




Bonjour et merci de vous (rere)prêter au petit jeu de l’entretien…
De rien, ça me fait toujours plaisir !
Lors de notre premier entretien il y a vingt-et-un ans (déjà ! Fichtre ça ne nous rajeunit pas), nous étions sur le mode « tu »… Sommes-nous encore assez jeunes pour conserver le tutoiement ou faut-il désormais user du vouvoiement ?
Pas de souci pour rester sur le tutoiement

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Merci à toi ! Tu m’enlèves une sacrée canine du pied
Quoi de neuf depuis la dernière fois ?
Une quarantaine d’albums de bande dessinée, pas mal de travail pour le jeu vidéo, et une petite expérience dans l'audiovisuel.
Pour le jeu vidéo ? Peux-tu nous en dire davantage ? Et pour l’audiovisuel ?
A côté de l'écriture pour la bande dessinée, tous les autres supports de récit m'intéressent, notamment l'audiovisuel et le jeu vidéo. Donc j'avais essayé de travailler pour le dessin animé, le cinéma, la fiction, et j'ai essayé de travailler pour le jeu vidéo, et ça a donné des choses diverses et variées. Dans le jeu vidéo, je voulais essayer d'être scénariste, et ça a bifurqué vers le rôle de gscm chez Ubisoft, c'est-à-dire vérificateur de traduction française sur la licence Far Cry, je relisais tous les scripts traduits, et j'assistais à l'enregistrement de doublage des jeux, et c'était très chouette, même si c'était pas l'objectif au début. Mais ça m'a permis d'avoir un complément de revenu substantiel. Et de travailler en équipe ce que les auteurs du livre font assez peu. Derrière je suis même devenu directeur artistique de plateau, c'est-à-dire que je fais le casting des acteurs, et ensuite je les dirige pour faire les versions françaises de jeux vidéo comme
Spider-Man 2 ou
Monster Hunter Wild. À côté de ça j'ai fait un petit peu d'animation, mais mon véritable objectif c'était d'être scénariste pour la télé ou le cinéma. Ça, ça reste encore très compliqué. Au début j'arrivais avec des projets pas très adaptés au marché, même si évidemment je n'étais pas assez idiot pour proposer du space-opera ou de la fantaisie à TF1, mais malgré l'arrivée des plateformes, le marché audiovisuel français reste quand même très formaté et difficile à intégrer. Pendant plusieurs années, j'ai développé l'adaptation de l'Agent, une bande dessinée qui est sortie en 2019 chez Glénat, j'ai été payé par Netflix, par Calt Studio, ça a aussi failli se faire sur Disney+, et finalement, c’est retourné au tiroir. Mais j’essaie toujours, avec des projets plus adaptés, ou d’autres adaptations BD. Je vais retenter le coup avec le Serment, clairement.
Enfant, quel lecteur étais-tu et quels étaient tes livres de chevet ? La BD a-t-elle toujours occupé une place de choix ?
Au début, j'ai surtout lu ce qu'on me proposait de lire, je me rappelle notamment de pas mal de livres de l'Ecole des Loisirs, de « j’aime lire » et « je bouquine ». Mais j'aimais bien ça, Je me souviens notamment d'avoir été marqué par une version de « la Féline » que j'ai lu dans « je bouquine ». C'est plus tard, au lycée, que j'ai redécouvert la bd des franco-belges de genre avec notamment
la Légende des Contrées Ioubliées et
les Chroniques de la Lune Noire, que je me suis mis au jeu de rôle, et que j'ai redécouvert les comics avec
Watchmen ou
Dark Knight notamment. Et après, en prépa, je me suis mis à lire pas mal de fantasy, comme
le Cycle des Portes de la Mort de Margaret Weiss et Tracy Hickman, et pas mal de David Eddings. J'ai aussi été très très marqué par l'intégralité de ce qu’Issac Asimov a écrit sur les robots, par JK Rowling aussi, plus tard.
