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Lame de fond
La Venin



Fiche descriptive

Western

La Venin

Tome 2

Laurent Astier

Laurent Astier

Laurent Astier

Rue de Sèvres

08 Janvier 2020


15€

9782369815860

Chroniques
Déluge de feu
Wild Wild West
Lame de fond
L'été meurtrier

Emilie est recherchée et sa tête est mise à prix. Poursuivant sa fuite en tenue de nonne, elle est Soeur Maria quand elle arrive à Galveston, au Texas.

Elle n'est pas là par hasard, elle cherche le révérend Alister Coyle, celui-là même qui dirige l'orphelinat pour jeunes filles de la ville. Sous couvert de cette nouvelle identité, elle est hébergée quelques jours au sein de son institution.

Le décès d'une pensionnaire et surtout la tentative de suicide de l'une d'elles ne laissent aucun doute sur le comportement malsain et les sévices commis par le révérend. Il est temps de rendre justice ! Emily s'en chargera et Dieu en sera témoin !
un chef d'oeuvre!


L'été meurtrier
La Venin, planche du tome 2 © Rue de Sèvres / AstierOklahoma, Fort Sill, Août 1900 : les hommes du colonel et les agents Pinkerton partis à la poursuite d’Emily rentrent bredouilles : « La Venin » leur a filé entre les doigts et la fille du gouverneur qu’elle a abattu dans le T1 a mis sa tête à prix. Désormais tous les chercheurs de primes de l’Ouest vont être à ses trousses.

Au même moment, Emily toujours déguisée en nonne arrive à Galveston, Texas, et se rend dans l’orphelinat pour jeune filles dirigé par le révérend Coyle. Est-ce juste un stratagème pour échapper momentanément à ses poursuivants et pouvoir se reposer avant de repartir ? Pas sûr …


De « la Poison » à « la Venin »
La couverture de ce deuxième tome semble rendre hommage, une fois encore, au western et plus particulièrement au film « Sierra torride » dans lequel une jeune prostituée - interprétée par Shirley Mac Laine- se déguisait en nonne pour échapper aux hommes à ses trousses; mais, comme dans le premier tome qui s’ouvrait sur un hommage à « il était une fois dans l’Ouest » pour s’en démarquer presque instantanément, Emily nous bouscule et nous emmène là où on ne l’attend pas !

Dans cet album en effet, elle est « infiltrée », comme la jeune policière Claire/Clara l’héroïne précédente de Laurent Astier dans un milieu qui n’est pas le sien. Elle va y découvrir des choses qu’on aimerait bien laisser cacher comme la mort inexpliquée de l’une des jeunes pensionnaires ; elle va aussi assister à la tentative de suicide d’une autre petite fille qu’elle va sauver. Pour cette partie de l‘intrigue, Astier a peut-être été influencé par les scandales de pédophilie au sein de l’église qui agitaient la France au moment de l’écriture de cet album mais cette dimension « polar » a surtout pour vocation de développer le personnage principal.

En effet, même si nous en avions eu un aperçu avec son geste pour les Indiens de Fort Sill, nous percevons davantage ici comme elle est capable d’empathie et n’agit pas simplement comme une machine tendue vers sa seule vengeance. Elle s’humanise et montre des sentiments presque maternels.

Itinéraire d’un(e) enfant (pas) gâté(e)
La petite orpheline, Claire, qui lui ressemble beaucoup physiquement permet également de relancer les flash-backs sur l’enfance d’Emily. Comme dans le tome 1 nous retrouvons en pages de garde le double itinéraire de l’héroïne éponyme : son voyage en tant qu’adulte et celui qu’elle effectua enfant. Dans ces retours en arrière signalés graphiquement par un arrondi des cases elle apparaît déjà en fuite perpétuelle : elle tente d’échapper aux agresseurs de sa mère et se retrouve successivement à New York puis dans le Tennessee. Les flashbacks sont plus développés dans ce second opus, moins dans l’action et plus psychologiques. La Venin, planche du tome 2 © Rue de Sèvres / AstierD’une façon presque naturaliste, ce retour à l’enfance nous donne des clés pour comprendre la personnalité de la Venin en dressant un réseau d’échos et de parallélismes entre la situation de Claire et celle qui fut la sienne : trahie par ceux qui devaient la protéger, élevée à la dure dans un puritanisme absurde.

Les références aux classiques de la littérature américaine effectuées par le scénariste permettent de justifier le côté lettré de la jeune femme (et rend donc vraisemblable l’écriture des « Carnets » qu’on trouve à la fin du livre) mais dressent aussi un portrait en creux. Dans le tome 1, elle citait ainsi « La lettre écarlate » d’Hawthorne qui rappelait sa situation d’enfant née du péché ; dans les flashbacks du tome 2, on la voit dévorer « Le Prince et le pauvre » de Mark Twain qui est fondé sur l’usurpation d’identité et l’idée que l’habit fait le moine , or comme le rappelle l’un des agents qui est à ses trousses, elle est « passée maître dans l’art de se déguiser » . Enfin, quand elle est à l’orphelinat, elle cite Melville au révérend Coyle et raconte l’histoire de « Moby Dick » aux petites filles. Or, ce dernier roman est fondé sur le thème de la vengeance : Achab poursuit le cachalot jusqu’à en devenir fou parce qu’il lui a arraché une jambe. Emily poursuit, elle, les assassins de sa mère …

V comme …Vendetta !
…ou V comme Venin ! Le tome 1 débutait « in media res » par un flashback en 1885 dans un bordel luxueux où William (un habitué des lieux, il y vient depuis ses 15 ans) profitait des charmes de ces dames en compagnie de quatre amis de son université et découvrait la petite Emily sur laquelle ils jetaient tous leur dévolu. Ils étaient cinq dans cette scène d’exposition, cinq comme les cinq actes d’une tragédie, cinq comme les cinq tomes de que comptera la série !

