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Enterrés deux siècles après leurs morts...
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ERFURT (AFP) - Deux siècles après leur mort et deux mois après leur découverte dans une fosse commune, une centaine de soldats de l'armée d'occupation napoléonienne ont trouvé mercredi le repos éternel dans le carré militaire français du cimetière d'Erfurt dans l'est de l'Allemagne.

Les 120 squelettes avaient été découverts début avril sur un chantier de construction dans le quartier médiéval de Bruelh, à proximité de la cathédrale Notre-Dame. Le bâtiment avait été transformé en 1813 en hôpital militaire par l'armée de Napoléon qui a occupé la ville entre 1806 et 1813, pour accueillir les blessés de la retraite de Russie.

Les examens scientifiques ont établi qu'ils étaient âgés de 17 à 25 ans et morts au début du 19e siècle. Les informations recoupées permettent de dire que ces soldats sont décédés pendant une épidémie de typhoïde qui a ravagé la ville en 1813, et qu'ils ont été enterrés à la hâte à proximité de l'hôpital.

"Il est scientifiquement difficile de confirmer notre faisceau de probabilités", affirme Karin Szech, responsable des services archéologiques de l'Etat régional de Thuringe, car aucun indice concret, comme des boutons d'uniforme ou des objets, n'a été retrouvé sur le site. "Ces malades ont été enterrés en 1813 dans la cave d'une maison en ruine au bord d'un cours d'eau. La maison a dû être détruite pendant l'occupation, car elle n'existe plus sur le cadastre des cartes prussiennes", explique Mme Szech.

Ces hommes "pouvaient être russes, polonais, bavarois, ou appartenir aux régiments de Hesse ou de Bade. L'important, c'est qu'ils faisaient partie de l'armée napoléonienne", ajoute-t-elle. La présence française à Erfurt remonte à 1806, après la cession de territoires par la Prusse à la suite de sa défaite dans la bataille de Iena-Auerstedt le 14 octobre.

Le "royaume de Westphalie" avait été fondé pour son frère Jérôme par Napoléon, qui conservait Erfurt et sa périphérie comme domaine impérial. A la suite de l'effroyable retraite de Russie en octobre 1812, l'armée napoléonienne s'est repliée vers la Saxe. Un an plus tard, 300.000 coalisés (Autrichiens, Prussiens et Russes) contre Napoléon infligeaient une sévère défaite aux Français à Leipzig (sud-est de l'Allemagne), la "bataille des Nations", qui entraîna la libération de l'Allemagne.

Mercredi, les soldats sans sépulture ont été enterrés en présence du général-major allemand Josef Priller qui commande la région militaire de l'Est, de réservistes de Thuringe et du général Gilles Mantel, chef de la mission militaire française en Allemagne. "Nous vivons aujourd'hui dans un autre monde que celui de la guerre. Je voudrais aujourd'hui remercier la ville d'Erfurt. Chacun a le droit de trouver le repos n'importe où", a déclaré le général Mantel dans une allocution. "Après Napoléon, la guerre de 1870 et deux guerres mondiales, les soldats sont enfin réunis dans la mort", a estimé Joachim Kaiser, le maire-adjoint à la Culture d'Erfurt.

Les restes, empaquetés dans des emballages en carton, ont été enterrés au son de la "Sonnerie aux morts", aux côtés des prisonniers français de la guerre de 1870-1871 et des deux guerres mondiales. Ils ont également reçu le salut de trois bénévoles portant des uniformes du 50e Régiment d'infanterie royale de Prusse. Ceux-là même que Napoléon avait battus à Iéna.
Le Korrigan