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Entretien avec Civiello
entretien accordé en janvier 2002


Bonjour et tout d'abord merci de vous prêter au jeu de l'interview...
Ok, c'est parti

Comment êtes-vous tombé dans la marmite de la BD ?
Mon frère aîné lisait Astérix et je suis tombé dessus. Mais mon premier amour en BD fut Egdar Pierre Jacobs. Et oui, cela peut paraître bizarre pour un enfant de 8 - 10 ans mais les histoires d'espions et fusillades m'ont toujours impressionné.

Que lisiez-vous enfant?
Et bien, 'le secret de l'espadon', 'le mystère de la grande pyramide', etc... Et aussi pas mal de littérature fantastique comme l'excellent et inoubliable 'Blibo le Hobbit' et 'Le Seigneur des Anneaux'

Qu’en est-il de votre volonté d’adapter Bilbo le Hobbit en bande-dessinée? Avez-vous réussi à obtenir les droits ? Pourquoi est-ce si difficile ? Lorsque l’on voit votre style et votre univers graphique, on ne peut qu’avoir une immense envie de découvrir le monde de Tolkien sous vos pinceaux !
Aucune ! Apres des tentatives infructueuses l’envie est passée. De plus avec l’excellente adaptation de Peter Jackson, je pense qu’il n’y a rien a ajouter. Les droits appartiennent a une firme anglaise (dont le nom m’échappe) qui garde jalousement les droits. Cependant, je ne suis pas a la base de la démarche et je ne fais que rapporter ce que m’a dit l’éditeur !

En tant que fan de Tolkien, qu’avez-vous pensé de la trilogie de Peter Jackson adapté du Seigneur des Anneaux ?
Rien a ajouter. On n’aurait pas su faire mieux.

Comment définiriez-vous la bande-dessinée ?
Comme un moyen d'expression a part entière et comme la possibilité magique de créer des mondes, des univers comme un cinéaste peut le faire.

Devenir dessinateur de BD, étais-ce pour vous un rêve d’enfant ?
Oui, absolument. Enfant, je concevais déjà la possibilité d'en vivre.
Imaginez pour un enfant : passer sa vie a dessiner et comble de tout, on nous paye pour ça !!

Vos parents et professeurs vous ont-il poussé dans cette voie où avez-vous dû, de haute lutte, les convaincre que telle était votre vocation ?
Mon père, disons le simplement, était carrément contre le fait que l’on puisse vivre du dessin. Genre qu’il a toujours considéré comme mineur !
A l’opposé ma mère m’a plus qu’incité a explorer ce domaine. Etant très ouverte a l’art, et ayant dans sa famille une lignée de peintre et d’enseignant cela ne l’a pas étonné !

Dessinateur de BD, un métier prenant et sans doute nul passionnant… Quelles sont les grandes joies et les grandes difficultés de ce métier ?
Tout d'abord parlons de ce qui fait plaisir : rien que le fait de pouvoir vivre de sa passion balaye les petits tracas de ce métier.
Bien sur qui dit passion, dit travailler sans compter, dit de tenir le rythme sur un album entier, dit passer beaucoup de nuits blanches mais cela n'est rien avec la possibilité de pouvoir faire ce métier n'importe ou dans le monde.
Mon seul regret est que je ne trouve plus beaucoup de temps pour faire des illustrations.

Quels sont vos illustrateurs fétiches ?
Pour ne pas faire mentir les ragots, je voue une admiration particulière a René Hausemann. Et bien sur les anglais Alan Lee et Brian Froud.
Au fil des années, mes goûts se sont plus portés vers les illustrateurs américains ou dits 'américains' comme Bisley (anglais), Frazetta, Jeffrey Jones et surtout Drew Struzan pour ces merveilleuses affiches qui m'ont et me font encore rêver. Et il y a aussi l'incontournable famille Wyet et bien sur Norman Roskwell.

