Si la guerre est terminée depuis plusieurs années, elle ne l’est pas pour Samuel Feildsten. Il fait partie d’un groupe de « dépisteur » qui s’est donné pour mission de retrouver les enfants juifs cachés dans des familles d’accueil pour les ramener auprès des leurs…
Lorsqu’il arrive à Saint-Cirq-Lapopie, il amorce une enquête épineuse pour tenter de retrouver une petite fille qui avait un an lorsqu’elle a été confiée à une famille du village en 1943. Faute de documentation, il doit tenter de recueillir des informations auprès des habitants… Mais il sent qu’un lourd secret entoure ce douloureux passé…
Ces investigations dans cette petite commune d’Occitanie vont faire remonter une de ses anciennes affaires dont la conclusion fut des plus tragiques et qui lui valent d’être poursuivi par les forces de l’ordre…
Avec ces
Dépisteur, Antoine Ozanam met en lumière un pan méconnu de l’histoire de France : celle des enfants confiés à des familles françaises pour échapper aux rafles perpétrées par les autorités françaises et allemandes… Que sont devenus ces enfants une fois la guerre finie, quand toute leur famille proche a trouvé la mort dans les camps d’extermination ?
Le diptyque raconte l’histoire d’un de ces hommes chargés de retrouver ces enfants une fois le tumulte des combats et de l’occupation retombée… Et force est de reconnaître que cette enquête s’avère en tous points passionnante, comme si se rejouait en miniature l’histoire de la résistance et de la collaboration.

L’intrigue principale se déroule dans un petit village du Lot, avec une femme surnommée par tous « la tondue » qui avait eu, durant la guerre, une liaison avec un soldat allemand et qui avait, à la libération été tondue pour collaboration horizontale… Mais la réalité se révélera bien plus complexe que les apparences pouvaient le laisser entendre…L’intrigue se déroulant dans le petit village de Saint-Cirq-Lapopie se double d’un second arc narratif qui souligne toute la difficulté du « métier » de dépisteur… Ces deux récits alternés se mêlent et s’entremêlent de façon particulièrement convaincante, impulsant un rythme soutenu à ce second opus et montrant toute la complexité d’une époque incertaine où la peur rongeait les âmes et l’arbitraire pouvait frapper de façon cinglante et brutale…
Confronté aux horreurs s’étant déroulé durant les années noires de l’occupation, comment conserver son sang-froid et son humanité lorsqu’on comprend que tous mentent pour couvrir un crime indicible ? Ayant survécu aux camps d’extermination, Samuel Feildsten est un héros atypique, un personnage complexe et tourmenté qui apporte un coloration toute particulière à ce récit, avec ses failles, ses fêlures et ces blessures qui ne cicatrisent pas… et ce fantôme qui le hante… sans doute à jamais…
Porté par des personnages tragiquement humains, il fallait pour mettre en image cette histoire qui mêle l’intime à l’Histoire le trait réaliste d’un auteur à même de retranscrire leurs sentiments et leurs ressentis, la culpabilité et les non-dits, l’insupportable poids du secret et l’envie viscérale de faire émerger la vérité… Révélé au grand public avec sa reprise de
Masquerouge, le dessinateur italien Marco Venanzi est de cette trempe-là… Il parvint en mettre en scène des personnages complexes et tourmentées avec une aisance confondante tout en nous donnant à voir des paysages somptueux. Son découpage cinématographique s’avère particulièrement judicieux pour mettre en scène ces récits enchevêtrés qui s’enrichissent l’un l’autre, complétant le portrait de Samuel Feildsten… Le sens caché des deux singulières couvertures de l’album apparait une fois les deux intrigues arrivées à leurs termes, révélant la complexité et la richesse de l’histoire composée avec soin par le scénariste…

Avec les Dépisteurs, l’éclectique et talentueux Antoine Ozanam nous révèle un pan méconnu de l’histoire en s’intéressant à un homme qui s’est donné, avec d’autres, pour but de retrouver les enfants juifs cachés durant la guerre dans des foyers et dont les familles furent décimées dans les camps d’extermination…
Tourmenté par son passé dans les camps, Samuel Feildsten est un « dépisteur »… Lorsqu’il arrive à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot, faute de documents, il n’a d’autre choix que de s’en remettre aux témoignages des gens du cru pour retrouver la trace d’une petite fille confiée à une famille du village alors qu’elle n’était âgée que d’à peine un an. Mais Samuel est hanté par une ancienne affaire qui lui vaut d’être aujourd’hui poursuivi par les forces de l’ordre…
Il fallait tout le talent d’un Marco Venanzi pour mettre en image ce récit intimiste se déroulant en marge de la grande Histoire… Les crayons sensibles et délicat du dessinateur italien donnent vie à des personnages complexes et tourmentés et par là-même profondément humains né sous la plume d’Antoine Ozanam. Solidement documenté, le diptyque s’avère tout juste bouleversant, avec ces villageois qui savent mais qui se taisent pour ne pas voir la vérité être révélée au grand jour. Les deux enquêtes enchevêtrées confèrent à ce second opus un rythme soutenu tout en précisant le portrait de Samuel, héros atypique au passé tortueux et profondément attachant.
Tu dois vivre. Fais-le pour tous ceux qui sont déjà morts…dialogue page 17