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Kid Francis
Kid Francis



Fiche descriptive

Biographie

Marius Rivière

Grégory Mardon

Grégory Mardon

Casterman

14 janvier 2025


25€95

9782203281776

Chronique

1 mètre 64, 53 kilos. François Buonagurio n'est rien qu'un petit cireur de chaussures né en 1906 à deux pas du Vieux-Port, à Marseille. Kid Francis. Voilà son nom de scène. Celui avec lequel il a connu la gloire, gants aux poings, celui avec lequel il a remporté tous ses titres : champion de France poids coq à 18 ans, champion d'Europe à 19 ans, vainqueur du champion du monde en titre au Madison Square Garden de New York à 20 ans seulement. Kid Francis, voilà un nom qui devait figurer au panthéon de la boxe.

Ses liens avec le Milieu marseillais et le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale vont en décider autrement.
un excellent album!


Il était une fois la boxe
Kid Francis, planche de l'album © Casterman / Mardon / RivièreFil d’immigrés italiens, François Buonagurio est un petit cireur de chaussure né à Marseille à deux pas du Vieux Port… Presque par hasard, il monte sur le ring et enfile des gants de boxe pour apprendre à se défendre… Lisanti, son entraîneur, décèle en lui un potentiel prometteur et lui donne son nom de scène : Kid Francis.

Gants aux poings, il cumule les victoires et devient champion de France des poids coq avant de devenir champion d’Europe l’année d’après et de battre, à vingt ans, le champion du monde en titre au Madison Square Garden de New York…

Il aurait dû inscrire son nom au Panthéon de la boxe si ses liens avec le milieu marseillais et la tempête de la seconde guerre mondiale n’avait pas balayé un destin pourtant déjà tout tracé…


Kid Francis, planche de l'album © Casterman / Mardon / Rivière
le destin fracassé d’un boxeur doué
Marius Rivière associe sa plume aux crayons et aux pinceaux de Grégory Mardon (La vraie vie, Prends soin de toi, Le travail m'a tué, Amour cru…) pour signer une biographie romancée d’un boxeur doué…

A l’aide de ses poings et d’une farouche détermination, François Buonagurio, alias Kid Francis, s’est extirpé de sa modeste condition pour atteindre les sommets, côtoyant les stars de l’époque, de Maurice Chevalier à Joséphine Baker, de Marcel Pagnol à Charlie Chaplin en passant par d’autres, moins recommandables, tels Al Capone, Ventura Carbone et Francesco Spirito, les deux gangsters dont se sont inspirés les scénaristes du Borsalino de Jacques Deray… Car, dès sa naissance, Kid Francis était lié à la pègre, le mafieux marseillais Francesco Spirito, n’étant autre que son oncle… Et ses liens avec le milieu vont avoir de tragiques conséquences pour François, non seulement pour sa carrière, mais aussi pour sa vie… En effet, lorsqu’au beau milieu de la guerre le boxeur est embarqué durant la méconnue rafle d’évacuation du Vieux Port du 23 janvier 1943, son cher oncle n’a pas levé le petit doigt alors que, partie liée avec les autorités allemandes, il avait sans doute le pouvoir de le sauver… Mais Spirito ne lui a pas pardonné d’avoir voulu mener seul sa carrière de boxeur… Celui qui connut la gloire et les honneurs des gazettes et atteint les sommets de la Boxe, mourra lors de la Marche de la Mort alors que la guerre s’acheminait vers son terme…

Kid Francis, planche de l'album © Casterman / Mardon / RivièreLe récit de Marius Rivière, journaliste collaborant avec le Monde, Mediapart ou la Revue XXI, ne se veut pas être une biographie précise et fidèle de la vie de Kid Francis… Certaines libertés ont ainsi été prises avec le réel pour renforcer la dramaturgie de l’histoire, tel son titre de Champion d’Europe ou sa victoire contre le supposé champion du monde en titre, Archie Bell, dans un match sans enjeu. Mais ces artifices narratifs, ces écarts avec l’histoire, confèrent toute sa force au scénario, rendant son ascension pour le moins fulgurante, et sa tragique chute plus retentissante encore… On y découvre un homme passionné de boxe qui tente de conserver une certaine liberté et de s’affranchir de l’emprise des mafieux sur le monde de la boxe… Mais les victoires et les défaites ne se jouent pas toujours à la loyale, face à face, sur un ring… Elles se décident parfois en coulisses… Son destin fracassé n’est pas sans évoquer celui d’un autre boxeur doué : Young Perez, dont l’histoire a été contée avec brio par Denis Lapière et Aude Samama dans le bouleversant à l’ombre de la gloire ou par Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro dans Young Tunis 1911 – Auschwitz 1945. Il y a de nombreuses similitudes dans leurs tragiques destins, de leurs origines modestes à leurs victoires retentissantes, jusqu’à leurs tragiques disparitions durant les sinistres Marches de la Mort…