La Venin, planche du tome 2 © Rue de Sèvres / AstierDans le tome 1, on comprenait que Eugène O Grady, le sénateur froidement assassiné par Emily était l’un d’eux ; dans ce deuxième tome qui développe la dramatique soirée à Yale de décembre 1887, on en rencontre un autre et l’on devine donc que chaque volume restant devrait être consacré à la traque puis à l’élimination méthodique des agresseurs de Liberty. Ici, Emily rappelle une autre actrice à qui elle se met étrangement à ressembler : Isabelle Adjani dans « L’été meurtrier » …

Dans ce tome 2, on n’est plus dans un tome d’exposition donc l’intrigue se resserre et s’éclaire : on a davantage l’impression de savoir où l’on va (quoi que …), mais l’on se demande cependant pourquoi l’éclaireur apache la suit comme son ombre, à qui s’adresse les câbles qu’Emily envoie, qui est le Michael Graf qui apparaît dans les dernières pages dans le lieu mythique et légendaire qu’est Tombstone (la ville de « règlement de comptes à OK corral) et ce qui s’est réellement passé lors de la nuit de décembre 1887 …

Laurent Astier nous laisse donc avec tout un tas de questions non résolues et effectue un tour de force scénaristique et graphique en convoquant en arrière fond de cette histoire déjà palpitante un événement historique qui ajoute une dimension supplémentaire et grandiose à son album. On a l’impression de se retrouver dans un film catastrophe dans des pleines pages somptueuses et terrifiantes aux couleurs superbes !

C’est bien une « lame de fond » parce que c’est un western innovant qui balaye tous les stéréotypes sur son passage (en rendant cependant toujours hommage au genre) et emprunte à divers courants : le polar, le film catastrophe, le roman d’analyse psychologique et même la peinture américaine car l’enfance dans le Tennessee n’est pas sans rappeler les tableaux de Winslow Homer. C’est à la fois très visuel et très écrit et extrêmement bien construit. La composition est toujours très dynamique et novatrice avec une alternance de plans, de tailles et forme de vignettes, des empiètements de dessins ou de phylactères d’une vignette à l’autre, des incrustations. Ça bouge beaucoup et pourtant on nous présente des personnages complexes et finalement attachants.
La Venin, planche du tome 2 © Rue de Sèvres / Astier
L’auteur nous donne rendez-vous en janvier de chaque année pour la parution d’un nouveau tome… Une année à patienter : ça va être très long tant « la Venin » est une série addictive!

Dans ce deuxième tome des aventures d’Emily, on continue à suivre les pérégrinations de l’héroïne entre passé et présent. La narration devient plus fluide mais dans cette « lame de fond », Astier nous mène souvent en bateau ! Il livre un album très construit tant graphiquement que scénaristiquement aux couleurs somptueuses et aux planches toujours innovantes dans la mise en page.

Si l’on retrouve de multiples références au western, d’autres genres sont également convoqués : le polar principalement, le récit d’enfance, le roman d’analyse psychologique, la penture réaliste américaine et le film catastrophe ! L’ensemble crée un album passionnant sans aucun temps mort et permet de mettre en valeur le personnage de la Venin qui acquière une réelle épaisseur et fera date dans la bande dessinée.


- Elle a dû se débarrasser de son accoutrement un peu trop voyant. Cette demoiselle a l’air d’être passée maître dans l’art de se déguiser. Après une putain …
- Monsieur maîtrisez votre langage !!!
- Oups excusez, milady, j’ai un langage un peu fleuri ! J’ai plus l’habitude de parler aux bandits de grand chemin qu’aux dames de la haute. Je disais donc, après une fille de petite vertu, une nonne … dans quel rôle va-t-elle se glisser maintenant ? Tom Horn de l’agence Pinkerton et la photographe Annette Ross Hume , p. 8

bd.otaku



Inspiration jeux de rôle

Cette fiche est référencée comme inspi pour 2 jeux de rôle.

Nous sommes en 1876, mais l’histoire n’est pas celle que vous connaissez. La guerre de Sécession fait rage, et aucun des deux camps ne semble prendre l’avantage. La mer a englouti une grande partie de la Californie, la Nation Sioux revendique les territoires du Dakota. Et les morts marchent parmi nous…
Tecumah Gulch est un jeu de rôle dans lequel on incarne des pionniers, habitants d’une petite ville fictive américaine à la fin des années 1860, peu après la fin de la Guerre de Sécession et de la Guerre Mexicaine. L'ambiance est au western non fantastique et respecte l'histoire des Etats-Unis : il n'y a aucun élément surnaturel et l'évolution de la ville fictive de Tecumah est influencée par les événements réels. Guerres, mouvements de population et autres drames de la conquête de l'Ouest sont le sujet des scénarios officiels. Les portraits et les caractéristiques de nombreuses figures historiques de la période que les héros pourront croiser sont aussi données : Buffalo Bill, Jesse James, Geronimo, etc...