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Stormbringer, le retour
une nouvelle signée Jarvick et loki


La classe sommeillait sous l'égide paternaliste du professeur d'histoire. Seules quelques inconditionnelles du bavardage s'écoutaient parler avec ravissement. Enclines à la volubilité excessive, elles babillaient allègrement au fond de la salle. Imperturbable machine, le professeur récitait indifférent le cours qu'il avait rédigé une dizaine d'année auparavant. Hitler était de retour armé de son chef d'oeuvre d'incohérence pour former le renouveau de la jeunesse aryenne.

Aujourd'hui, les descendants de cette jeunesse sombraient dans la décrépitude d'un après midi d'hiver à Berlin. Ecoutant distraitement le flot de paroles venant de derrière lui (les filles) et de devant lui (le professeur), Karl pensait à l'élue de son coeur qu'il avait laissée dans sa ville natale pour pouvoir terminer ses études à la capitale.

Tout en faisant semblant d'être plongé dans ses rêveries, il interrompit soudain le cours de ses pensées; un mot capté par hasard avait suscité toute son attention: son prénom. Les filles ou le prof? Jetant un bref coup d'oeil interrogateur en direction du quinquagénaire assis au bureau, il s'assura que le somnifère vivant, comme il avait coutume de l'appeler ne désirait pas l'interroger. Cette précaution prise, il concentra toute son attention sur les paroles qui provenaient du rang derrière lui. Médisantes vipères à la langue fourchue! Elles étaient tout simplement en train de comparer leurs goûts concernant 'les mâles' de cette petite classe de futurs enseignants. Il fut surpris du verbiage élogieux que tenaient ces trois créatures à son propos. Il se croyait repoussant ou effrayant mais elles semblaient lui trouver du charme. Il est vrai que ses yeux rouges brillaient d'un éclat particulièrement séducteur pour des demoiselles amateurs d'excentricité. Sa peau d'ivoire et ses cheveux blancs coupés ras ajoutaient une touche de mystère. Mais ça ne l'empêchait pas de croire qu'on le considérait comme un lapin antropomorphe. Il ricana mentalement, s'imaginant pourvu d'oreilles ridicules, doté d'incisives prodigieuses et chaussé de 54 (version française oblige). Ces trois jeunes femmes s'aperçurent sans doute qu'il les écoutait, troublé, car elles se mirent en devoir de le taquiner. Ce qui signifiait qu'il risquait de devenir fou en moins de dix minutes.

'Adorablement chiantes' se dit Karl avant de se retourner pour contrer définitivement toute offensive. Il fut stoppé définitivement dans son élan par l'impression désagréable qu'on attendait quelque chose de lui.
- Alors, allez-vous vous décider à répondre à ma question, monsieur Schwinger?
- Quelle est cette question, monsieur Wirtenblum? demanda sardoniquement Karl.
- Ne soyez pas insolent! Si vous cessiez de vous retourner constamment et écoutiez un peu, vous l'auriez parfaitement entendue. Je vous demandais si vous connaissiez le nom des généraux qui avaient comploté contre le Führer.
- Hmmm .... Je crois que Wirtenblum était dans le coup!
- Très drôle, monsieur Schwinger. Nous discuterons de votre sens de l'humour à la fin de l'heure, si vous le voulez bien. Vous viendrez, n'est-ce pas. Le professeur affichait maintenant un sourire sadique.
- Je suis désolé, monsieur, mais ma femme peut accoucher d'un instant à l'autre, et je dois être auprès d'elle pour vérifier que mon enfant n'est pas né circoncis...

L'indignation se lisait sur tous les visages. Herr Wirtenblum écarquillait les yeux comme s'il voyait un dragon surgir à travers la fenêtre en braillant le 'Deutschland über alles'. ... vous comprendrez que je ne peux m'attarder!
Le respectable professeur, jusqu'alors fort digne et maître de lui-même, ne se retint plus. Un hurlement strident déchira l'air envenimé de la salle.
- Dehors!!!
La réponse de Schwinger fut on ne peut plus claire:
- Non, dit-il calmement, le sourire aux lèvres.

C'est cet instant de tension extrême que choisit la porte pour éclater en morceau sous le coup de pioche terrifiant d'un nain vêtu uniquement d'un bonnet rouge. Un deuxième coup dévastateur permit au petit personnage de se faufiler par l'ouverture. Il entra en sifflotant dans la salle. Puis, d'un bond distingué sauta sur le bureau. Deux filles s'étaient déjà évanouies quand Herr Wirtenblum se décida à réagir.

