Haut de page.

XVIII
par Raf The Beast


La porte émis un léger gémissement tandis que la main poussait le battant. Dehors, cela ressemblait à la rue, en plus soft. L’homme prit le temps d’observer la scène d’un regard circulaire, prenant ses marques et fixant les limites de l’espace dans son esprit, puis il plongea tranquillement la main dans son blouson.
\" Nom et matricule \", demanda une voix féminine non dénuée de charme, dont la source semblait être la scène même.
- Decker, huit sept six cinq trois, répondit une voix bourrue, qui n’avait pas accompagnée un mot de joie depuis la nuit des temps. De toute façon, il était parfaitement inutile d’être aimable avec les voix enregistrées, alors autant ne pas se donner du mal ; déjà qu’il ne s’en donnait pas avec les humains…
\" Niveau de difficulté de la simulation \", demanda la voix, inconsciente des pérégrinations mentales de l’homme ; tandis que celui ci faisait tranquillement glisser six balles dans le barillet de son arme.
Il vérifia un moment le bon fonctionnement de celle ci puis la leva au niveau de son visage, et fit tourner le barillet tout en parlant.
- Evil.
Lorsqu’il sortit, il n’avait que quelques équimoses au visage et les vêtements allégés par les balles manquantes.
\" Deux minutes quinze seconde, record temps battu, cent pour cent de réussite au tir. Bravo inspecteur Decker \" fit la voix féminine et aimable.
- Un peu lent, concéda la voix bourrue et peu aimable.
Decker rejoint l’armurier et frappa sur le comptoir.
- Cinquante balles normales et trente perforantes, Jack, et un triple bourbon.
- Les plaisanterie les plus courtes sont les meilleures, dit un vieille voix, qui suivait un vieil homme émergeant d’entre deux placard de rangements.
- Je ne plaisante pas, dit Decker, poursuivant ainsi le rituel institué il y a bien longtemps entre le vieux Jack et lui.
- T’as encore fait un tour dans le stand de tir, demanda le vieux Jack en sortant deux verres de sous le comptoir en bois usé de l’atelier.
- Ouais, c’est toujours aussi lourdingue.
- T’es chier, Decker, les mannequins étaient neufs de ce matin, s’exclama Jack en dévissant le bouchon d’une bouteille de Jack Daniel’s, du véritable, qu’il avait sortit d’entre deux mitrailleuses K15.
- C’est pour ça que je suis venu, dit tranquillement Decker, comme chaque fois qu’ils en apporte des neufs, tout les ans…
- Alors qu’on envoie un formulaire chaque semaine, finit Jack en déposant la commande de Decker sur le comptoir.
- Des fois je me demande pourquoi je fais ce boulot, dit Decker en descendant son verre d’un trait.
- Si seulement tu étais le seul, dit Jack.
Decker prit les boîtes de cartouches et partit en direction de l’ascenseur après un dernier clin d’œil à Jack.
La petite sonnerie retenti, les portes s’écartèrent, laissant filtrer le bruit de fond inhérent à tout les commissariats du monde, étages des inspecteurs. Decker partit droit sur son bureau, et personne ne crut utile de se mettre en travers de son chemin. Il lança son arme sur la table encombrée de papier divers et entreprit de vider ses poches dans les tiroirs. Ce ménage de printemps fait, il posa les pieds sur son bureau et alluma une cigarette. Le repos était une denrée rare ici, et chaque instant libre devait être mis à profit.
Cela faisait bien dix minutes que Decker était assis, regardant les autres s’acharner au boulot comme des bêtes et fumant cigarette sur cigarette, mais comme dit le proverbe : toutes les bonnes choses ont une fin.
Les mauvaises nouvelles avaient des formes agréables cette fois ci, mais Decker avait cessé depuis longtemps de s’intéresser à ces détails. C’est pourtant un fort joli postérieur qui se posa sur le coin libre du bureau de Decker et qui le fit lever les yeux.
- Smurfette ! Comment va ?
- Pas plus mal qu’il y a une heure, Hardman, lorsqu’on a bouclé l’affaire des dealers d’armes tous les deux ! Bien profité de tes petites vacances ?
- J’ai passé le temps en glandant et en battant ton record au simulateur. Quelles nouvelles ?
- Les vacances sont finie !
- Evidemment. Rien d’inhabituel ?
- Si : cette fois ci tu bosses pas avec moi.
- Hum ?
- J’ai quelques heures de vacances en plus, quant à toi, tu es convoqué chez le boss !
- La joie me fait monter les larmes aux yeux !
