Fiche descriptive
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L’ombre de la croix
La guerre est venue trouver Jules Matrat dans son paisible village de Haute-Loire. Dans la boue des tranchées, il a noué une solide amitié avec Louis Agnin. Ensemble, ils ont combattu leurs peurs et parlé d’avenir, de la compagne de Louis aux projets de mariage de Jules… Ensemble, ils ont survécu un temps aux horreurs de la guerre…Mais, lorsqu’une balle allemande a fauché Louis, Jules n’est plus que l’ombre de lui-même. Il néglige d’écrire à ses parents comme à sa promise et tous les croient mort… Et, lorsqu’il revient, enfin, après l’armistice, tous pensent pouvoir reprendre une vie ordinaire. Mais Jules est hanté par la mort de son ami et la promesse qu’il lui avait faite d’aller trouver sa femme… Brisé, il se mure dans le silence et son épouse aimante et malheureuse lui propose de se rendre chez Louis et d’y rencontrer sa famille… Mais la femme de Louis a déjà refait sa vie, ce que Jules ne peut accepter… Bien loin de renouer avec la vie, ce pèlerinage sur les terres de son défunt ami entraîne Jules plus loin encore dans l’abîme du désespoir… l’impossible retour à la vie d’avant Après sa remarquable adaptation de L'or des marées, roman de Joël Raguénès qui dépeignait la vie des goémonier, Serge Fino s’empare du chef d’œuvre de Charles Exbrayat qui nous raconte destin d’un paysan parti faire la guerre dans les tranchées et qui en revient vivant, mais intérieurement détruit… Jules Matrat est un homme simple et taiseux qui aurait pu être heureux et rendre heureux sa promise s’il n’avait pas laissé une part de lui avec Louis, enterré sur le champ de bataille. L’impossible reconstruction, l’incompréhension de ses proches et de ceux qui n’ont pas connu la guerre, le désespoir qui est le sien et qui le ronge chaque jour d’avantage… Les longs récitatifs conservent la veine littéraire du roman et donne toute sa force et toute sa gravité au récit. Ils mettent en lumière le ressenti de Jules et permettant au lecteur de mieux comprendre les tourments, son incapacité à renouer avec sa vie d’avant et sa désormais tragique inaptitude au bonheur, faute de pouvoir oublier l’indicible horreur des tranchées et la mort de son ami. Il est semblable à un fantôme errant entre les vivants et le souvenir des morts. Rares sont les récits qui retranscrivent avec une telle justesse le désarroi des poilus démobilisés, à jamais incompris par leurs proches qui ne savent rien des horreurs qu’ils ont traversées, qui ne voient plus pourquoi ou pour qui continuer de vivre…Le travail de l’artiste sur cette trilogie est une fois encore saisissant. Il parvient à retranscrire la beauté des paysage, offrant de purs moments contemplatifs qui renforcent la mélancolie qui ronge Jules… Difficile de ne pas être bouleversé par le destin fracassé de cet homme simple auquel les crayons virtuoses et les couleurs somptueuses de Serge Fino donnent vie. ![]() Serge Fino achève avec brio cette remarquable adaptation du chef d’œuvre de Charles Exbrayat qui nous raconte la vie d’un homme revenu de la guerre mais qui a abandonné une part de lui dans la boue des tranchées…L’armistice signée, Jules Matrat retourne dans sa campagne natale où il n’avait plus donné de nouvelle depuis la mort tragique de son ami Louis Agnin, foudroyé par une balle allemande. Retrouvant ses parents et sa promise, il pensait avoir désormais droit de reprendre le cours de sa vie… Mais il ne peut oublier les horreurs de la guerre et la mort de son compagnon d’infortune qui le hante et le tourmente. Poussé par son épouse aimante, il se rend dans ces Alpes dont Louis lui avait si souvent parlé pour y rencontrer sa veuve et sa mère… Mais le voyage n’aura pas l’effet cathartique escompté et c’est désespéré et brisé qu’il s’en retourne chez lui… Formidable conteur, Serge Fino inscrit son récit dans une veine très littéraire qui permet au lecteur de comprendre et de partager les tourments de cet homme simple auquel les crayons de l’auteur donnent vie. Le conflit achevé, c’est toute l’absurdité de la guerre qui ressurgit alors qu’une part de lui est morte avec Agnin. Incompris de ses proches comme de ceux qui ont échappé à la guerre, il erre tel un fantôme parmi les vivants… Le dessin somptueux et les couleurs fascinante de Serge Fino nous offrent de purs moments de grâce contemplative à laquelle Jules semble à jamais insensible… Dépeignant avec force l’impossible retour à la vie d’avant après avoir connu l’horreur des tranchées et vu mourir ses compagnons, Jules Matrat est un récit aussi poignant qu’édifiant à ranger au côté d’à l’Ouest rien de nouveau de Erich Maria Remarque ou Les Croix de bois de Roland Dorgelès qui nous montre, à hauteur d’homme, combien la guerre est une absurdité. Vois-tu, Rose, ça serait trop beau si on était revenus pareils qu’avant.Jules
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