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La Mue des Anges
par Raf the Beast


Le soleil irradiait la rosée saupoudrant les magnifiques pétales de la violette. Mû par une légère brise, le champ fleuri salua le passage des pieds si léger de la druidesse, parcourant son domaine avec une impression de légèreté peu commune.
Ses petits pieds prenants bien soin de ne pas toucher une seule de ses magnifiques fleur, la jeune fille en robe blanche parcouru l’espace la séparant du cercle de pierre dans ce qui aurait put paraître un survol à un observateur extérieur.
Arrivée devant le gros rocher, elle sauta dessus souplement, se recevant pile entre deux arêtes coupantes comme des rasoirs, et regarda derrière elle.
Elle fit une petite moue insatisfaite : il restait encore quelques traces dans l’herbe.
Elle haussa les épaules, pensant que la prochaine fois, elle ferait mieux.
Se retournant de nouveau, elle entreprit de regarder de plus près l’évolution des quelques larves perdues au milieu de la petite mare délimitée par le cercle de pierre.
La rosée avait depuis longtemps disparue des pétales de fleur, évaporée par un soleil doux et chatoyant en ce beau matin, lorsque des cris la firent se retourner.
Un enfant courait vers elle, venant visiblement de Paoc, le village de pêcheurs voisin.
Elle fit la grimace lorsque les pas de l’enfant piétinèrent sans vergogne le parterre de violette qu’elle avait mit tant de temps à chérir. Puis elle se dit que cela lui ferait un bon exercice de remise en forme, l’ennuie était le pire ennemi en ces lieus enchanteurs.
- Eh ! Ohé !
La druidesse descendit d’un petit bond de son perchoir et marcha au niveau de l’enfant.
- Qu’y a-t-il, Martin ? On a besoin de moi ?
Le garçon hocha la tête.
- C’est les poissons ! Varant m’a dit d’aller te chercher !
Varant, pensa-t-elle, était le chef du village voisin. Un être solide, habitué à passer beaucoup de temps en mer avec presque rien et à tenir tête aux tempêtes les plus terribles. Il n’était pas du genre à courir se blottir dans les jupon des druides, au contraire des vieilles femmes comme il disait.
Il était d’ailleurs adepte de Sarah, déesse de la mer, si elle se souvenait bien.
Oui, pensa-t-elle, cela devait être vraiment grave pour qu’il envoie chercher la druidesse.
- Attend moi là, dit elle à l’enfant. Je vais chercher mes affaires.
Elle passa la porte de la cabane sans faire de bruit, se dirigeant à pas de loup - enfin, de louve – vers le coin qui lui était réservé.
Mais Erban était trop vieux pour dormir profondément, et son ouïe surpassait de loin le meilleur loup.
- Où vas-tu ?
Elle se retourna vers lui, à moitié surprise seulement.
- On a besoin de moi au village, dit elle. Varant m’a fait appeler.
- Toi ?
Elle rougit.
- Et bien… Il a envoyé Martin chercher un druide… Alors comme tu es fatigué en ce moment, je me suis dit…
Erban éclata de rire, se repliant sur son fauteuil.
- Tu as tout à fait raison, petite. Je suis trop vieux pour m’occuper de fioritures. D’ailleurs, le temps est proche qui te verra prendre ma place…
Elle rougit, d’indignation cette fois.
- Ne dites pas ça ! Vous avez encore tellement à m’apprendre !
Elle savait parfaitement ce que le vieil homme allait dire, mais elle ne pouvait s’empêcher de prendre soin de tout ce qui l’entourait. C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’il l’avait choisit, alors qu’il n’avait prit apprenti depuis des éons.
- Je n’ai plus rien à t’apprendre, petite. Les expériences forgent l’expérience.
Sur ce, comme si ces quelques mots avaient épuisé son endurance légendaire, il piqua du nez.
Elle soupira de contentement, heureuse de le voir toujours aussi calme et ensommeillé.
Cela n’avait pas toujours été le cas, bien entendu. Il y a cinq ans, lorsqu’elle était rentré en apprentissage, Erban était un adepte des longues marches en forêts qui vous sciaient les jambes, des longues heures au coin du feu à lire de vieux livres d’herboristerie à vous brûler les yeux, et de jeux des questions-réponses à vous paralyser les doigts pendant trois jours – en effet, sa version personnelle de la pédagogie comprenait l’utilisation intensive de la règle en bois de chêne.
Mais l’âge faisant, ou alors c’était parce qu’il était fier de son élève et voyait en elle sa future remplaçante, il avait laissé le temps faire son œuvre sur son corps et commençait à accuser son grand âge.
Le temps peut avoir son corps, pensa-t-elle alors, mais personne ne pourra convaincre cette tête de mule de mourir avant qu’il en ait décidé !
Sur cette note d’optimisme, elle passa la hanse de sa sacoche sur son épaule et attrapa son bâton.
Le Korrigan