 Musée de l’Histoire Naturelle de Paris, 1897. Se croyant poursuivit par une nuée d’insectes, un homme tombe de l’aile du second étage et s’écrase en contrebas. Dans le même temps, l’atelier de Méliès, un ancien prestidigitateur se lançant dans le cinématographe, échappe à un incendie d’origine criminelle…
N’étant pas en odeur de sainteté auprès du Commissaire Guyot du fait de ses penchants pour l’opium, l’inspecteur Amaury Broyan se chargera de la première affaire tandis que Jules, son ami et collègue, s’occupera de la seconde… Bien vite un second mort est retrouvé, empalé sur une grille après avoir sauté de son fiacre qui roulait à vive allure… Lui aussi se croyait poursuivit par des insectes mortels…
Quel lien existe-t-il entre le mort du Musée d’Histoire Naturel et ce banquier d’affaire ? Ces morts violentes sont-elles liées au sinistre incendie du Bazar de la Charité provoqué par une lampe de cinématographe ? Quel trouble rôle joue l’envoûtante et fascinante Blanche Dambreville, entomologiste qui allait ramener Amaury dans le monde des vivants ?
 Après l’automne et l’hiver, voici venir le printemps… Cette nouvelle enquête d’Amaury Broyan, inspecteur broyé par la mort de sa fille et qui noie son désespoir dans l’opium, est construite autour du drame du Bazar de la Charité. Survenu le 4 mai 1897 au cours d’une vente de bienfaisance, l’incendie provoqué par la lampe à l’éther d’un cinématographe causa près de cent victimes dont la plupart furent des femmes… Les journaux d’antan relatent le comportement d’hommes de la haute société qui se frayèrent un passage à coup de cannes, bousculant et piétinant les femmes dont les robes s’enflammaient et entravaient leurs mouvement…
Découpé en trois actes introduits par une somptueuses illustration et un poème annonçant l’atmosphère qui baignera les scènes suivantes, le scénario de Philippe Pelaez est une nouvelle fois brillant. Véritable travail d’orfèvre narratif, il inscrit son récit dans un contexte précis tout en tissant, c’est le cas de le dire, une enquête mêlant personnages historiques et fictionnels. Le titre de l’album est au diapason des états d’âmes de l’inspecteur Broyan… S’il n’a rien perdu de son mordant et de son humour grinçant, c’est dans l’opium qu’il tente de noyer le chagrin causé par la tragique disparition de sa fille et deux affaires particulièrement éprouvantes. Alors que la nature reprend vie, que les fleurs et les cadavres éclosent, l’envoûtante beauté et la bienveillance apaisante de la troublante Blanche Dambreville, veuve de guerre, vont peu à peu le sortir du désespoir qui l’engloutissait jusque-là, le faisant renouer avec la vie, à la grande surprise de son ami Jules qui le voyait dépérir à vue d’œil… Le ressentiment des survivants du drame du Bazar de la Charité envers Méliès, promoteur de cet art nouveau qu’est le cinéma, tout comme les lourds reproche faits aux hommes de la haute-société qui ont échappé aux flammes en piétinant les victimes alors que les prolétaires tentaient de les sauver sont remarquablement bien retranscrit…
 L’enquête va mener Amaury à rencontrer le Robert de Montesquiou, poète et dandy accusé d’être de ceux qui se serait extirpé du bazar en flamme en frappant de sa canne femmes et fillettes empêtrés dans leurs robes alors qu’il n’était pas même présent sur les lieux… La passe d’arme entre l’inspecteur et lui est un des grands moments de l’album, tout comme les troublantes et sensuelles rencontres entre Amaury et Blanche Dambreville… Le lecteur connaît l’assassin mais ne sait rien de ses motivations secrètes. Là réside le mystère et le charme de l’album, en plus de cette danse envoûtante qu’entame Blanche et Amaury qui se cherchent et se trouvent et qui finissent par succomber l’un à l’autre, pour le meilleur… ou pour le pire…
