 Jeune adolescente passionnée par le surnaturel, Fany vient passer quelques jours chez son grand-père, talentueux ébéniste qui prépare la fête de Carnaval en confectionnant des masques effrayants…
Comme de coutume, elle profite de sa venue pour raconter des histoires terrifiantes à son jeune public, telle celle de Dam Kepel, la terrible Sorcière des Bois Rouge, qui, grâce à un glas magique força démons, créatures et monstres à assiéger le village d’Hexendorf et qui fut vaincu par Edel, une autre sorcière, au terme d’une bataille titanesque… Mais la légende dit que l’âme maléfique de Dame Kepel rôde toujours en quête de vengeance…
Avec son grand ami Harig, dont son grand-père pense qu’elle est secrètement amoureuse, Fany va se mettre en quête du fameux et mystérieux Glas qui, selon son compagnon d’aventure, lui-même féru de légendes locales, ne peut que se trouver que le long de la rivière qui longe le village… Tous deux ignoraient alors qu’ils allaient passer de l’autre côté, et découvrir le monde d’où venaient les créatures appelées par Dame Kepel !
C’est peu dire que la jeune Fany s’avère attachante, tant pour ses liens avec son sympathique grand-père que par ses talents de conteuse qui adore effrayer son jeune auditoire et sa relation avec Harig, enquêteur de l’occulte avec qui elle allait se lancer dans une folle quête, sans savoir qu’ils allaient réveiller un mal ancien considéré à tort comme une simple légende…
 Courageuse, voir intrépide, dotée d’un sens de la répartie savoureux, elle allait découvrir que les récits avec lesquels elle terrorisait les mômes avaient plus qu’un fond de vérité… Entre l’ Alice aux Pays des Merveille de Lewis Caroll et le Pinocchio de Carlo Lorenzini pour l’apparence que revêtira Fany dans l’autre monde (n’est-elle pas la petite fille d’un ébéniste ?), le tout saupoudré d’une pincée de Cyrano (Acte II scène 6), l’histoire s’avère tout à la fois drôle et aventureuse, riches en péripéties, en rencontres et en rebondissements impromptus…
C’est d’autant plus vrai que le dessin généreux et follement dynamique de Kraffab fait merveille ! Il suffit de poser les yeux sur la couverture pour ressentir l’appel de l’aventure qu’on devine fortement teintée de fantastique… Son découpage efficace est dynamisé par des cadrages pêchus qui font merveille dans les scènes d’action alors que ses décors foisonnants et cartonnesques accentuent l’immersion du lecteur dans l’histoire… Quant à ses personnages délicieusement expressifs, ils semblent tout droit sortis d’un film d’animation tant les crayons de l’auteur parviennent à leur donner vie…
 Pour son premier album, Kraffab fait montre d’une réelle maîtrise tant du scénario que du dessin en nous entraînant dans un récit d’aventure fantastique où les légendes suisses prennent vie…
Séjournant chez son grand-père ébéniste, Fany n’aime rien moins que raconter de terrifiantes histoires inspirées des légendes locales à son jeune auditoire, telle celle mettant en scène Dame Kepel, qui fit jadis déferler des hordes de monstres sur le village d’Hexendorf avant d’être arrêtée par Edel qui rompit le lien entre la sorcière et son Glas maléfique… Avec Harig, lui aussi féru de légende locale, ils vont se mettre en quête de ce fameux glas qui selon son ami ne peut que se trouver aux abords de la rivière… Commence alors une étrange aventure qui allait les conduire bien plus loin qu’ils ne le pensaient.
Porté par un dessin follement dynamique, un découpage pêchu, des cadrages vertigineux, des dialogues savoureusement percutants et des personnages joyeusement barrés mais particulièrement attachants, ce premier tome des Masques d'Hexendorf s’avère tout à la aussi fascinant qu’entraînant, alors que le folklore suisse (re)prend vie sous nos yeux émerveillés (et un brin inquiets)… L’humour distillé dans les dialogues et l’attitude des personnages rend la lecture de l’album plus captivante encore alors que les ados auxquels se destinent l’histoire parviendront s’en mal à s’identifier à Fany ou à Harig… Que dire sinon vivement la suite !
- Je te savais calé sur les légendes d’Hexendorf, mais pas à ce point ! Genre, comment tu as su que le Tatzelwurm a un corps élastique ?
- Ce ne sont pas des légendes ! Mes sources sont fiables. Du moins jusqu’à ce que je trouve une vraie preuve de leur existence. Même si c’est jamais arrivé en dix ans. Mais je laisse pas tomber ! La magie existe toujours quelque part sur cette montagne ! Et bientôt, tout le monde verra que je ne suis pas le fou du village !
- Fou ? Non, mais t’est un vrai grand malade ! Ah ! Ha ! Ha :dialogue entre Fany et Harig
|