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Frankenstein
Frankenstein



Fiche descriptive

Fantastique

David Sala (adaptation du roman de Mary Shelley)

David Sala

David Sala

Casterman

15 avril 2026


28€

9782203292710

Chronique

Frankenstein raconte l'histoire de Victor, un scientifique qui crée une créature vivante, mais la rejette immédiatement à cause de son apparence. La créature est intelligente et sensible, mais la société la rejette à cause de sa laideur.

Cette solitude la pousse à la vengeance contre son créateur
un chef d'oeuvre!


de notre tragique humanité...
Frankenstein, planche de l'album © Casterman / Sala / ShelleyFéru de sciences et passionné par la médecine, Victor Frankenstein s’est lancé un défi fou : assembler différentes parties de corps humains pour former une créature à qui il insufflera la vie. Durant des mois, il se consacre à ce projet insensé et parvient à animer le corps inerte… Horrifié, il prend la fuite et abandonne sa création à elle-même avant de tomber malade et de garder le lit durant de long mois…

Pendant ce temps, la créature ère, solitaire, dans les ruelles avant d’être recueilli par une jeune femme qui allait prendre soin de lui et lui confectionner un somptueux manteaux fait d’assemblage de tissus colorés. Mais, découvrant la créature, une foule profitent de son absence pour occire la jeune femme avant de s’en prendre à ce qu’ils pensent être un monstre… Ivre de vengeance, la créature les tue avant de s’en aller avec le corps de sa défunte bienfaitrice…

Alors que Victor Frankenstein reprenait peu à peu goût à la vie, il reçoit une missive de son père l’informant que son jeune frère était mort, assassiné. Désireux de se rendre sur les lieux du drame avant de regagner la maison familiale, Victor croise sa créature et comprend qu’elle était le meurtrier de son frère…


Frankenstein, planche de l'album © Casterman / Sala / Shelley
une relecture somptueuse et fascinante du roman de Mary Shelley
Ces dernières années, l’œuvre de Mary Shelley a fait l’objet de nombreuses adaptations en bande-dessiné comme en film, tel celui de Guillermo del Toro qui en a signé l’an passé une adaptation toute personnelle… A l’annonce de la sortie du nouvel album de David Sala consacré à Frankenstein, on a pu voir sur internet fleurir des posts critiquant le manque d’imagination des auteurs… Il suffit pourtant de se plonger dans la lecture de l’album pour comprendre que David Sala ne s’est pas contenté d’adapter l’œuvre de l’écrivaine britannique… Il l’a réinterprété, avec la sensibilité qu’on lui connaît, ajoutant de nouvelles scènes et en supprimant d’autres pour proposer sa propre vision de l’histoire, néanmoins très respectueuse de l’originale…

Ce qui frappe d’emblée, c’est son formidable travail graphique qui nous envoûte dès la couverture de l’album, tout juste somptueuse. On y voit la créature errer, seule, dans une nature sublime, alors que l’on découvre sur le quatrième de couverture son créateur, Victor Frankenstein, assis dans un fauteuil dans une pièce immense, comme pour nous rappeler que le récit nous conte l’histoire de deux solitudes infinies qui s’opposent… Sous les pinceaux de l’artiste, la créature n’est ni hideuse, ni repoussante, elle serait presque belle dans sa quête d’humanité, vêtue d’un patchwork coloré de tissu qui évoque la façon dont a été conçu son corps… Par moment, elle rappelle David Bowie, chanteur polymorphe qui jouaient avec ses apparences et paraissait, comme la créature, être hors du monde… Sous les couteaux de David Sala, la créature n’est pas un monstre, mais un enfant, innocent, tourmenté et blessé d’avoir été abandonné à son triste sort par son créateur, un être qui reste un enfant, même quand il commet l’irréparable et massacre ceux qui s’en sont pris à sa bienfaitrice… A cause de son apparence jugée repoussante, il sera rejeté, honni par l’humanité, traqué, frappé et battu par les hommes dont il croisera la route…

Frankenstein, planche de l'album © Casterman / Sala / ShelleyLa seule à lui faire montre de compassion et de tendresse sera mise à mort… Cette séquence, absente de l’œuvre originelle, s’avère fascinante tant elle impacte le récit… On se souvient tous de la séquence où la créature demandant à Frankenstein de lui donner une compagne sans savoir d’où venait son étrange désir… L’existence de cette femme, bienveillante, la première à avoir regardé la créature avec humanité, presque avec tendresse, justifie à elle seule son étrange demande… Ce n’est pas une compagne qu’elle souhaite avoir mais cette femme, avec qui il a appris la bonté qui contrastait avec la barbarie des hommes, qu’elle souhaite retrouver pour l’accompagner… La mise à mort de la jeune femme vient de plus expliquer comment la haine qu’il ressent contre son créateur s’est étendue à l’humanité toute entière… Pourquoi en effet avoir mis à mort un femme si douce et si attentionnée ? On retrouve au cœur du récit de David Sala ce questionnement sur la nature de notre humanité… Si le bien et le mal n’existent pas en dehors du fait religieux, par ailleurs très présent dans l’histoire, qu’est ce qui nous définit et fonde notre humanité ?