La Légende des Contrées Oubliées, quelle trilogie fabuleuse ! Le scénario de Bruno Chevalier comme les dessins de Thierry Ségur étaient de haute volée ! Quel dommage que le scénariste ait déposé sa plume après avoir signé ce petit chef d’œuvre !
Oui, pour le coup je ne connais pas l'histoire, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais j'aurais été très heureux de lire d'autres œuvre de cet auteur.
Ainsi tu as joué au Jeu de Rôle ? Quels étaient (ou quels sont ?) tes jeux favoris ?
J'ai beaucoup joué à
Donjons & Dragons avec un petit groupe de copains en fin de lycée et début de classe préparatoire. J'ai écrit un scénario pour
Vampire la mascarade aussi, mais on n’a jamais fini. C’était ma première expérience d’écriture.

Penses-tu que ta pratique du JdR ait pu influencer ta façon d’aborder un scénario de BD ?
Peut-être, mais en fait le jeu de rôle a surtout donné naissance à ma carrière de scénariste parce que c'est avec ce scénario de Vampire que j'ai vraiment intrigué Nicolas Doray, qui jouait avec moi. Et quand un jour, il m'a dit qu'il allait devenir dessinateur et qu’il démarrait avec une maison d'édition qui s'appelait « Petit à petit », il m'a demandé de lui écrire un scénario. Et ça a été notre première BD : la Chute. C'est comme ça que ça a démarré pour moi. Ensuite sur tout ce qui est technique dramaturgique, oui, ça a dû avoir un impact de la même manière que ma formation d'ingénieur ou mon intérêt général pour le fantastique : ce qui m'intéresse dans le fantastique, c'est ce qu'on appelle l'arène, c'est-à-dire l'univers dans lequel l'histoire se déroule. Pour que les personnages aient des vrais choix à faire, des évolutions à connaître, pour que l'intrigue soit intéressante, cette arène doit bien marcher, elle doit avoir des règles à la fois claires, innovantes, on doit pouvoir les déployer surprendre avec. Des exemples : Lanfeust de Troy, tout le monde a un pouvoir. Mais bien sûr, certains peuvent avoir tous les pouvoirs, mais sous certaines conditions. Death Note, on peut tuer quelqu’un en décrivant précisément les conditions de sa mort, mais on doit connaître son nom. Donc un adversaire anonyme, c’est un vrai problème pour celui qui a le cahier. Voilà des exemples d’arènes qui fonctionnent, et qui, quand les livres sont sortis, étaient innovantes. C’est ça que j’aime, et ça rappelle pas mal les livres de maître de jeu, mais aussi la physique, la mécanique. J’aime ça…
Aurais-tu une anecdote amusante sur ton expérience rôlistique ?
Pas spécialement, à part le fait que ça a été un élément important dans le déclenchement de ma carrière de scénariste. Mais pas seulement, j’aimais le genre, les histoires, le cinéma, la bd, les jeux etc… j’étais un geek, j’en suis toujours un. Mais j’ai beaucoup aimé le jeu de rôle, ça me manque un peu. Mais maintenant j’ai un problème de temps.
Devenir auteur de BD, était-ce un rêve de gosse ? Un auteur en particulier a-t-il fait naître ta vocation ?
