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La survie de l'espèce
La survie de l'espèce



Fiche descriptive

Reportage

Paul Jorion

Grégory Maklès

Kness

Futuropolis / Arte Éditions

2 novembre 2012

Chronique

En une succession de courts chapitre et d’analyses aussi pointues sur le fond, que délirantes dans la présentation, pimentées d’un brin de souvenirs personnels et d’un zeste d’actualité, Jorion brosse au vitriol un portrait érudit et rigolo de l’idéologie politique et de l’organisation de l’humanité actuelles, qui s’acheminent vers leur extinction naturelle, et il propose quelques idées pour l’éviter. Jouant des symboles connus de tous, Maklès vulgarise les écrits de Jorion, avec la volonté de faire sourire plutôt que de se laisser abattre.

Cela commence avec le procès de monsieur X, trader et mercenaire zélé de la banque d'investissement Gloldman Sax, accusé d'avoir créé un produit financier à partir des créances les plus pourries du marché, qu'il a revendu sciemment à ses clients avant de parier sur l'effondrement de cette "camelote". Pourquoi ? Parce que ces clients étaient faibles, et que le système dit M.A.F. (Mort Aux Faibles) ! Bien sûr, cela nous rappelle quelque chose… Comment a-t-on bien pu en arriver là ? C’est le postulat de départ des auteurs : comprendre. Alors, avec trois symboles simples (le Salarié, un petit jouet en plastique, le Patron, un général d'armée, et le Capital, un financier à haut de forme et gros cigare), Jorion et Maklès expliquent pourquoi et comment. Cyniquement, ironiquement et avec beaucoup d'humour (noir), ils décortiquent l'invention du travail, le partage des richesses, le management, la Bourse ou encore l'ultra libéralisme.
un chef d'oeuvre!


Un essai intelligent, édifiant et salutaire
Quelle étrange et audacieuse idée que de publier un essai caustique et incisif sur le capitalisme, idéologie politique dominante, sous forme de bande-dessinée. A travers des chapitres courts et percutants, les deux auteurs se proposent de détricoter la façon dont nous en sommes arrivés là, à un système où une poignée d’individus sans scrupules impose au reste de l’humanité de bien étranges conditions de vie et de survie. S’achemine-t-on vers la fin de l’espèce au prix d’un processus dont l’aberration de chaque étape explose à chaque planche? Un autre monde est-il encore possible ?

Le dessin nerveux et expressif de Grégory Maklès, son inventivité et ses partis pris graphique appuient là où ça fait mal. Le partage de l’humanité entre salariés, patrons et capitaliste, représentés respectivement par un bonhomme légo (manipulable à loisir), un général (dieu vivant pour le premier) et un banquier en queue de pie et chapeau haut de forme évoquant la mascotte du monopoly est d’un cynisme percutant. Les interventions de l’affreux journaliste (nécessairement gauchisant), de Monsieur X (carricature du trader sans consicence) et du fils candide (qui tente de comprendre l’enseignement de son père capitaliste) sont certes drôles et caustiques mais aussi et surtout édifiant. Les différents aspects de l’économie de marché sont abordés dans cet album avec une justesse qui fait froid dans le dos.
Les références à la Révolutions française apparaissent comme une évidence tant les prémisses qui l’ont causés apparaissent tels un précipités dans notre époque qui traverse une crise financière sans précédents, imprévisible pour certains, alors même que de nombreux économistes l’annonçait dans des travaux, passé étrangement à la trappe…
Le marasme dans lequel s’englue l’humanité décrit dans l’album serait désespérant sans la foi de l’auteur dans les jeunes générations qui apparaissent comme une lueur d’espoir au bout du tunnel… Mais aussi et surtout ceci : plutôt que de se lamenter sur le devenir de nos sociétés, retroussons-nous les manches et changeons le monde, à notre échelle.

La Survie de l'Espèce est petite bombe merveille inattendue. On sent que l’auteur connaît et maîtrise parfaitement son sujet. Le travail de vulgarisation de son propos et sa mise en scène efficace et hilarante de Grégory Maklès ne peuvent que forcer l’admiration. A lire de toute urgence, à partager et faire découvrir au plus grand nombre, y compris aux chantres bêlants défenseurs du capitalisme exacerbé et du libéralisme à outrance. A l’heure où se profile Noël (grande messe du capitalisme ?), il trouverait à mon sens une place de choix au pied du sapin…

Qui donc a dit que la BD n’était qu’un pur divertissement sans intérêts autre que celui de divertir?
Le Korrigan




Inspiration jeux de rôle

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