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Premier rendez-vous
Retour de flammes



Fiche descriptive

Histoire

Retour de flammes

Tome 1

Laurent Galandon

Alicia Grande

Jean-Baptiste Merle, Elvire De Cock

Glénat

05 Février 2020


14€95

9782344018804

Chronique

Paris, sous l'Occupation, septembre 1941. Un incendie dans le cinéma Le Concordia détruit la pellicule d'un film de propagande nazi. Chargé de résoudre l'affaire, le commissaire français Engelbert Lange découvre sur les lieux qu'il est surveillé par la Gestapo.

Car c'est la deuxième fois qu'un acte similaire est perpétré dans la capitale, les autorités allemandes prennent donc la chose très au sérieux : la piste terroriste est privilégiée. Son enquête va conduire Lange dans le monde du 7e Art. Il va découvrir l'intensité créatrice et le vent de liberté qui subsistent dans un Paris sous tension.

Mais entre la pression de ses supérieurs et celle de l'occupant, il va surtout devoir rendre des comptes... et voir resurgir de vieux démons.
un excellent album!


Coup de projecteur sur les années noires
Retour de flammes, planche du tome 1 © Glénat / Grande / GalandonParis septembre 1941, un mystérieux incendiaire met le feu aux bobines du « juif Suss », un film de propagande nazie, dans le cinéma Concordia et appelle les pompiers une fois son forfait accompli pour que le feu ne se propage pas aux immeubles environnants. C’est le commissaire français Engelbert Lange flanqué de l’inspecteur Goujon qui est chargé de l’enquête. Mais il découvre rapidement qu’il est surveillé par Jager un officier de la Gestapo. En effet, ce n’est pas une première: quelques jours auparavant, les bobines d’un autre film allemand « président Krüger » ont été incendiées au Louxor. Pour les allemands, il s’agit donc d’un acte terroriste !

Le supérieur de Lange souhaite favoriser une étroite collaboration entre la Gestapo et la police française mais Engelbert et Goujon ne l’entendent pas de cette oreille et veulent mener leur enquête à leur manière. Elle les amènera à une boîte de transformistes « aux gars de Paname » mais également à la société de production Continental gérée par le mystérieux Alfred Greven. Ils doivent aussi élucider dans le même temps le meurtre d’une jeune figurante, maîtresse d’un haut gradé nazi tandis que Lange voit arriver dans son immeuble une nouvelle voisine Clotilde ….



Il était une fois en France…
Le 9 eme art a fait du temps de l’Occupation une de ses périodes de prédilection. Qu’il s’agisse du tandem Christin-Goetzinger dans « La Diva et le Kriegspiel » ou de celui de Noury et Vallée pour l’histoire du collaborateur Joseph Joanovici dans la série « Il était une fois en France », du premier tome d’ « Opération, vent printanier » de Wachs et Richelle ou du diptyque de Jean-Pierre Gibrat « le Vol du Corbeau », maints albums nous content le Paris de l’Occupation.

Retour de flammes, planche du tome 1 © Glénat / Grande / GalandonMais, à l’exception peut-être de « Dolor » de Catel et Bocquet qui évoque le triste devenir de l’actrice Mireille Balin, icone du cinéma d’avant-guerre brisée au moment de l’épuration pour avoir été amoureuse d’un officier allemand, aucun d’eux ne s’était intéressé au 7eme art dans cette période. Laurent Galandon, qui fut dans une autre vie exploitant de salle de cinéma et demeure un cinéphile invétéré, répare cet oubli. Il avait déjà magistralement rendu hommage au cinéma muet dans le diptyque « La Parole du muet » réalisé avec Frédéric Blier.

Ici, il nous dépeint de façon extrêmement documentée le monde du cinéma français sous l’Occupation. D’’emblée le titre de l’album est un clin d’œil à l’un des fleurons de la production de la société Continental : c’est également le titre d’un film de Henri Decoin avec Danielle Darrieux en tête d’affiche. Une grande partie de l’intrigue tourne en effet autour de cette société dirigée par le mystérieux Alfred Greven qui employa la fine fleur des comédiens français de l’époque (Suzy Delair, Danielle Darrieux, Harry Baur, Pierre Fresnay tous présents en caméos dans l’abum) et qui voulait élaborer non pas de simples films de propagande mais concurrencer le cinéma américain qui n’avait plus le droit de cité dans les pays occupés et créer ainsi une manne de revenus pour le Reich.

C’est l’occasion pour Galandon de rappeler que certains grands cinéastes, tels Clouzot, ont éclos à cette époque (on assiste sur plusieurs planches au tournage de « L’assassin habite au 21 ») mais également que certains acteurs très populaires se sont largement compromis avec L’occupant : on aperçoit ainsi Fernandel à la table d’officiers allemands ou encore Tino Rossi riant complaisamment devant une attitude déplacée d’un officier nazi or, ces louches fréquentations seront mystérieusement gommées à la Libération… Il rappelle aussi les conditions de production difficiles en cette période de pénurie lorsqu’il fait dire à Clouzot qu’il ne peut s’autoriser qu’une seule prise car les mètres de pellicule sont comptés.