Pour être tout à fait honnête, non, être auteur de bd n’était pas un rêve de gosse. Je voulais devenir créateur de robots ou de jouets sophistiqués, c’est pour ça que je suis devenu ingénieur. Et même en comprenant ce qu’était le métier, je pensais qu’il y aurait un aspect créatif, et en faisant les stages, j’ai eu l’impression que non. Alors qu’à côté, je commençais à écrire des histoires, et ça m’intéressait bien plus. Mais ce qui m'a le plus marqué, en termes d’œuvres, c'est plutôt des films, et mes premiers grands souvenirs de cinéma, ce sont les Hitchcock, les westerns de la « Dernière séance », et puis mon goût pour le fantastique commence à vraiment se former dans les années 80-90, avec les films de Spielberg, Joe Dante, le Batman de Tim Burton qui est une révélation pour moi,
Blade Runner,
Apocalypse Now que je découvre à cette époque là. Un cinéma pas toujours fantastique, mais souvent très visuel et onirique, a minima. Ma carrière d'auteur de bande dessinée c'est une espèce d'accident. C'est un copain qui allait devenir dessinateur et qui m'a demandé de lui écrire une histoire et j'ai trouvé ça plus intéressant que de devenir ingénieur, comme dit plus haut. Donc j'ai démarré avec lui chez l'éditeur Petit-à-petit, puis après il y a eu Delcourt, Glénat et les autres. Mais l'idée ça a toujours été et c'est toujours de réussir à faire des films ou des séries fantastiques. J'adore la bande dessinée mais, mais c’est plutôt ça mon grand rêve.

Quelles sont selon toi les grandes joies et les grandes difficultés du métier ?
Les grandes joies du métier c'est de voir son travail se concrétiser dans un livre, ou un épisode de série d'animation, ou de participer à l'élaboration d'un jeu vidéo. Bref, de voir ce qu’on a contribué à créer exister. Les grandes difficultés du métier c’est évidemment quand ce travail n’aboutit pas, ou pire, quand il aboutit et que tout le monde s’en fout. La vraie grande difficulté, racontée par la majorité des auteurs et des autrices, mais pas ceux qui sont les plus célèbres, c’est la précarité, les fins de mois, les abus aussi.
Les abus ?
Abus financiers, les contrats pourris, ça, c’est le quotidien de la majorité des auteurs et des autrices. Sur ce point, pour moi, ça va mieux, même s’il faudrait en signer plus et avoir de meilleures ventes pour bien vivre. Mais le point contractuel s’est amélioré pour moi, j’ai des succès sur lesquels m’appuyer, de la bouteille, du réseau, ça j’ai amélioré cet aspect. Il y aussi eu des abus « relationnels », des discussions très désagréables avec certains éditeurs. Des gens qui te font comprendre qu’ils peuvent te virer quand ils veulent, arrêter ton livre quand ils veulent. Que l’éditeur ait l’envie d’avoir un livre qui est conforme à ses envies, c’est une chose, c’est normal, il fait le chèque. Mais parfois, c’est devenu très intrusif, très lourd, pas toujours pertinent, et tu te demandes pourquoi ton nom est sur le livre, même quand ce sont des projets que tu amènes. Ça aussi, c’est fini, mais il y a eu une période où mes rapports avec certains étaient compliqué, oui. Et heureusement, je n’ai pas connu d’abus plus graves, mais ils sont une réalité. Je ne suis pas forcément d’accord tout le temps avec la manière dont le sujet des VHSS est porté, mais quand je vois le comportement des mecs entre eux, je crois absolument les témoignages des femmes portant sur des faits plus graves.
Comment ta route a-t-elle croisé celles de Mathieu Mariolle et Mickaël Bourgouin avec qui tu signes l’impressionnant Serment ?
On se connaissait depuis longtemps avec Mathieu Mariolle, on voulait essayer d'écrire un film fantastique faisable en France, et j'avais les idées de départ. Mais assez vite je me suis aperçu que c'était mon bébé, que j’étais un peu possessif et directif, que j'avais un peu de mal à partager, et on s'est mis d'accord sur le fait que je continuais tout seul. Ensuite, j'ai porté ce projet de film pendant des années, personne n'en a voulu alors que c'était clairement quelque chose de faisable, mais aussi parce que mon scénario était trop complexe, trop chargé. Une personne cependant était intéressée : Cédric Illand, mon éditeur depuis une vingtaine d’années. Quant à Michael je le connaissais aussi depuis longtemps, je lui avais déjà dit que je voulais travailler avec lui, mais il avait arrêté la bande dessinée, et je m'étais convaincu qu'il n'en referait jamais. Hé et puis un jour il m'a rappelé, il voulait travailler avec moi, et je lui ai proposé ce projet. Et avec ses conseils et les conseils de Cédric, j’ai retravaillé le scénario, je l’ai adapté pour en faire initialement un diptyque, puis finalement un roman graphique, et voilà…

Comment est né ce huis clos oppressant teinté de fantastique délicieusement horrifique ?
