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La pendule de 10.000 ans
sciences anciennes

TOKYO (AFP) - Elle ne mesure que 60 cm de haut, ne pèse que 38 kilos, mais elle a donné bien du fil à retordre à des dizaines de chercheurs.

C'est la "man nen dokei", littéralement la "Pendule de 10.000 ans", une machine à égrener le temps conçue en 1851, dont les scientifiques japonais viennent enfin de percer le mystère. Née de l'imaginaire du "génie des merveilles mécaniques", Hisashige Tanaka, fondateur du groupe Toshiba, la "man nen dokei" est d'abord un objet d'art orné de bois, de verre, d'émaux et de métaux, minutieusement peints et travaillés. Mais elle est surtout une formidable invention dont le processus complexe a vaincu trois équipes d'investigateurs fascinés, en 1949, 1955 et 1968.

La quatrième tentative pour résoudre l'énigme, lancée en mars 2004 par Toshiba (propriétaire de l'objet) et le Musée national des sciences, a été la bonne. "Les ingénieurs, professeurs et chercheurs ont enfin compris, cette année, comment fonctionne le fantastique mécanisme de la +man nen dokei+", capable de suivre précisément le rythme du temps durant 10.000 ans, se félicite Junichi Nagaki, porte-parole de Toshiba.

La pendule, qui peut fonctionner durant une année en n'étant remontée qu'une seule fois, a donné lieu à une multitude d'enquêtes et autant de documents. Plus qu'une horloge, c'est un trésor de technologies, le nec plus ultra de l'art de l'époque. "Sa précision est telle que même les techniques d'aujourd'hui ont des difficultés à l'égaler", a déclaré M. Nagaki à l'AFP. Les six faces de la "man nen dokei" illustrent l'écoulement du temps avec une exactitude absolue: à la manière d'une montre occidentale; suivant les phases de la lune; au rythme des jours de la semaine; au fil du calendrier annuel lunaire japonais; selon les heures du jour et de la nuit (réparties en quatre blocs de six heures); enfin conformément aux signes du zodiaque asiatique.

Une équipe de plus de cinquante experts d'art et de scientifiques de Toshiba, du Musée national des sciences, de l'horloger Seiko et de l'Université de Tokyo a oeuvré un an pour autopsier la pendule et en analyser la façon et les mécanismes retors. Ils l'ont examiné au rayon X afin de déterminer la nature des matériaux, ils l'ont "clonée" sous forme virtuelle en trois dimensions sur ordinateur pour suivre la marche de ses engrenages, ils l'ont entièrement désossée, composant par composant pour n'omettre aucune pièce du mécanisme, si petite fut-elle. Un véritable jeu de patience et de persévérance au bout duquel ils sont enfin parvenus à décrypter ses secrets.

Mais triomphe encore inachevé puisque les artisans d'art et les ingénieurs s'étaient fixés pour but de façonner "à la main" une exacte réplique, en état de marche, de cette "Pendule de 10.000 ans" qui se jouait insolemment de leur temps. "Le plus difficile a été de réussir à reproduire un objet qui fonctionne exactement comme l'original, aussi précisément, dans la durée", ont expliqué les chercheurs. Ils y sont parvenus il y a quelques semaines. Les détails des ornements ont exigé le recours à des "sculpteurs et des peintres professionnels, spécialistes de l'art traditionnel japonais", selon Toshiba.

La "Pendule de 10.000 ans" a ainsi mobilisé une armée d'experts à plein temps, durant un an, pour un coût de plus de 100 millions de yens (750.000 euros). S'ils ont percé le mystère du mode de fonctionnement datant d'un siècle et demi de la petite horloge, et ont finalement réussi à la reproduire, les chercheurs s'interrogent toujours sur "l'éclair de génie" de son concepteur. La réplique de cette oeuvre mécanique, mise en service mardi, sera exposée pendant l'Exposition universelle d'Aichi, près de Nagoya, du 25 mars au 25 septembre. Une deuxième reproduction identique et fonctionnelle est actuellement en cours de fabrication pour être ensuite louée à des musées des arts et de sciences.
Le Korrigan



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