Publier votre première BD fut-il pour vous un parcours de combattant?
Non pas vraiment. Je n'ai pas eu le parcours 'traditionnel' d'autres auteurs de BD, a savoir je n'ai pas suivie d'école de BD et n'ai participe a aucun fanzine. Apres des études de dessin animé puis de peinture monumentale, j'ai rencontre une libraire qui a aime mon style et m'a présente a mon futur éditeur. Et puis, vous connaissez la suite...

Sans indiscrétion aucune, quel est votre cursus artistique ?
Pour ce qui est de mon cursus scolaire, après un BT en dessin anime a l’ESAAT a Roubaix, je me suis lancé dans un BTS de publicité ! Pas encourageant après moins d’un an a m’ennuyer, je suis parti pour Bruxelles a l’Académie Royale en peinture monumentale. Cela fut un choix de second ordre car je voulais a la base intégrer l’école de BD d’Angoulême. Mais des raisons « politiques ! » ont participé a la fermeture momentanée de l’école. Il fallait faire un choix ! Bruxelles s’est imposée et la peinture aussi. Pourtant après un an, je quitte l’école pour l’institut St Luc (toujours a Bruxelles). Mais après a peine 6 mois en illu, ras-le-bol car je n’y ai pas appris de « techniques » pendant les études et l’enseignement était plutôt médiocre ! Le fait de rencontrer Delcourt a cette période la m’a pousse a claquer les portes de l’enseignement une fois pour toute !


Comment est né le projet de La Graine de Folie?
Et bien a la suite de cette rencontre, mon éditeur m'a demande de faire trois pages de test et c'est la que naquirent les premières ébauches de ce qui allait devenir La Graine de Folie. Ce monde que je représentais déjà sous formes d'illustrations est vraiment né pour moi grâce a cette BD.

Vous semblez passionné par la culture et les légendes celtique. D’où vous vient cette passion ?
Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été attire par le « Moyen-Age » et la période celtique. Celle-ci a, je trouve, de merveilleux connotations fantastiques et est une source d’inspiration intarissable. Les légendes ou l’on parle de dragons, d’epees, d’efles et de magie m’ont toujours fasciné. Pourquoi ? Je ne sais pas et pourquoi doit-on toujours donner une réponse a tout ? C’est ça aussi le côté merveilleux…

Comment avez-vous bâti l’histoire des La Graine de Folie ? Avez-vous au préalable brossé le portrait des personnages principaux où ces personnages sont-ils nés autour d’une trame ?
Comme je l’ai dit plus haut, c’est a la suite de « page-test » qu’est née la Graine de Folie. Jusqu'alors j’avais développe le monde de Faerie en Illustration.
J’avais l’envie que l’histoire démarre pas un drame…. L’une des pages teste qui est a l’origine de l’histoire est la page 2 du premier tome, celle ou Angeis parcourent la landes pour prévenir de l’avancer de la grande conjonction. Le personnage d’Igguk est pour moi un personnage important car il est le conteur du peuple de Faerie. J’ai toujours aime les conteurs. Cependant, je ne voulais pas le sacraliser, je voulais que les lecteurs s’identifient a ce personnage grincheux, boudeur, sure de lui devant les autres pour que l’on comprendre que n’importe qui est important sur terre mais paradoxalement ne représente aussi (pour certain) qu’un pion.
Je crois a cette phrase : « Des qu’un enfant dit qu’une Fee n’hésite pas, une Fee meurt. » C’est ça « La graine de Folie », le fait d’y croire. La Reine choisit Igguk, un pion, car il est le conteur, la mémoire des Efles.
Dans le tome 3, la magie a une place importante car elle fait partie du monde des Elfes et des humains. Cornelia représente un lien entre ces deux mondes et la connaissance est représentée par l’Oracle dans le tome 2. Le tome 4 est une sorte de constat et de regret. Un regret par rapport a la perte de l’imaginaire et de la magie. Par magie, je ne pense pas a la magie noire ou blanche mais la magie que dégage un être, une situation… je devrais plutôt dire, la perte de l’émerveillement.