C'était deux idées séparées à l'origine. Hé hé. La première idée, c'était de faire un huis-clos avec un médecin confronté à des braqueurs qu'il doit soigner. J'avais vu ce type de personnage dans pas mal de films, et je m'étais dit que c'était un archétype intéressant, mais je bloquais assez rapidement sur ce que je pouvais lui faire faire après. L'autre idée, c'était un chasseur de vampires confronté à sa propre mutation après une morsure, et pareil, je ne savais pas trop quoi raconter après ce point de départ. Mais à un moment, je me suis aperçu que ces deux idées se mélangeaient bien et que le mix me donnait assez facilement une histoire.
Quelles sont tes références en matière de vampires et comment est né cette savoureuse idée de donner une composante scientifique à l’existence et à la nature de ces créatures de la nuit ?
L'œuvre qui m'a réellement marquée en matière de Vampire c'est
Entretien avec un vampire (
ndlr : quel chef d’œuvre que ce roman !) de Anne Rice. Mais
le Serment n'a pas grand-chose à voir avec. Ma manière de développer l'univers des vampires dans le Serment est plutôt en lien avec mon intérêt pour l'imaginaire, la science, et l'histoire, avec le fait que je tisse des connexions systématiquement entre ces trois aspects. Si je confronte un médecin à un chasseur de vampires, je vais forcément chercher une certaine vision biologique du vampire, et pour la créer, je vais forcément chercher des analogies, par exemple avec le serpent, pour être un peu neuf par rapport aux chauves-souris, et des connexions avec l'histoire et la science. Or, il y a une tradition autour du serpent en médecine… Voilà comment on accouche de l’univers du
Serment.
Et le fait est que ça fonctionne parfaitement !
Merci !
Comment as-tu écrit le personnage du docteur et celui, particulièrement fascinant de Zacharie ?
Pour moi, Alexandre, c'est une typologie de héros qui m'intéresse, qui utilise son intelligence pour triompher des situations, là où d'autres types de héros utilisent la violence. Quant à Zachary c'est l'antagoniste, mais comme je veux que l'antagoniste soit intéressant, je vais lui trouver des raisons de faire ce qu'il fait. Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec ces deux personnages tel qu'ils sont dans la bande dessinée.
A partir de quels éléments Mickaël Bourgouin a-t-il composé leurs apparences ?
Pour Alexandre, je lui avais donné comme référence Christian Bale, qui a joué dans
American Psycho et
Batman, et qui incarnait cette froideur et cette intelligence, cette détermination que je recherchais pour le personnage. Pour Zachary, on est sur un archétype d'intello : les lunettes, le physique un peu plus fragile, c'est caricatural mais ça marche. On est en empathie avec lui. Alors que ce qu’il fait n’a rien de positif.
On retrouve le dessinateur dans un registre dans lequel on ne l’attendait sans doute pas mais où il excelle néanmoins… Son trait acéré, ses cadrages furieusement cinématographiques et sa colorisation fascinante rendent l’histoire particulièrement dingue… Quel effet cela fait-il de voir son scénario mis en image de façon si brillante ?
C'est toujours super agréable quand il y a une alchimie entre le scénario et le dessin. Mais Mikael a déjà fait du fantastique avec le
Codex Angélique. Donc je savais qu'il n'était pas totalement hors registre non plus. Son trait était parfait pour faire un thriller urbain et fantastique.
Comment s’est organisé l’écriture à quatre mains de l’histoire ou plutôt quelle fut la contribution de Mathieu Mariolle à son écriture ?