Les planches de l’album frôlent le sublime. Il se dégage de chacune d’entre elle une énergie émotionnelle fascinante. Malgré leur construction remarquable, on perçoit une étrange spontanéité dans le travail de l’artiste sans qu’on puisse en déceler l’origine tant chaque case semble être un petit tableau savamment composé pour distiller des émotions puissantes qui rendent le récit particulièrement captivant. L’image parle autant que le texte, plus même peut-être, transcrivant avec force les sentiments tourmentés de Victor ou de la Créature, les silences en disant long sur leurs tourments et leur insupportable solitude. Et si les personnages s’avèrent fascinants, les décors le sont tout autant. L’artiste semble avoir sculpté ses paysages, ses gouaches lumineuses nous offrant de purs moments contemplatifs ou des scènes dérangeante ou la haine se déchaîne et se lit sur les visages, comme la peur qui s’empare des âmes des personnages… et du lecteur… Le somptueux dessin de David Sala évoque le travail de Gustav Klimt de par son élégance, la richesse des décors, la finesse des visages et l’utilisation singulière de la couleur… L’album est sans doute l’un des plus somptueux réalisé par David Sala alors même que le Poids des héros était déjà un pur chef d’œuvre graphique et narratif…

Frankenstein, planche de l'album © Casterman / Sala / ShelleyAprès son remarquable et bouleversant Poids des Héros où il nous contait l’histoire de ses grands-pères, David Sala s’attaque à un monument de la littérature gothique, le Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley…

Etudiant brillant et ambitieux, Victor Frankenstein a consacré des mois de sa vie à un projet insensé : donner vie à un corps, assemblage de fragments de cadavres… Mais lorsqu’il découvre toute l’horreur de sa création, il s’enfuit et abandonne sa créature à elle-même… Après une longue errance désespérément solitaire la créature reçoit la main secourable d’une jeune femme qui prendra soin de lui… Mais tous deux seront rattrapés par la folie des hommes et la mort sera la récompense de sa bienveillance… Ivre de douleur, la créature massacrera les bourreaux de la jeune femme avant de chercher à retrouver l’homme qui lui a donné la vie…

Ce roman épistolaire fait partie des classiques de la littérature fantastique, interrogeant le lecteur sur ce qui fonde notre humanité, loin des considération religieuses ou morales sur le bien et du mal. S’il respecte l’esprit de l’œuvre originelle, l’auteur s’en empare pour en tisser une version puissante et toute personnelle, n’hésitant pas à supprimer certaines scènes et en ajouter d’autres pour nous en donner une vision singulière autant que bouleversante… Cette jeune femme, par exemple, n'apparait pas le roman mais sa présence justifie la demande poignante de la Créature à son créateur de lui donner une compagne, comme s’il cherchait à retrouver ce regard bienveillant et apaisant qu’elle avait posé sur lui… Les compositions à la gouache de l’artiste sont tout juste somptueuses, évoquant le travail de Gustav Klimt pour leur élégance, ses décors foisonnants, la perfection des visages et l’usage sublime et fascinant de la couleur… Le fond et la forme se rejoignent pour donner vie à un œuvre dérangeante et envoûtante qui vous poursuivra longtemps après avoir refermé l’album de par sa charge symbolique cristallisée dans ce manteau… Alors que la sublime et tragique histoire de Frankenstein n’en finit pas d’inspirer les créateurs, scénaristes ou réalisateurs, ce Frankenstein, véritable chef d’œuvre de David Sala, fera date…


Et c’est par une sinistre nuit de novembre que je contemple l’aboutissement de mes efforts acharnés, les terribles obsessions. Mon anxiété confinait à l’agoni. Mais j’insufflais enfin l’étincelle de vie à la forme inerte qui gisait à mes pieds. Comment dire l’émotion que j’éprouvais devant ce miracle, cette aberration. Comment trouver les mots pour décrire l’être abominable que j’avais créé au prix de tant de soins, de tant d’efforts et de sacrifice ? Je m’étais efforcé de conférer à ses traits de la beauté… Mon Dieu, de la beauté ! Pourtant mon œuvre achevée, mon rêve se dépouillait d tout attrait et un dégoût sans nom me souleva le cœur.Victor Frankenstein

Le Korrigan




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