Certains dessinateur aiment à travailler en musique pour se plonger dans l’ambiance de leurs oeuvres. Est-ce votre cas ? Si oui, qu’écoutez-vous pour vous mettre en condition ?
Je suis un boulimique de musique de film ! Très récemment c’est la totalité de la partition d’Howard Shore pour l’incontournable « Seigneur des Anneaux » qui me fait le plus « vibrer ». J’aime particulièrement les envolées lyriques agrémentées de voix éthérées du plus bel effet. Mais également la musique aussi de « Once upon a time in Mexico » m’a impressionné par sa chaleur.
J’ai eu une période musique celtique, qui allait très bien avec l’ambiance de la Graine mais petit a petit mes goûts se sont ouverts vers plus de « modernisme ». Il faut dire que je devenais passablement irritant a passe Laureena Mc Kennik en boucle ! (Bien qu’elle reste pour moi la plus représentative de ce genre musicale !)
La musique des films de Tarantino comme Kill Bill ainsi que celle de « Gladiator » m’ont plu également car cela reste de la musique de pure divertissement.
A l’opposé Metalica et ACDC (eh oui !) me parlent beaucoup pour la virtuosité et la pêche que cela me procure !

Vos planches font sans nul doute partie des plus belles de la BD. Quelles techniques utilisez-vous ? Sur quel format travaillez-vous ?
Merci pour ce compliment, mais bon il y a mieux et l’on peut toujours mieux faire !
Sinon pour la technique : les premiers albums étaient entièrement aux encres et acryliques avec quelques rehauts de pâte acrylique. Puis, je suis passe entièrement a l’acrylique en tube.
Je travaille sur un format de plus ou moins 45x60 sur 300gr (ça permet au papier de na pas gondoler).

Sans indiscrétion, combien de temps passez-vous sur une planche ?
Contrairement a une biographie me faisant passer pour un sur-homme, je ne réalise pas « 1 a 2 planches par nuit, dans la douceur de la musique celtique » Cela m’est arrive qu’une seule fois dans la Graine de folie et encore, c’était une planche.
Sinon, concrètement, étant donne que je travaille par séquence ou par ambiance, je peux travailler la couleur sur 4 – 5 pages voir plus a la fois. En gros disons plutôt qu’un album me prend un peu moins d’1 an si il n’est pas entrecoupe de diverses commandes et en fonction aussi de la disponibilité du scénariste. Par jour, je travaille de10h a 16h en moyenne.

Au regard des originaux, les planches, une fois imprimées, semblent parfois ternes… Etes-vous globalement satisfait par le résultat des impressions de vos albums ?
Je dirais qu’a présent oui j’en suis satisfait mais cela fut dur d’exprimer ce que je voulais vraiment car avant tout des problèmes sont liés a la tailles des planches. Les éditions ont changé leur mode d’impression au cours des années et ceci augmente le rendu mais bien sur la retranscription ne sera jamais tip-top comme les originaux !

Parmi les multiples personnages auxquels vous avez donné vie, lequel avez-vous pris le plus de plaisir à mettre en scène
Pour la Graine il s’agit sans aucun doute d’Odymus le rat taupe ! Je n’ai jamais su vraiment cerner Igguk, toujours présent et toujours changeant d’un album a un autre.
Pour Korrigans Luaine m’apporte énormément de joie a dessiner car durant la réalisation de chaque album je vieilli au même rythme qu’elle, et puisque c’est une humaine comme moi(enfin je crois l’être ?!!!) et a chaque album nous nous rapprochons et de plus je trouve un peu de son caractère en moi !
Bien sur j’apprécie de dessiner tout les autres persos avec le même entrain mais mon faible reste pour ma petite Luaine !
De plus tout ce qui est monstre et créature en général m’éclate. C’est surtout la recherche du design que j’adore.