Comme dit plus haut ça s'est arrêté assez rapidement, mais Mathieu a participé au démarrage il était normal qu'il soit crédité.
Le huis clos fonctionne à merveille et accentue la tension dramatique de façon confondante… Difficile de ne pas songer au Reservoir Dogs de Tarantino qui reste pour moi une référence en la matière… Est-ce une inspiration revendiquée ?
Non, le huis clos c'est une contrainte que je me suis donnée parce qu’à la base je voulais faire un film, et je voulais que ce film soit faisable. Mais je me suis aperçu que narrativement, même si c'était une difficulté en développant le scénario, ça créait aussi une tension très intéressante. Je réécrirai d'autres huis clos pour cette raison. Et d'ailleurs, si j'ai une référence de huis-clos en tête, ce serait plutôt le film
The Guilty.
Avec son dos toilé et sa couverture mat, l’album est magnifiquement édité, ce qui renforce le plaisir que l’on prend à le lire, que dis-je à le dévorer… Mais il y a un truc particulièrement scotchant, c’est la couverture… Elle est tout juste dingue, accrochant d’emblée le regard mais se révélant par petites touches pour composer une atmosphère particulièrement intrigante qui donne furieusement envie de se plonger dans l’album… S’est-elle rapidement imposée ou en a-t-il existé différentes versions ?
On a énormément travaillé sur la couverture. On a essayé de lister de rassembler tous les éléments visuels iconiques qui disaient quelque chose du livre, de l’histoire (seringue, crocs, serpent, masques, masque médical, armes, braqueurs, la tente etc…), on a testé différentes combinaisons, on a eu des réunions chez Glénat pour en parler, on a fait pas mal d'allers retours et beaucoup de versions, parfois des choses assez semblables, sur la fin, avec les éléments qu’on a déjà, mais pas assemblés de la même manière. Visiblement, elle plaît, tant mieux, ça veut dire que ce processus a porté ses fruits. Pour l'anecdote, la dernière petite touche qu'on ne note pas forcément, c'est une encre jaune assez lumineuse dont l'apport a été décidé à la toute fin. Initialement, on aurait plutôt voulu un vernis sélectif sur la seringue, mais c'est une graphiste de Glénat qui a amené cette idée et elle fonctionne super bien, la couv se détache des autres, on est très content de ça.
Ça rend vachement bien effectivement ! Le genre de couv qu’on ne peut pas rater sur un étal ! D’autant que le nom des auteurs figurant au générique ne gâte rien ! Quel est le nom de la graphiste d’ailleurs ?
Elle s’appelle Agnès Oddos, et elle est graphiste chez Glénat. Et effectivement, super idée, ce jaune !
La fin de l’album laisse une porte entrouverte sur… Le Monde des Ténèbres… Une suite à cet album fascinant est-elle envisageable voir envisagée ? (dis oui, dis oui, dis oui !)
C’est une fin ouverte pour deux raisons. D’abord parce que je trouve que ça prolonge un peu l'expérience après lecture, qu'on est un peu plus marqué par les histoires quand il y a ce genre de fin, je pense notamment à Inception. Ensuite, on a voulu une vraie fin, qui ne se moque pas des gens, mais sous-entendre que, s’ils sont au rendez-vous, c’est effectivement un univers qu'on peut continuer d'explorer même si on a fait un récit bouclé. Mais là, ça ne dépend pas de nous, ça dépend du public. Si le livre marche, on y réfléchira.
Avec quel dessinateur rêverais-tu de travailler ?