Le crime de Monsieur Lange
Tous ces détails ne sont pas artificiellement amenés mais font partie intégrante de l’intrigue : ainsi les renseignements sur la Continental sont donnés par la nouvelle voisine du commissaire, Clotilde, qui travaille à la cinémathèque ; Lange doit se rendre sur le tournage de Clouzot car il enquête sur le meurtre d’une aspirante actrice qui devait y être figurante et qui, en attendant son heure de gloire, était la maîtresse d’un officier directeur du Referat Film (service cinéma du ministère de la propagande) ce qui permet au scénariste d’opposer de façon très fine les deux conceptions du cinéma qu’ont Goebbels et Greven. Retour de flammes, planche du tome 1 © Glénat / Grande / GalandonPour nouer davantage les intrigues entre elles, le commissaire Lange est même « repéré » par Greven qui veut en faire la star de son nouveau projet « Mam’zelle Bonaparte » un film historique (on notera d’ailleurs que c’est là que se situe la seule petite erreur de l’album qui mélange les deux empires). Enfin, le policier est accompagné dans ses pérégrinations d’une mystérieuse jeune femme dessinée en noir et blanc, Madeleine, un fantôme très bavard, coiffé à la Louise Brooks et portant des habits des années folles. Friande des revues de cinéma « Vedettes » ou « Ciné-Mondial », elle commente tout ce qu’elle voit à chaque incursion de Lange dans ce microcosme ce qui permet au lecteur d’identifier toutes les stars de l’époque et pimente l’intrigue aussi puisqu’on ne sait pas pour l’heure quels sont les liens réels de Madeleine avec le héros et quels traumatismes sont à l’origine de ses hallucinations. Les personnages principaux cachent tous de secrets : à Lange et son fantôme répondent la double vie de l’inspecteur Goujon, les liens unissant Clotilde à la petite Elisabeth qui l’accompagne et les motivations de Greven et de son éclairagiste. Petit à petit des intrigues apparemment étrangères se rejoignent et s’imbriquent entre elles et l’album est un véritable « page turner »!

A la maestria du scénario répond la qualité du dessin : on trouvera dans le traitement semi-réaliste des personnages d’Alicia Grande dont ce sont les débuts en bande dessinée (mais elle a tout d’une grande !) des réminiscences de Jordi Lafebre. On admirera la grande attention prêtée aux décors et la minutie de la reconstitution historique ainsi que la très belle mise en lumière. Les cadrages sont plutôt classiques mais efficaces et cela sied bien à l’histoire. Lorsque les planches s’émancipent du gaufrier pour donner de grandes vignettes comme à la première et à la dernière page, elles sont vraiment très belles et on espère en voir davantage de ce type dans le deuxième opus. On saluera enfin la magnifique mise en couleurs d’Elvire de Cock qui permet de bien définir les différentes ambiances. Retour de flammes, planche du tome 1 © Glénat / Grande / GalandonPour ajouter encore un peu plus à notre plaisir de lecture, on ajoutera que le deuxième tome du diptyque (« dernière séance ») est déjà bouclé et que nous n’aurons pas à subir une longue attente puisque la suite des aventures de Monsieur Lange paraîtra fin avril !

Un très bel album à la fois historique, policier et fantastique saupoudré d’une dose de romance : prenez votre billet sans hésiter pour ce « premier rendez-vous » avant « la dernière séance » !



Retour de flammes aborde sous un angle original le Paris de l’Occupation en s’intéressant au monde du 9e art et à ses relations avec l’occupant grâce à une enquête menée par le héros, le commissaire Lange. La reconstitution historique est minutieuse et documentée tant dans le scénario que dans le dessin. Alicia Grande réussit brillamment son entrée en bande dessinée et Laurent Galandon montre, une fois encore, sa virtuosité de conteur.

L’album à la fois historique, polar, fantastique et agrémenté d’une pincée de romance est un véritable « page turner » qui vous réserve bien des fausses pistes !



-Voyez-vous, commissaire, Goebbels notre ministre de la propagande, est un grand penseur, un visionnaire même ! Mais en matière de cinéma, il fait une erreur et Diedrich assume, avec zèle, son rôle de chien de garde. Il souhaiterait voir les Français se satisfaire de sornettes légères et creuses. Mais les producteurs français, soumis à la censure vichyste, produisent déjà de tels films inconsistants. Moi je souhaite voir de grands films réalisés et joués par des comédiens français que les spectateurs seront ravis de découvrir ! Et mon ami Hermann Gering, responsable de la production économique a compris le parti que le Reich pouvait tirer de l’exploitation de films de qualité.

- J’imagine que vous ne m’avez pas sollicité pour m ‘exposer vos stratégies monsieur Greven.…(Alfred Greven et Le commissaire Lange) p. 57-58

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