Teinté de poésie et baigné de mélancolie, le scénario de Philippe Pelaez est une fois encore somptueusement mis en image par les pinceaux délicats et inspirés d’Alexis Chabert. Truffant ses planches de références artistiques à des peintres ou des sculpteurs de l’époque qu’il réinterprète à sa façon, invitant sur l’une des case Baudelaire, Rimbaud et Verlaine, l’artiste nous entraînent avec art dans cette Belle Epoque à la suite des personnages tourmentés nés sous la plume du scénariste. Les couleurs directes du dessinateur nimbent ses planches d’une lumière toute printanière alors que leurs compositions audacieuses soulignent avec finesse l’atmosphère de chaque scène. Son découpage fluide, moderne et inventif s’inspire de l’Art Nouveau alors que ses têtes de chapitres sont de toute beauté, de même que la couverture, rehaussée d’or représentant l’envoûtante Blanche Dambreville que l’on devine accompagnant Amaury dans un parc de la capitale, alors qu’une araignée fait planer sur la scène romantique un danger… mortel…
Quelques Références Artistiques

 Le Printemps succède comme il se doit à l’Hiver avec cette troisième enquête signée Philippe Pelaez et Alexis Chabert et se déroulant dans le Paris de la Belle Epoque…
S’il n’a rien perdu de son humour noir et mordant, Amaury Broyan tente de noyer son désespoir dans les vapeurs d’opium, au grand désespoir de Jules, son ami qui le voit sombrer peu à peu. Fortement marqué par ses deux dernières affaires mais aussi et surtout par la tragique disparition de sa fille, l’inspecteur va s’intéresser à la mort inexpliquée d’un jeune homme qui, se croyant poursuivi par une nuée d’insectes a basculé de la balustrade du Musée de l’Histoire Naturelle pour s’écraser plus bas… Alors qu’Amaury semble renouer avec la vie grâce aux charmes troublants et à la bienveillance de l’envoûtante Blanche Dambreville, un banquier s’empale sur une grille acérée après avoir sauté de son fiacre en marche, persuadé lui aussi d’être harcelé par des hordes d’insectes…
S’appuyant sur une solide documentation historique et basant son récit sur un tragique fait divers, l’incendie du Bazar de la Charité, Philippe Pelaez tisse une enquête envoûtante mêlant personnages fictifs et historiques , densifiant ainsi le récit de façon saisissante. Homme tourmenté et brisé, Amaury semble s’extirper peu à peu de son désespoir, en osmose avec ce printemps qui, succédant à l’hiver, se répand dans la capitale, avec cette passion naissante entre lui et cette âme sœur qui semble le comprendre. Réhaussé par une mise en couleur aussi sublime que lumineuse, le trait souple et élégant d’Alexis Chabert interprète avec brio la fascinante partition de son complice scénariste. Composées avec art, ses planches sont truffées de références aux artistes de l’époque, immergeant le lecteur au cœur de ce Paris de la Belle Epoque. Ses pinceaux alertes retranscrivent avec force et justesse les états d’âme des principaux protagonistes de l’affaire, rendant le récit de son complice scénariste, s’inscrivant par ailleurs dans une veine très littéraire, plus captivant encore… L’identité de l’assassin qui poursuit de sa vindicte ceux qui s’étaient montré trop lâche lors de l’incendie est rapidement connue du lecteur. Mais l’intérêt est ailleurs : comprendre ses motivations secrètes et suivre la chorégraphie passionnée et sensuelle que jouent devant nos yeux Blanches et Amaury et à laquelle on ne peut rester insensible… Printemps à la Charité est un nouvel opus remarquable d’une série policière aussi envoûtante que somptueuse qui nous fait d’ores et déjà regretter qu’il n’y ait que quatre saisons…
- Il existe toutes sortes de poison dans nos société, Blanche, que ce soit le crime, la corruption, la faiblesse. Au moins, j’ai le luxe de choisir le mien.
- L’homme a une propension au désespoir, et je t’assure qu’il existe d’autre moyeux d’apaiser stes maux…dialogue entre Amaury et Blanche
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