et le petit noir chétif mais charismatique.

L'amour est une haine comme les autres, encrage de la planche 2 © Bamboo / Marty / Louis / DavietSans indiscrétions, pourquoi cela n’avait-il pas aboutit avec le talentueux Baptiste Payen?
Malheureusement, cette question va aux éditeurs qui ont décliné. Je n’ai pas compris. C’est pour ça que j’ai cité Baptiste dans l’Album. Mais on reviendra, avec autre chose ! On n’a pas dit notre dernier mot ! smiley

Peux-tu nous dire un mot sur tes projets en cours ou à venir ?
Je viens de terminer « Kookaburra » tome 8, aux dessins, et j’enquille sur « Androïdes » tome 6, que Jean –Luc Istin m’a proposé. Je suis au scénar et aux dessins dessus, chez Soleil. Je suis sur un nouvel album avec Lionel ;: « Road therapy », sur le même format que « l’amour… », pour Bamboo. Toujours chez Bamboo, et en tant que Scénariste et dessinateur, je commence « Mon père ce Poivrot ». Une fiction avec de vrais morceaux de vécu de mon Père dedans. Et puis si tout se passe bien, je vais aussi faire une bd pour adultes, avec Katia Even au scénar, pour Tabou. J’ai toujours voulu faire une BD porno fun et rigolote, et quand on me l’a proposé… J’ai dis oui !;) Et puis je monte de nouveaux projets au scénar, mais il est trop tôt pour en parler !

Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur?
Il y a la BD, « Shangri La ».

Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre?
Oui, pour moi, c’est très agréable de travailler au quotidien avec sa femme. ( A toi de refaire la question).

Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…
Si tu étais…

L'amour est une haine comme les autres, rough de la planche 4 © Bamboo / Marty / Louis / Daviet
un personnage de BD:Kanéda.
un personnage de roman:Elric.
un personnage de cinéma:Deckard.
une chanson:« Plus jamais ça. » NTM
un instrument de musique:De la beat Box( je triche). Sinon, la guitare.
un jeu de société:Warhammer 40000.
une découverte scientifique:l’ADN
une recette culinaire:La Pella( une sorte de giga tartiflette 3 fromages gratinée et mélangée).
une pâtisserie:La tarte normande
une boisson:le Coca 0
une ville:Annecy le Vieux
une qualité:Généreux avec ceux que j’aime.
un monument:Le David de Michel Ange

Un dernier mot pour la postérité ?
Soyez heureux.

Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé…
Merci à vous!
Le Korrigan