- DEHORS!! Vous aussi! Le petit homme tourna la tête dans sa direction et avec un grand éclat de rire quasi homérique, il lui fit exploser la tête aidé en cela par sa pioche. Le coup, bien balancé décrivit une courbe horizontale avant de stopper la crise du professeur d'histoire dans une gerbe de sang et de cervelle. Le personnage, affichant aussi aisément sa nudité qu'une expression joviale salua alors les étudiants de son bonnet rouge. Le corps du professeur Wirtenblum tomba comme une masse en arrière, entraînant sous lui un élève du premier rang venu lui porter secours.

La panique s'était installé malgré la relative amabilité du nain qui caressait maintenant sa barbe d'un air dubitatif. Les filles qui n'étaient pas évanouies hurlaient ou restaient pétrifiées de terreur. La plupart des garçons se démenaient tant bien que mal pour vaincre leur peur et s'enfuir le plus vite possible. Seul Karl Schwinger semblait garder son calme...
Il jubilait.
Voir la tête du prof qu'il détestait le plus éclater devant ses yeux... Oui, ça c'était agréable...
Il aurait voulu acclamer le nain, le serrer dans ses bras, puis le remercier d'avoir débarrassé l'enseignement d'un tel fardeau d'incompétence. Mais le délire paranoïaque qui s'emparait des étudiants commençait à prendre des proportions considérables. C'était le moins qu'on puisse dire. Le nain s'était mis en tête de réduire en bouillie tous les membres du sexe masculin que comptait la classe. Il avait déjà trois victimes à son actif, et la quatrième rampait désespérément vers la porte. Les autres se pressaient pour éviter de servir de prochaine cible. Tout le monde tentait de fuir et déjà deux personnes avait sauté par la fenêtre. Elle ne faisaient que rapprocher l'instant fatal car la salle de classe était située au sixième étage d'une tour scolaire qui en comptait deux de plus.

Le nain avait redoublé d'activité quand Karl se décida à agir. Il ne comptait bien sûr pas arrêter ce nain boucher, mais profiter au contraire de la situation pour assouvir ses pulsions refoulées. Toute la violence qu'il conservait depuis son enfance se trouva libérée et il entra dans un état semi-conscient de folie sanguinaire...

Ce fut un massacre très réussi. Après que toute la partie mâle de la classe eût été exterminée à l'exception de Karl, celui-ci s'apprêtât a vendre chèrement sa peau. Cela ne fut pas nécessaire, car le nain semblait calmé, en effet, il était accoudé à sa pioche et se balançait lentement de gauche à droite et vice-versa. Enfin, il se décida à parler:
- Désolé pour cette destruction. Ma programmation m'interdisait de laisser des témoins derrière moi, or, ma procédure hypnotique n'est efficiente que sur les spécimen de l'espèce 'Homo-sapiens' de type femelle. Karl regardait le nain en écarquillant les yeux, il avait repris ses esprits et se rendait compte du massacre. Sa santé mentale s'envolait à la vitesse du faucon pèlerin s'élançant à la poursuite de sa malheureuse victime (c'est très beau n'est-ce pas, si, si, j'en suis très fier).
- Qui êtes-vous? Vous n'avez pas l'air d'un robot, et de toute façon, je ne pense pas que ça existe déjà.
- N'est-ce pas ainsi que l'on s'exprime, à votre époque, pourtant, Z6PO parle bien comme cela? Je me disais, aussi, vos maisons ne sont pas les mêmes. C'est encore cette incapable d'Una Persson qui n'est pas foutue de régler un récepteur Trans-Chronien. Enfin... Bon, la question est maintenant: 'Est-tu prêt?'
- Prêt à quoi? Demanda fort astucieusement Karl qui se méfiait (peut-être à juste titre, d'ailleurs).

Un bourdonnement sinistre et strident emplit soudainement la pièce. Un membre honoraire (et déchu) du club des évanouies se réveilla... et trouva judicieux de se réendormir au vu du massacre et d'une forme qui semblait se matérialiser dans la pièce. En effet, une brume pourpre et à l'odeur écoeurante avait commencé à emplir la pièce de ses volutes mystérieuses; au centre du phénomène, une forme noire indistincte commençait à apparaître au milieu d'étincelles d'un vert maléfique et nauséeux. Une musique effrayante et sublime retentit, formée de choeurs inhumains et de glapissements de flûtes infernales. Par dessus cette clameur, le nain se permit une réflexion:
- Elle a toujours su soigner ses entrées.
La brume se dissipa instantanément. La forme sombre se révéla être en fait une épée plus noire que la nuit et couvertes de runes qui dansaient sur la lame telles des bacchantes. La salle était silencieuse comme un tombeau, ce qu'elle semblait être devenue. Une voix sépulcrale retentit.