Kid Francis, planche de l'album © Casterman / Mardon / RivièreL’album immerge le lecteur au cœur des années Folles, de Marseille à Paris, en passant par New-York, les auteurs nous donnent à voir un monde désireux d’oublier les horreurs de la Grande Guerre et leur lot de souffrance et de privation, ignorant qu’il ne faudra qu’une poignée d’année avant de basculer une nouvelle fois dans l’horreur… Le récit de Marius Rivière dépeint aussi avec une finesse teintée de romanesque, le monde de la boxe, écartelé entre la passion pour la boxe et l’argent qui corrompt et gangrène le noble art…

Epuré et plein d’élégance, le dessin de Grégory Mardon s’avère parfait pour mettre en image la biographie romancée de ce jeune boxeur dont le souvenir s’est dissout dans le tumulte de la guerre… Le dessinateur y fait montre de sons sens du découpage, faisant preuve d’une saisissante inventivité pour mettre en scène les combats de boxe, les scènes de fêtes ou les dialogues plus intimistes, retranscrivant avec art le ressenti de chacun des protagonistes de l’histoire… Sa mise en couleur, tout en subtilité, renforce la force du propos et l’émotion de chaque séquence… Poétique mais indéniablement dramatique, les dernières cases de l’albums s’avèrent particulièrement réussie, poursuivant le lecteur bien après qu’il ait refermé le livre…

Kid Francis, planche de l'album © Casterman / Mardon / RivièreMêlant petite et grande Histoire, Kid Francis est une biographie romanesque de François Buonagurio qui connut la gloire sur le ring avant de sombrer dans l’oubli…

Francis n’est qu’un petit cireur de chaussure de rue lorsqu’il pousse pour la première fois la porte d’une salle de boxe. Sous l’égide de Lisanti, son entraîneur, il gravit peu à peu les marches de la gloire, devenant champion de France des poids coq à l’âge de 18 ans. Mais son oncle, le mafieux Francesco Spirito, qui jettera plus tard les bases de la French Connection, voit tout le profit qu’il pourrait tirer des talents de son neveu et compte bien gérer sa carrière… Mais Kid Francis préfère s’affranchir de sa tutelle oppressante, ce que Spirito ne lui pardonnera pas, l’abandonnant à son sort lors de la rafle du vieux port en 1943…

S’inscrivant dans la lignée du Raging Bull de Scorcese Martin Scorsese, du Il était une fois en Amérique de Sergio Leone ou du Babylon de Damien Chazelle, pour leur ancrage historique, Kid Francis dépeint avec force le monde insouciant de l’entre-deux-guerres et celui, plus cruel, de la boxe, où passion et argent ne font pas toujours bon ménage… Porté par un découpage inventif et pertinent, le dessin épuré de Grégory Mardon met joliment en scène le scénario généreux de Marius Rivière qui nous raconte l’histoire d’un boxeur talentueux qui connut une ascension fulgurante et semblait promis à un bel avenir mais dont la carrière fut entravé par ses liens avec la mafia alors que le déclenchement de la seconde guerre mondiale allait le faire basculer dans l’oubli… Kid Francis est un album captivant, et pas seulement pour les amateurs du noble art !


- François, pourquoi est-ce que tu boxes ? Mmh ?
- D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu boxer.
- Y’a vouloir et y passer les quinze prochaines années à se faire cogner chaque semaine. Pourquoi tu fais ça ?
- Je ne sais pas… J’imagine que je fais ça pour aider ma famille.
- Arrête un peu, minot, ta mère n’est pas là, hein ! Alors oublie les paroles toutes toutes faites et parle avec tes tripes, tu veux ?
- J’ai vu ce que c’était de passer ma vie sur le port… à s’esquinter le dos sur les quais en attendant d’être appelé pour crever au fond d’une tranchée.. Quoi que tu fasses, quand tu es dans la fosse, tu y restes… Je ne veux pas de cette vie-là.dialogue entre Kid Francis t Lisanti, son entraîneur

Le Korrigan




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