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Sorcière malgrè elle
Mais que fait l'inquisition?

VARDOE (AFP) - Si elle avait vécu cinq siècles plus tôt Eli Karine Pedersen aurait connu le bûcher mais aujourd'hui cette sorcière auto-proclamée avoue que son activité lui apporte bonheur et prospérité.
"Mon titre professionnel est sorcière. C'est mon métier, c'est ma vie" explique Mme Pedersen, une Norvégienne de 44 ans, après avoir assisté récemment à la première conférence sur la sorcellerie dans la petite ville norvégienne de Vardoe, à 2.000 km à peine du pôle nord. Cette femme de grande taille au regard bleu, à la longue et épaisse chevelure brune éclaircie de mèches blanches, portant robe noire et bottes au bout pointu, n'a pas toujours été sorcière. En fait, il y a encore quatre ans elle était infirmière psychiatrique. "En 2000, la sorcière m'est apparue", dit-elle, spécifiant néanmoins que son expérience n'avait rien à voir avec une histoire de danse avec le diable au clair de lune, ce dont de nombreuses femmes étaient soupçonnées par le passé. Environ 50.000 personnes, presque toutes des femmes, ont été tuées sous l'accusation de sorcellerie à travers l'Europe entre le XVe et le XVIIIe siècle, dont un grand nombre ont été brûlées dans le nord de la Norvège. Dans la seule petite ville de Vardoe, qui comptait moins de 300 habitants, près de 30 sorcières auraient péri par le feu.

L'entrée de la sorcellerie dans la vie de l'infirmière a eu lieu après qu'elle eut acheté une ferme, à quelques centaines de kilomètres plus au sud, sur la petite île de Dyroeyshamn. Mais son installation devait rapidement être contrariée par des pressions extérieures pour qu'elle vende sa ferme afin que l'on puisse construire à la place une usine de pêche. "Ce fut très pénible, cela dura plusieurs années après de nombreux procès (...) Tout le monde avait fait de moi une affreuse sorcière locale, diabolique qui stoppait l'industrie et le développement", raconte-t-elle.

"Cela a duré suffisamment de temps pour qu'un jour je me dise: ils ont raison, j'en suis une". Et de lancer un commerce de sorcellerie, ouvrant sa ferme à des groupes intéressés par des expériences sortant de l'ordinaire, notamment des massages sur l'eau glacée et l'utilisation de pierres pour faire disparaître les soucis et les chagrins. Au fil des ans l'industrie de la pêche, qui avait été si importante pour l'île, a disparu. "Maintenant je suis la seule à avoir une forme de commerce et mes pires ennemis de l'époque sont devenus mes meilleurs partenaires", constate Mme Pedersen.

Les groupes désormais affluent pour venir voir "la sorcière heureuse" comme elle se surnomme elle-même. "J'affiche complet toute l'année", dit-elle, révélant qu'elle réalise un chiffre d'affaires annuel équivalent à environ 60.000 euros. A ses clients elle propose notamment l'expérience du lancer de pierre. Cette pierre "représente les soucis et tout ce qui rend votre existence grise et triste". Les clients lancent donc leurs soucis et leurs chagrins près d'un ancien cimetière au sommet d'une colline (Likberget) où, selon elle, est enterré le fils de celui qui a préparé le dernier bûcher pour une sorcière, en 1695. "Je suis au côté du client (...) et nous lançons la pierre dans l'océan et remercions les flots d'engloutir nos chagrins. Ensuite nous faisons sonner des cloches", explique-t-elle. Les gens sont sceptiques au début, particulièrement les enfants. "Mais une fois que je leur ai parlé, ils prennent leurs parents par la manche et leur disent: eh, c'est peut-être une sorcière après tout".
Le Korrigan



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