SALUT CHAMPION. JE T'AI ENFIN RETROUVE.

Karl commença (enfin?) à paniquer. Il devait être d'une trempe de héros.

JE SUIS L'EPEE NOIRE.

- C'est l'Epée Noire, surenchérit le nain, n'oubliant aucune majuscule.
Il était évident pour Karl que la forme qui était apparue était une épée, de plus, elle était effectivement noire si on faisait abstraction des runes qui affichaient une gamme de couleur assez variée dont le seul point commun était qu'elles étaient à faire vomir un décorateur. Ce qui était beaucoup moins évident c'est que c'était cette épée qui lui parlait. Le nain affichait un sourire suffisant.

PRENDS-MOI!!!

- Prends-la!!! Le nain commençait à devenir sacrément chiant, utilisant la même ponctuation et me forçant à faire des répétitions. Il avait intérêt à fermer sa gueule ou il allait se prendre une météorite sur le coin de la tronche.
L'épée s'était approchée de Karl et lévitait maintenant devant lui. Karl hésitait.

PRENDS-MOI, CHAMPION. JE SUIS A TOI ET TU ES A MOI. NOTRE DESTINEE NOUS DONNE L'UN A L'AUTRE.

Cette fois-ci, le nain avait compris, il ne répéta pas les paroles de l'épée et se contenta de grommeler à propos de la démocratie dans les nouvelles de SF et de ces fachos d'auteurs ne laissant aucune liberté aux personnages. Un coffre-fort tomba soudainement sur la gueule du nain. Non mais. Je ne vais pas me laisser emmerder par un connard de nabot à poil et en bonnet rouge. Reprenons. Tandis que le nain tentait tant bien que mal de quitter le dessous du coffre-fort (j'en ai encore besoin après), Karl s'était décidé à attraper l'épée qui flottait dans les airs. Il posa ses mains sur la garde qui vibrait intensément selon un rythme quasi orgasmique (position n°17 du Kama-Sutra, variante dite de 'l'Elephant taquin').

JE SUIS STORMBRINGER©, MAIS TU PEUT M'APPELER STIMMY.

- Ouais, ouais, tu peut l'appeler Stimmy, mais elle s'appelle Stormbringer©.
Le nain réussit à esquiver le coup d'épée porté par Karl, mais il ne put esquiver la Twingo qui lui sauta dessus. Elle était embusquée dans la boite à craie depuis le début de l'histoire.
- Il ne me viendrait pas à l'idée de contredire une épée qui parle et qui apparaît comme cela, avoua Karl dont le caleçon avait subi des dommages matériels irrécupérables dus à des inondations et à des coulées de boue.

TU ES PRIE DE METTRE UNE MAJUSCULE A EPEE LORSQUE TU PARLE DE MOI. JE NE LE REDIRAIS PAS DEUX FOIS.

Karl se décida enfin à se comporter en vrai chevalier. Il pilla le sac du professeur d'histoire pour lui prendre son stylographe en or. Ensuite il lui pilla son caleçon qu'il échangea contre le sien. Ça lui faisait mal d'abandonner son caleçon molletonné, acheté aux surplus de l'armée: c'était en effet le caleçon officiel des Waffen SS pendant la campagne de Russie, il y avait une tache de sang garantie d'époque. Il y avait même des galons de caporal dessus. Le meurtre et le pillage étant accomplis, il ne lui restaient plus qu'à violer les filles de sa classe. Il commença par les trois allumeuses du fond et termina par la poubelle du premier rang. En effet, Stormbringer© lui conférait une énergie sans précédente, lui permettant d'aller au bout de sa troisième tâche. La quatrième et dernière obligation de chevalier le poussa à mettre le feu à la sacoche du professeur tout en tentant de se saouler avec une (seule) canette de Heineken. Ceci fait, il quitta la salle en se rhabillant, suivit par le nain qui trouvait que le port de tant d'habits était idiot, mais qui ferma sa gueule parce que j'en avais marre de ses réflexions stupides.

Bizarrement, il n'y avait personne dans le couloir. Pourtant, le massacre avait été bruyant.
- J'espère qu'on a choisit le bon Champion, je trouve cependant qu'on y a été un peu fort!

MOUAIS! POSSIBLE, NEANMOINS, SA RESSEMBLANCE AVEC ELRIC EST ASSEZ ATTIRANTE. JE L'AIMAIS BIEN MON RIRIC.


- Vos gueules, tous les deux, rugit Karl, j'aimerais savoir si, par hasard il y avait des flics dans le coin.
- C'est quoi des 'flics'? Demanda le nain d'un air intéressé.
- C'est les forces de l'Ordre. Des incapables.