En tant que dessinateur de bande dessinée, que représente pour vous une séance de dédicaces ? une corvée nécessaire ? le plaisir de rencontrer ses lecteurs ?
Les deux a la fois. Quoique le terme « nécessaire » ne soit pas approprier car j’ai toujours l’option de ne pas en faire. Le plaisir de voir les lecteurs s’atténue au fil des années car je m’aperçois que, malheureusement pour les autres, mais ce sont toujours les mêmes têtes que l’on voit.

En tant qu’auteur, comment ressentez-vous la spéculation galopante qui règne dans le milieu de la BD ? (revente de dédicace au mépris des auteurs qui les offrent à leur lecteur par exemple)
Bien sur que cela m’embête mais que voulez-vous y faire. Arrêter de faire des dédicaces !?! Même si l’on arrête, ils trouveront bien autre chose a vendre ! Pour exemple, un libraire dont je ne citerai pas le nom, s’amuse a prendre des cases dans l’album qu,il reproduit sous forme d’ex-libris et qu’il vend, en plus… même pas offert a sa clientèle… Ca se passe de commentaire.


Comment s’est faite la rencontre entre vous et Thomas Mosdi pour le premier tome de Korrigan, comment est né ce projet ?
J’ai rencontre Mosdi lors du festival de Boulogne sur Mer.
Un soir au repas, je dînais avec Olivier Ledroit lorsque Mosdi nous a rejoint. Je lui ai dis alors tout le bien que je pensais des 2 premiers tomes de Xoco. Puis au fil de la discussion, Thomas et moi, nous nous sommes aperçus que nous avions un point commun qui allait être la base de Korrigans : nous sommes tous les deux passionnes par l’Heroic-Fantasy voire la Dark Fantasy et l’époque celtique. Bien que le côté Dark Fantasy ne soit pas encore présent dans Korrigans, je crois que nous allons y tendre dans les futurs albums que je désire plus noirs !

Comment travaillez-vous avec Thomas Mosdi ? Du synopsis à la planche finale, comment organisez-vous ensemble votre travail?
Avec Thomas, nous discutons des envies mutuelles pour chaque album. De la Thomas écrit un synopsis général du livre. Nous en rediscutons et ainsi de suite. Puis commence pour lui l’écriture proprement dite de chaque page. De mon côté, je commence le design des différents personnages et decors. Lorsque je reçois les pages, celles-ci sont décrites case par case. Ce qui était assez précis au début devient plus vague maintenant car nous connaissons notre manière respective de travailler. De la, je story-board la séquence sous forme de petit croquis que je réalise directement après sur calque au format finale de la page sans rien pousser au départ, juste des formes assez simples pour résoudre les problèmes de proportions et d’équilibre de la page. Puis je fais des croquis séparés de chaque case et je recompose la page au final.
A l’aide de la table lumineuse, je reprends au propre sur papier. Avant le passage a la couleur, tout l’album est fait au crayonné.


Qu’a apporté Thomas Mosdi au tome 4 de La Graine de Folie ?
Une conclusion.

Avez-vous comme Thomas Mosdi qui signa Légendes, pratiqué le Jeu de Rôle ?
Absolument pas ! Bizarrement c’est d’ailleurs un univers qui ne m’attire pas vraiment ! Certainement par erreur de ma part !

Y a-t-il une question que je n’ai pas posé et à laquelle vous aimeriez néanmoins répondre ?
Non, le questionnaire est bien.

Pour finir et afin de mieux vous connaître, un petit portrait chinois à la sauce chrysopéenne…

Si tu étais une créature mythologique : un dragon
Si tu étais un personnage historique : William Wallace
Si tu étais un personnage biblique : l’Arche de Noe
Si tu étais un personnage de roman : Bilbo, justement.
Si tu étais un personnage de cinéma : Indiana Jones
Si tu étais une œuvre humaine : « la descente de croix » du Caravaggio

Le Korrigan



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