     Géorgie, 1926. Dans ce coin reculé de la Bible Belt, les cicatrices de la Guerre de Sécession ne sont toujours pas refermées.
L’autoritaire pasteur Leer dirige la petite ville de Savannah, baptisant les fidèles dans la rivière et prêchant la haine des noirs. Zacharie Daniel refuse de se plier aux lois tacites qui ont cours. Jeune métis, il n’hésite pas à provoquer Leer en lui demandant de baptiser l’enfant d’un homme noir qui vient d’être lynché, provoquant la colère de ses ouailles qui se comportent encore en maîtres alors que l’esclavage a été aboli.
Agent du Bureau of Investigation, Jonathan David est chargé d’enquêter sur la mort trouble de Malcom, un ouvrier noir dont l’assassinat a été maquillé en lynchage. Avec l’aide de Zacharie, il va tenter de faire la lumière sur cette sordide affaire alors que Travis Hart, qui vient de s’évader du pénitencier, fait route vers Savannah pour y régler ses comptes…
 Après Quelque chose de froid, Philippe Pelaez et Hugues Labiano poursuivent leur trilogie noire qui nous entraîne dans un petit bourg miséreux de la Bible Belt, où les plaies de la Guerre de Sécession sont encore béantes… Si Au Sud l’agonie est le second opus de la série, il se déroule dix années avant le premier…
Aussi prolifique que talentueux, le scénariste emprunte les codes du roman noir pour tisser un polar sombre et solidement charpenté où Savannah, en proie à la misère, aux ressentiments, à la haine et à la peur, est un personnage à part entière tant son histoire est inextricablement liée à ce qui s’y déroule, un personnage qui agonise, lentement mais inexorablement… La misère des gens de couleur et leur sort, peu éloigné de celui des esclaves, y est dépeinte avec force… Mais ils ne sont pas les seuls à vivre dans la misère, le sort des « white trash » n’étant pas plus enviable que le leur… Le contexte est décrit avec le plus grand soin, entrant en écho avec cette Amérique à la dérive que nous connaissons aujourd’hui, avec cette société plus fracturée que jamais où la haine fait son lit sur une peur savamment attisée par un président et un gouvernement populiste, les descendant de ces « white trash » formant le gros des soutiens indéfectibles, malgré ses sorties médiatiques qui ternissent l’image des USA à l’international…
 Si Quelque chose de froid s’inscrivait dans le sillage des polars urbains, Au Sud l’agonie s’inscrit quant à lui dans celle des polar sociaux, abordant de nombreuses thématiques, elles aussi toujours d’actualité : le déclassement, la ségrégation rampante, les étrangers chargés de tous les maux, les extrémistes religieux qui pervertissent le message de l’Evangile, la condamnation de l’homosexualité, le mépris de classe, les amours interdits, l’ombre menaçante du Klan qui plane encore et toujours, la peur du communisme… Avec une ambiance évoquant celle du saisissant Mississippi Burning d’Alan Parker, mêlant et entremêlant le destin d’une poignée d’hommes et de femmes, certains abjects, d’autres plus lumineux, le récit implacable de Philippe est porté par un voix-off qui confère à l’album un encrage littéraire tout en précisant le contexte de façon confondante…
A l’instar du premier opus, la couverture de l’album s’avère des plus percutantes, posant d’emblée ce décor et cette atmosphère sombre et oppressante qui baigne le récit de la première à la dernière page. Une fois encore, le travail graphique de Hugues Labiano est au diapason de l’intrigue poisseuse et étouffant qui voit plusieurs destins se télescoper sur fond de racisme et de pauvreté. Ses compositions soignées nous donnent à voir ce sud profond et la noirceur de certaines âmes par un saisissant jeu sur les ombres et les contrastes, le tout sublimé par la mise en couleur toujours fascinante d’un Jérôme Maffre une fois encore particulièrement inspiré.
 Ce second tome de la trilogie Trois Touches de Noir nous entraîne dans le sud profond, dix ans avant les faits relatés dans Quelque chose de froid…
Géorgie, 1926. Les cicatrices laissées par la Guerre de Sécession son encore béantes dans ces terres où la peur et la haine côtoient la misère… Agent du Bureau of Investigation, Jonathan David est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un ouvrier noir maquilléé en lynchage. Il pourra compter sur l’aide de Zacharie Daniel, un jeune métis qui refuse de plier les genoux devant l’autoritaire pasteur Leer qui règne d’une poigne de fer sur la petite ville de Savannah… Pour compliquer les choses, Travis Hart, récemment évadé du pénitencier, fait route vers la bourgade pour y régler ses comptes…
S’inscrivant dans la veine du polar social, le récit de Philippe Pelaez, scénariste aussi prolifique qu’éclectique et talentueux qui continue à nous captiver à chaque nouvel album, s’avère particulièrement efficace, dépeignant avec force l’atmosphère délétère qui règne dans ce sud profond où la misère des noirs côtoient celle des « white trash », relégué tout comme eux au ban de la société. L’enquête de Jonathan David étend ses racines dans cette Amérique profondément raciste et ségrégationniste qui a de nos jours porté Trump au pouvoir. L’ambiance oppressante est superbement mise en image par les crayons virtuoses de Hugues Labiano qui joue avec art des ombres et des contrastes pour servir le propos. Sublimé par les couleurs délicates de Jérôme Maffre, ses planches s’avèrent somptueuses tandis qu’il parvient à donner vie à une galerie de personnages répugnants ou lumineux de façon confondante… Complété par un passionnant dossier revenant sur le background historique de l’histoire, Au Sud l’agonie est un polar noir suffoquant mais tragiquement glaçant et fascinant…
- Tu es différent, et tu le sais ; mais fais attention à ne pas avoir une trop haute opinion de toi-même. Ce n’est pas un pays où il faut être trop fûté, surtout quand on est comme toi.
- Pas tout à fait noir et pas tout à fait blanc monsieur Jordan ?
- Oui, et c’est cela qui attire l’attention ; tu n’as pas besoin d’en ajouter pour te faire remarquer.
- Oui, m’sieur.
- Ce que tu as fait à la rivière, c’était stupide. Tu vous a mis en danger, toi et ceux qui t’accompagnent. Ne sous-estime jamais le ressentiment des blancs, Zacharie ; chez les péquenauds, il vire à la haine, car vos visages et votre couleur de peau les renvoient à leur humiliation.dialogue entre Monsieur Jordan et Zacharie
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