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Les clous rouges
Conan le Cimmérien


Fiche descriptive

Album pour Enfant

Conan le Cimmérien

Tome 7

Régis Hautière (d'après l'oeuvre de Robert E. Howard)

Cassegrain, Didier (sur un storyboard d'Olivier Vatine)

Cassegrain, Didier

Glénat

Grafica

18 Septembre 2019


14€95

9782344020654

Chroniques
La Fille du Géant du Gel
Conte sauvage et sensuel
La citadelle écarlate
Le roi déchu
Chimères de fer dans la clarte lunaire
de la nouvelle alimentaire à une bande-dessinée réussie
Les clous rouges
Un “Conan” à la sauce “Tao bang”

L'une des plus grandes nouvelles de Conan. Conan, mercenaire louant son épée au plus offrant, débarque dans les contrées du Darfar, dont le territoire est presque entièrement recouvert par une immense forêt.

Aux côtés de la farouche guerrière Valéria et après un affrontement contre un terrible dragon, le cimmérien se dirige ensuite vers une étrange cité fortifiée, apparemment déserte.

Mais le duo va vite découvrir qu'une civilisation vit cachée à l'intérieure, et que la citadelle semble cacher un lourd secret...
un bon album !


Un “Conan” à la sauce “Tao bang”
Les clous rouges, planche de l'album © Glénat / Cassegrain / Hautière / Vatine / HowardConan est à la poursuite de Valeria une flibustière de la Fraternité rouge pour le compte de Zarallo et des francs compagnons. Mais quand il retrouve la belle bretteuse il ne reste pas insensible à son charme et décide de ne pas remplir son contrat.

Ensemble ils doivent faire face à un terrible dragon et se réfugient dans une cité en apparence abandonnée pour échapper aux congénères du monstre. Mais la cité est habitée : entre ses murs deux clans se livrent une guerre fratricide et Conan et Valeria vont se retrouver au cœur de leurs intrigues…



Cet opus, terminé il y a déjà plus de deux ans par ses auteurs, était très attendu de la part des aficionados des nouvelles de « Conan le Cimmérien ». En effet, « Les clous rouges » est considérée comme le chef d’œuvre de Robert E Howard. Cette longue nouvelle, extrêmement sombre, est la dernière nouvelle de l’auteur et paraîtra dans « Weird Tales » quelques jours après son suicide. Elle est marquée par une noirceur inégalée liée au contexte biographique dans lequel elle a été conçue. La santé de la mère d’Howard se dégrade, il doit faire face à de très nombreux frais médicaux, et se sent acculé financièrement. Au même moment, il découvre la trahison de sa petite amie Novalyne Price qui fréquente à son insu l’un de ses meilleurs amis avec qui il avait prévu de longue date un voyage au nouveau Mexique qu’il décidera malgré tout de ne pas annuler…

Les clous rouges, planche de l'album © Glénat / Cassegrain / Hautière / Vatine / Howard« Les clous rouges » portent l’empreinte de cette double désillusion amicale et amoureuse mais également de la visite effectuée, lors du voyage néo mexicain, à Lincoln, théâtre de la « guerre sanglante du Comté de Lincoln » : un village dans la vallée, au milieu de montagnes et de grandes étendues désertiques, coupé du reste du monde dans lesquelles s’amplifièrent jusqu’à la tragédie, cinquante ans auparavant, des querelles de voisinage sans importance … Sous les oripeaux orientalo-aztèques du palais de Xuchotl on peut voir la résurgence de l’impression indélébile reçue par l’écrivain devant « ce village momifié » : « je n’ai jamais ressenti en aucun autre endroit les sensations bien particulières que Lincoln a provoquées en moi, au premier rang desquelles une sensation d’horreur ».

A la lecture de la description de la cité, totalement murée et artificielle, sans lumière du jour, sans rapport avec la nature, le lecteur ne manque pas d’éprouver un sentiment de claustrophobie. La vision de la société qui y évolue est d’une noirceur inégalée jusqu’alors : Howard y dresse le portrait d’une civilisation décadente où règnent trahison et folie et l’obsession du sexe. Il qualifiera lui-même cette histoire de Conan de « la plus sombre, la plus sanglante et la plus impitoyable de la série à ce jour ».