Personne en particulier en fait. Il y a des gens dont j'aime bien le travail mais ils ne sont pas toujours disponibles, et j’accepte ça. Il y a des gens dont je ne connais pas le travail, et je le découvre quand on cherche des dessinateurs, donc ne pas se focaliser sur quelqu’un, c’est aussi se réserver ce genre de belle surprise. Récemment, j’ai co signé deux BDs sur Guillaume le Conquérant avec un super dessinateur brésilien, découvert par l’éditeur. J’en suis très heureux. Bref je ne fonctionne pas vraiment comme ça, il n'y a personne pour qui je me battrais pour travailler avec. Globalement toutes mes collaborations se sont plutôt bien passées, et je serais heureux de retravailler avec eux la majorité de mes collègues, mais s'ils me disent qu'ils sont sur d'autres projets avec d'autres scénaristes, ou tout seuls, je nai pas de souci avec ça.
Peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets présents et à venir ?
A la rentrée, si tout se passe bien, je publie une adaptation des Découvreurs de Daniel Boorstin chez Albin Michel avec Antoine Grimée au dessin. Très très gros travail, mais ça va être un super livre, c’est moi qui ai amené le projet, c’est de l’histoire des sciences. J’ai souffert, mais je suis super fier de ce que ça va donner. Une bd en deux tomes sur Guillaume le Conquérant l’année prochaine. Et pour le reste, tout est en friche, en développement.
Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
Baldur’s Gate 3,
Severance,
Last Frontier (moi j’ai aimé),
Andor,
Everything Everywhere All at Once même si ça commence à dater, les bouquins de John Scalzi même si c’est irrégulier, mais je n’ai pas eu de gros choc de lecture depuis Récursion de Blake Crouch (ça date aussi) qui est ce que j’ai lu de mieux en SF depuis un bout de temps.
Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Que penses tu du fantastique dans l’audiovisuel français ? Bah je ne peux pas te répondre parce que je vais m’énerver et ne pas me faire plein de copains, mais j’essaie et j’essaierai toujours d’en faire

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Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…
Si tu étais…
un personnage de BD : un des miens, j’adorerais être Alexandre ou l’Agent pour leur maîtrise et leur intelligence, mais je suis un peu plus nerveux et sanguin que ça
un vampire d’Anne Rice : Lestat, flamboyant, drôle, ça ne veut pas dire que je suis comme ça, mais j’aimerais (mais je parle beaucoup, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué)
un personnage de roman : j’aimerais (là encore) être un héros de Scalzy. Toujours ce même mélange d’intelligence, de courage, et d’humour.
un animal : un ratel parce que ça a un nom débile, c’est petit et moche, mais ça n’a peur de rien
une chanson : My Way. Alors, très très arrogant, mais pour le coup assez vrai, mes choix de carrière sont quand même un gros fuck à ce qui est rationnel et rentable, mais c’est juste que c’est moins fabuleux dans la vraie vie que ce qu’on pourrait imaginer.
un instrument de musique : une batterie parce que ça fait du bruit et que c’est un bon exutoire
un jeu de société : Complots, parce que je ne suis pas mauvais pour mentir quand c’est une question de survie
une découverte scientifique : la pénicilline, ça a été décisif pour soigner les gens, et jusqu’à preuve du contraire, ça n’a pas eu d’effet négatif
une recette culinaire : la tartiflette, bien riche, bien généreux, bien dense
une pâtisserie : macaron, pareil : DENSE
une ville : Rouen, parce que j’y suis né et que c’est pas si mal
une qualité : patient (pour certaines choses)
un défaut : déconcentré (pour beaucoup d’autres)
un monument : la pyramide du louvre, parce que c’est un beau mélange de vieux et de moderne, et puis c’est grand, c’est imposant, ça va très bien pour mon complexe
une boisson : le coca, du sucre, du sucre et encore du sucre
un proverbe : « Nique moi une fois, honte sur toi. Nique moi deux fois, honte sur moi. » Je crois qu’il y a une version plus polie, mais moins parlante.
Un dernier mot pour la postérité ?
Pas de réussite sans échec. Mais c’est mieux quand il y a plus de réussite que d’échec, quand même.
Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé !
Merci à toi aussi.
ndlr : un immense merci à Lola Depuiset d'avoir rendu cet entretien possible