- Depuis le temps que tes yeux n’ont pas vue la couleur d’une larme, Hardman !
Le lieutenant leva son postérieur du bureau de Decker, qui la regarda s’en aller quelques instant : elle était belle, c’était indéniable ; petite, très vive, blonde aux yeux bleu, traits trahissant ses origines scandinaves ; des muscles et un corps équilibrés et calibrés pour la rapidité et la précision ; et pour couronner le tout, elle avait un vrai cerveau de flic. Mais Decker avait lâché le sexe depuis longtemps, quelques putes de temps à autres, mais pas au- delà. Sa vie était d’être un flic, et il aimait ça.
Decker poussa la porte du Capitaine Cartibaldi après qu’on lui en ai donné la permission. De tous les flics de la boîte, le capitaine était la seule personne à pouvoir donner des ordres à Decker et s’enorgueillir d’être respecté par le flic qui avait le plus sale caractère de la création.
- Boss, s’exclama Decker en une caricature de salut.
Cartibaldi regarda entrer Decker avec ce même goût amer sur la langue que la première fois qu’il l’avait vu et toutes les fois qui avaient suivies : un soupçon de crainte. Decker était grand, un corps taillé dans un bloc de béton armé ; un bloc de granit découpé avec des outils rouillés en guise de visage, un grand blouson de cuir, doublé de kevlar – cela lui avait coûté un an de salaire, mais lui avait permis de continuer à toucher ce salaire bien des fois – ; plus le jean le plus lourd jamais fait : très ample, bien coupé, mais trahissant les nombreuses plaques de blindage épaisses qui y étaient intégrées ; Cartibaldi était sûr que ce truc était trop lourd pour que lui même puisse le porté à bout de bras.
Decker fit face à son chef, exposant son visage à la lumière de la pâle ampoule du bureau, révélant la vilaine cicatrice qui lui barrait la joue droite et que jamais Cartibaldi n’avait vu se relever alors que l’individu souriait, car il ne souriait jamais.
- J’ai du boulot pour toi, dit Cartibaldi.
- C’est important, demanda Decker sur le ton morne qui caractérisait sa voix.
- Assez pour te faire venir dans mon bureau en tout cas, mais cela tu l’avais déjà deviné. Il s’agit de l’attribution de ton nouvel équipier, l’inspecteur Denoël, qui nous vient de l’école de police d’Amsterdam, dit nonchalamment Cartibaldi en feuilletant mollement le dossier ouvert devant lui sur son bureau.
Quelques anges passèrent, pendant que Cartibaldi lisait et que Decker attendait que son chef lui dise que c’était une blague, mais le rire ne vint pas.
- Honnêtement, boss, j’ai une tronche de baby-sitter ?
Cartibaldi leva les yeux et les fixa sur ceux de Decker, qui étaient noirs teinté de gris, trahissant le nombre de choses qu’ils avaient vus, et montrant que ce nombre comptait des images que peu de mortels pouvaient simplement imaginer ; bref, le regard d’un flic qui avait survécu trop longtemps dans ce secteur.
- Franchement ? Non. Mais je ne te demande pas de faire la baby-sitter. Il a déjà un peu de métier : il a effectuer une période d’essais de six mois dans les faubourgs d’Amsterdam, un coin à risque, il paraît.
- Si je décode bien, chef : vous me demander de prendre un bleu en mains pour ses premiers pas dans la rue, de lui apprendre les ficelles de ce métier tout en lui montrant l’utilité des sacs à vomis, c’est ça ?
- En plus des sucettes à fournir, ouais.
- Même l’affaire le plus minable en stock, boss, mais pas ça, implora Decker.
- Aucune chance de me faire changer d’avis, Decker ; je vais te présenter.
Cartibaldi décrocha son téléphone et composa un numéro à deux chiffres.
- Nathalia ? Amène moi le bleu, s’il te plaît. Il s’appelle Denoël.
Quelques secondes passèrent tandis que Smurfette faisait des recherches, puis elle sembla apporter une réponse étrange.
- Comment à l’abattoir ? Il est déjà mort ? Accident dans le simulateur de tir ? Passé après Hardman ? Bon. On descend, préviens les !
Il raccrocha. Et leva les yeux sur l’étincelle de surprise dans les yeux de Decker.
- Tu n’avais pas réinitialisé le simulateur, Hardman, il est passé derrière toi pour faire connaissance avec son flingue.
- Et ?
- Il a tenu une minute, puis est ressortit sur la civière des médics. Suis moi, on va le rejoindre.
Le Korrigan