

Avec
Manitas Fred Le Berre et Michel Colline nous entraîne dans le sillage de deux jeune garçons né dans l’Amérique latine des années 1970. Deux destins tragiques et parallèles qui nous conduiront l’un dans le Cuba de Castro, alors que les idéaux de la révolution laissent peu à peu la place à la dictature, et l’autre dans la Colombie où le règne des cartels ne fait que commencer, gangrénant peu à peu la société…

Ernesto Chagra est né en Colombie. La révolte gronde parmi les paysans qui ne veulent pas plier devant les cartels naissants. Mais Diego, le père d’Ernesto, se souvient trop des sanglantes répressions qui ont jugulé les émeutes de Bogota et songe à la création d’un syndicat agricole, seul à même de défendre les intérêts des paysans. Ernesto va connaître très tôt la violence et être pris sous l’aile d’un homme de main du Senõr Orejuela, chef du cartel local…
Ernesto cogne pour survivre dans un monde violent et découvre la boxe lors d’une retransmission du match opposant Nemrod Jackson à Dwigth Mc Carthy. C’est pour lui une révélation, il sera boxeur et champion du monde…
Yuri Cienfuegos est né à Cuba. Son père, Estevon, est amateur de belle mécanique américaine et lorsque son oncle, par intérêt, lui offre à lui et à Fidel, son ami, une paire de gants de boxe, les deux jeunes gens vont se découvrir une passion pour la boxe. Coaché par son père, Yuri boxe en amoureux du noble art, peu importe la victoire tant que le combat est beau. Il va devoir affronter son ami pour décrocher une place pour le tournoi des espoirs à Berlin, antichambre des jeux olympiques.

Le scénario de Fred Le Berre est particulièrement captivant. Il happe le lecteur dans le quotidien de ces deux jeunes pleins de vie, de rêves et d’envies… Il parle de la boxe bien sûr, de ce noble art qui a connu tant de champions nés dans l’adversité. Pour atteindre leurs rêves, Yuri et Ernesto sont prêt à encaisser tous les coups, à connaître la peur et la souffrance, celle du corps et celle de l’âme… Le background est savamment travaillé, immergeant le lecteur dans les années 70 et dans des contextes politiques et sociaux particulièrement troublés, mêlant deux destins individuels à une histoire collective de façon particulièrement fluide… Après les avoir vu grandir, on sait que Yuri et Ernesto vont s’affronter, sur un ring et gantés de cuir… Qui des deux aura assez de volonté pour être sacré champion?
Le dessin très stylisé de Michel Colline qui n’est pas sans rappeler celui de Brüno, porte un regard plein de tendresse sur les deux jeunes hommes. Son trait épuré, ses encrages épais et ses aplats évoquent le classicisme de la ligne claire en lui apportant une note de fraîcheur et de modernité. Sa narration très synthétique est d’une redoutable efficacité, privilégiant l’efficacité et la fluidité à l’esbroufe…
Ce premier opus pose les bases d’un diptyque captivant à la narration parallèle parfaitement maîtrisée et au dessin semi-réaliste d’une redoutable efficacité… Que dire sinon que nous attendons la suite avec impatience!
(*) Quatre Boules De Cuir - Claude Nougaro