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Contrefaçon de patte de mammouth
Mammouth écrase les prix

BESANCON (AFP) - Une patte de mammouth acquise par un paléontologue franc-comtois s'est révélée une habile contrefaçon, laissant soupçonner l'existence d'un juteux trafic de faux ossements préhistoriques.
Un bout de bassin de rhinocéros, un morceau de cubitus de bison, un os d'antilope, un amalgame d'os broyés et de sable: le contenu de la patte de mammouth achetée par Patrick Paupe, paléontologue de Valentigney (Doubs), n'a pas grand chose à voir avec la morphologie authentique du préhistorique animal. "C'est une escroquerie, je n'y ai d'abord vu que du feu, c'est un travail de professionnel extrêmement bien fait, reconnaît ce scientifique réputé, découvreur à la fin des années 70 du site de Romain-la-Roche (Doubs), l'un des principaux sites paléontologiques d'Europe. Lorsqu'il achète, courant 2002, pour un peu moins de 2.000 euros, une paire de pattes de mammouth, Patrick Paupe souhaite effectuer une étude biométrique afin d'obtenir des éléments de référence pour faire des comparaisons avec des ossements découverts dans l'aven de Romain-la-Roche. Un ami collectionneur, dont il ne met pas l'honnêteté en doute, lui sert alors d'intermédiaire pour acquérir des vestiges de mammouth venus de Hollande où la mer du Nord est un des plus vastes viviers de restes d'animaux préhistoriques. "Ce n'est pas une démarche très prisée des chercheurs d'aller voir des +brocanteurs de l'os+ pour faire ce type d'achat qui encourage le côté mecantile du milieu, mais on n'a parfois pas le choix", argumente-t-il. Les premières mesures effectuées sur les ossements laissent le paléontologue perplexe: elles ne correspondent à aucune donnée connue. En 2003, une des pattes présentées dans une exposition à Valentigney tombe et se fissure. Pris par d'autres activités, Patrick Paupe n'en découvrira le fantaisiste contenu que plusieurs mois plus tard, à la fin de l'année 2003. "Le corps de l'os, l'extérieur entre les deux extrémités qu'on appelle la diaphyse est vrai, mais on l'a bourrée d'un faux mélange d'os pour lui donner les allures d'une vraie patte". Pour Patrick Paupe, ce cas est une première. Le milieu scientifique qu'il a informé de sa mésaventure "n'en revenait pas non plus" et semble ignorer ces pratiques, "même si on m'a parlé d'un cas aux Etats-Unis", rapporte le paléontologue. Cette découverte inédite ne l'empêche pas de penser qu'il existe là "un trafic d'une grande étendue, mais peu connu, tout simplement parce que la grande majorité des acheteurs sont des paléontologues amateurs, voire des musées qui n'ont pas besoin d'effectuer de recherches sur ces ossements et ne sont donc pas en mesure de découvrir le pot aux roses". Patrick Paupe a préféré ne pas ouvrir la seconde patte qu'il soupçonne de la même supercherie. Rendez-vous a cependant été pris pour une radiographie complète de la suspecte.
Le Korrigan



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