Les clous rouges, planche de l'album © Glénat / Cassegrain / Hautière / Vatine / HowardOr, dans l’album on ne retrouve pas ce rythme lent, angoissant. C’est un Conan à la sauce 'Tao Bang' qui nous est présenté : 20 ans après l’équipe se reforme peu ou prou. On a de nouveau une belle pirate et de très beaux dessins. La technique en couleurs directes employée par Cassegrain fait merveille, les paysages de jungle et le dragon dinosaure sont superbes (le dessinateur avoue lui-même adorer tout ce qui est « organique »). Vatine est un storyboardeur renommé et un concepteur de décors dans l’animation et cela se voit également dans la présentation de la cité perdue ! Les dialogues d’Hautière sont savoureux dans la première partie : Conan a un sens de l’autodérision et de l’humour détonant : il apostrophe ainsi le dragon : « Viens un peu par ici gros lard » avant d’ajouter « j’ai toujours eu envie de m’offrir un sac en peau de lézard ». Nos auteurs ont le sens du découpage et du cadrage particulièrement dans les scènes d’action virevoltantes à souhait (Cassegrain a lui aussi commencé sa carrière dans l’animation et il a vraiment le sens du mouvement !) qui deviennent drôles à force d’être hyperboliques et de jouer sur les codes ! On a parfois l’impression de voir en images des passages d’ « Yvain le chevalier au lion » ! Comme dans « Yvain contre le géant Harpin » : ça tranche des biftecks dans les cuisses des adversaires. Le sang coule à flot mais de façon très série B au second degré (voir par exemple le plan moyen en contre plongée dans lequel Conan tranche un adversaire littéralement en deux)…

Conan le Cimmérien, planche du tome 7 © Glénat / Cassegrain / Hautière C’est léger, plaisant, mais on y perd le côté tragique et mythologique du texte originel (toute la tragédie de la cité perdue commence par le vol d’une femme comme dans la guerre de Troie). C’est peut- être dû au format : depuis le début de la série, les albums sont calibrés à 56 pages quoi qu’il advienne. « Les clous rouges » ont ainsi la même pagination que « la fille du géant du gel » qui est à l’origine une nouvelle de 7pages seulement. C’est beaucoup trop condensé, le rythme n’a pas le temps de s’installer, la tragédie des Tlazitlas est résumée à la hussarde et on s’y perd ! Les personnages n’ont plus ni profondeur ni ambiguïté et plus grave subissent une véritable édulcoration.

La couverture en est un bon exemple : elle constitue en effet, dans sa composition, sa palette chromatique et l’attitude du héros un vrai hommage à l’une des illustrations les plus célèbres de Conan par Frazetta. Or, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que l’illustration originale de couverture (exposée cet été chez Maghen) avait été censurée ! Les créatures alanguies au pied de Conan ont été dotées de petites culottes ! Howard déclarait au moment de sa rédaction « je pense que je vais mettre dans ce récit plus de sexe et de sang que dans n’importe quel récit de ma carrière ». Or, dans l’adaptation, on a le sang, mais pas le sexe ! Contrairement au « Chimères de fer dans la clarté lunaire » de Virginie Augustin qui dépeignait fort bien la tension érotique régnant entre Olivia et Conan, on n’a ici qu’une grosse allusion grivoise émanant de Conan au début de l’album mais pas d’approfondissement des liens entre les héros ni mention de l’attirance qu’éprouve Valeria pour ce dernier. On n’y retrouve pas non plus son côté sadique (quand elle torturait dans longuement et inutilement une servante dans la nouvelle) et encore moins ses relations saphiques avec Tascela (c’était l’intention du romancier qui écrivait: « j’aimerais savoir ce que vous pensez de ma façon de traiter le thème du lesbianisme » [dans les « clous rouges »] ) ! L’ensemble de l’album est étonnamment sage voire pudibond parce qu’il y a toujours un volute de fumée bien placé, ou un bijou qui font office de feuille de vigne ! Conan le Cimmérien, planche du tome 7 © Glénat / Cassegrain / Hautière Devant cette forme moderne de puritanisme, on pourra alors se demander à quel public est véritablement destinée la série… Ce flou dans le lectorat visé, ainsi que l’impossibilité de dépasser les 56 p ont desservi ce 7eme opus. Il reste très divertissant mais n’est pas le chef d’œuvre qu’on attendait. C’est dommage !

On attendait avec impatience ce 7eme opus de la série « Conan le Cimmérien » parce qu’il était l’adaptation par un trio aguerri et reconnu de la longue nouvelle crépusculaire « les clous rouges » considérée comme le chef d’œuvre de Robert E Howard.

S’il s’agit d’un album agréable et divertissant au très beau dessin et au découpage maîtrisé et efficace, on regrettera son manque de profondeur et une pagination trop étriquée. On soulignera surtout un puritanisme de mauvais aloi qui récuse l’une des dimensions essentielles du texte source : l’érotisme. Choix éditorial sans doute, mais choix contestable …


Conan et Valeria se jetèrent dans la bagarre, tel un ouragan dévastateur qui s’abat sur un bosquet de jeunes arbres. Malgré son poids, Conan était plus agile sur ses pieds que n’importe quel de ses assaillants. Il se déplaçait à travers la masse confuse et tourbillonnante avec la sûreté et l’action dévastatrice d’un loup gris au milieu d’une bande de roquets impuissants. Valeria se battait à ses côtés, le sourire aux lèvres et les yeux flamboyants. Là où Conan l’emportait par la force pure et la vigueur de ses coups, la guerrière blonde déconcertait ses adversaires par sa rapidité et son habileté. Elle se déplaçait avec la légèreté d’une apparition ectoplasmique changeant constamment de place, et portant des estocades et des revers comme elle virevoltait.le narrateur

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