TU ES CONSCIENT DE TA MISSION. NOUS DEVONS ERADIQUER LES AGENTS DE LA LOI POUR POUVOIR CHASSER LEUR DIEUX. LE CHAOS DOIT VAINCRE.

- Sortons, nous devons traquer la loi partout ou elle se trouve, ajouta le nain.
- Est-ce que cela assurera le renouveau de la Grande Allemagne, la chute du chômage, le quatrième Reich? Karl croyait entendre les accents victorieux du 'Deutschland über alles' retentir a ses oreilles...

CELA ASSURERA CE QUE TU VEUX SI TU COOPERE AVEC NOUS. MAIS NOUS DEVONS RAPIDEMENT QUITTER LES LIEUX. TU ES SORCIER? TU ES EMPEREUR, AU MOINS?

- Je compte le devenir. Mais chez nous on appelle ça un 'Führer'!, expliqua Karl. Mais je ne suis pas encore sorcier.

Il prit l'ascenseur pour descendre au Rez-de-Chaussée sans rencontrer personne, ce qui était un coup de chance car ses habits étaient maculés de sang, ainsi que la lame de Stimmy qui était à nu (le nain aussi était à nu et maculé de sang). Puis, il se rapprocha des portes vitrées et compris. Il y avait dehors plusieurs centaines de policiers qui attendaient à l'abris derrière leurs voitures.
- Merde, les flics!
- Merde, les Agents de la Lois!

MERDE!

- Nous savons que tu est là et que tu nous entends. Qu'a tu fait des otages.

Karl ne comprenait pas pourquoi des flics lui en voulaient, à lui, le nouveau Führer du quatrième Reich.
- Je suis là, moi, votre Führer reconnaissez moi et vous serez pardonnés. Karl ne pu entendre la première réplique du chef des forces de l'Ordre:
- Merde, un cinglé, et ma femme qui m'a préparé du gratin. Je ne serai jamais rentré chez moi pour midi. Par contre il pu entendre la seconde, transmise par le mégaphone:
- Qui que tu sois, rends toi, il ne te sera fait aucun mal.
- Vous me prenez pour un con, fut la réponse du Führer de déjà une partie de la Grande Allemagne (huit étages et peut être même un vaste sous-sol). Vous allez mourir.

Karl brandit Stormbringer© et la fit tournoyer tout en se ruant vers l'avant. La porte vitrée vola en éclat. Un crépitement assourdissant retentit lorsque les forces de polices au complet ouvrirent le feu en direction de Karl. Le nain s'était déjà jeté à plat ventre et ne bougeait plus. Karl reçut une volée de balle en pleine poitrine et continua à avancer en direction des valeureux officiers de polices qui n'étaient qu'a deux cent contre un et qui n'était armés que de fusil et de pistolets. Les tireurs d'élite rentrèrent dans la danse. Karl se sentait invulnérable!!!

La tête de Karl explosa comme une pastèque trop mûre sous le pneu d'un camion. Karl avait fait trois pas depuis la porte.

FAIS CHIER. BORDEL DE MERDE!!!

- La prochaine fois, il faudra se moderniser, admit le nain, toujours couché sur le sol, mais surtout prendre quelqu'un de plus calme.

QU'EST CE QUE TU PENSE D'UN BRITANNIQUE, ON LES DIT TRES CALMES. TU AS UNE PREFERENCE POUR LE PRENOM?

- Il y a un prénom que j'aime bien c'est Jeremiah, Jerry, si tu préfère. Je demanderais à Una de choisir quelqu'un qui corresponde à nos critères.

Et Stormbringer© commença à se métamorphoser sous la forme d'un pistolet dont le canon n'aurais pu laisser passer que des aiguilles. Le nain disparut. Stormbringer© aussi. Le nain se retrouva sous la forme d'un majordome très stylé dans une campagne à proximité d'un château 'Le Corbusier'. Il ramassa le pistolet à aiguilles et s'en fut proposer ses services...

NOTE AUX BENETS: Ceci constitue un prologue au 'Programme Final' de Michael Moorcock (le premier tome des chroniques de Jerry Cornelius. On notera un anachronisme de la part de Moorcock: les chroniques de JC se passent dans les années soixante alors que le prologue se passe dans les années quatre-vingt dix. Faudrait lui téléphoner.

Stormbringer© est une marque déposée par Chaosium ou Moorcock, je ne sais pas et d'ailleurs, on s'en contrefout. Ah, ouais, j'allais oublier : l'auteur, moi en l'occurence, rappelle que toutes les opinions et autres conneries proférées la dedans ne sont pas les siennes. OK ?
Le Korrigan



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