 Muraïda-Dono, puissant Seigneur du Clan Ishintaru a fait mander le juge Wonq pour enquêter sur une épineuse affaire qui pourrait bien embraser la région…
Un kogutsu s’est introduit nuitamment dans dans son palais et a tué sa petite fille et laissé son fils pour mort. Pour le seigneur de guerre, un samouraï émérite, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le Clan Ito est derrière ces crimes infâmes. La guerre couve depuis des siècles entre les deux clans rivaux et Muraïda-Dono accorde trois jours au juge pour lui désigner le coupable où l’affront se lavera dans le sang… Il sait que ce faisant il s’attirera les foudres de l’empereur mais il en va de son honneur. Une fois le clan Ito châtié, il mettra un terme à son existence…
Accompagné de Kadju, un pantin habité par l’âme de son fils défunt, et de son homme de main, Baga, un Kugo au passé sanglant, le juge Wonq va enquêter pour empêcher la région d’être mise à feu et à sang. Il n’a que trois jours et trois nuits pour faire éclore la vérité…
Parmi les nombreuses séries se déroulant dans les Mondes d’Aquilon, les Terres d’Ynuma s’avèrent être la plus enthousiasmante avec ces récits se déroulant dans un Japon médiéval revisité à la sauce fantasy…

On retrouve au scénario le talentueux Nicolas Jarry, barde émérite des Terres d’Arran, qui signe un scénario délicieusement alambiqué construit autour du Juge Wonq, enquêteur émérite et juge aussi avisé que respecté qui prend parfois des détours pour faire éclore la vérité. Si le personnage est intéressant en lui-même par sa façon iconoclaste de mener ses enquêtes et de prononcer ses sentences, il est mis en valeur par ses adjuvants qui sont tous deux des personnages bougrement intéressants. Le premier est Kadju, son pantin, est un kogutsu animé par l’âme de son fils défunt grâce aux connaissances inquiétantes de la puissante la secte Nokuro… Subsiste-t-il dans cette créature mécanique une once des souvenirs de son fils ou n’est-il qu’une marionnette ? L’étrange lien du juge avec ce qui reste de son enfant s’avère particulièrement poignant…  Le second est Baga, un Kugo meurtrier condamné à mort par le juge et dont ce dernier a suspendu la sentence. Le colosse rouge a renié son peuple qui entretien une lointaine parenté avec les Orcs d’Arran et il se trouve être le narrateur irrévérencieux de l’histoire. On comprend bien vite que derrière la haine qu’il semble nourrir pour son maître se cache un profond respect, voir une réelle amitié. Leurs liens ambivalents et leurs échanges vigoureux sont l’un des charmes de cet album haut en couleur qui nous dévoile par bribe les richesses d’une civilisation…
Mais d’autres personnages aussi fascinants que haut en couleur s’ajoutent à ce trio, augmentant l’intensité du récit, du redouté Muraïda-Dono en passant par Rin, Dame Mayika ou Hori Sama sans oublier la sinistre et inquiétante Maître Architecte Nokuro… L’enquête du Juge Wonq mettra en lumière des zones sombres du passé, révélant des secrets bien enfouis aux origines du drame qui le préoccupe…
Le somptueux dessin de Jean-Paul Bordier est magnifiquement mis en valeur par les couleurs puissantes et délicates de Vincent Powell dont les jeux de lumière viennent accentuer la dramaturgie de l’histoire. Ses compositions donnent vie à ce Japon médiéval-fantastique fascinant, nous offrant de saisissants visuels des paysages des Terres d’Ynuma. Le soin apporté aux décors foisonnants de détails comme aux costumes vient renforcer l’immersion du lecteur dans ces terres mystérieuses et exotiques… Difficile de ne pas être impressionné par la formidable galerie de personnages charismatiques et hauts en couleur auxquels l’artiste prête vie. On appréciera tout particulièrement la malice qu’on devine dans le regard du juge et le respect qu’il inspire à Baga… quoi qu’il en dise…
 Après deux tomes passionnants, c’est avec un réel plaisir que l’on se replonge dans les Terres d’Ynuma pour découvrir ces contrées exotiques et sa culture évoquant le Japon médiéval…
Le respecté et respectable Juge Wonq a été convié par Muraïda-Dono, puissant Seigneur du Clan Ishintaru : un kogutsu s’est introduit nuitamment dans son palais pour massacrée sa petite fille et blesser gravement son fils. Tout laisse à penser que le pantin assassin a été envoyé par le clan Ito, éternel rivaux des Ishintaru… Le seigneur de guerre accorde trois jours au juge pour retrouver et châtier l’assassin. Au terme de ce délais, son clan entrera en guerre contre le clan Ito, mettant la province à feu et à sang. Qu’importe alors qu’il s’attire les foudres de l’Empereur ! Il se donnera la mort quand le dernier Ito aura rendu son dernier souffle… Assisté d’un pantin et d’un Kugo qu’il a condamné à mort dont la sentence a été suspendue, le Juge Wonq va mener son enquête, réveillant les souvenirs d’une tragédie ancienne où le drame sanglant prend sa source…
Le trio formé par le juge, son pantin et son iconoclaste serviteur confère tout son sel à cette enquête tortueuse et délicieusement alambiquée. Les relations complexes et singulières entre ces trois personnages sont source de situations et de dialogues savoureux et de scènes chargées émotionnellement. Narrateur de l’histoire, le Kugo, qui a par ailleurs rompu avec son peuple, cache sous un vernis de haine un sincère respect pour son maître, respect qui peut, à bien des égards, ressembler à de l’amitié… Mais la langue bien pendue du narrateur de l’histoire pourrait leur attirer bien des ennuis avec les grands de ce monde, à commencer par l’intransigeant Muraïda-Dono… Le saisissant travail Jean-Paul Bordier porte avec force et élégance ce récit sombre et sanglant plein de maléfices et de faux semblants. Sublimées par la mise en couleur fascinante de Vincent Powell, ses compositions sont de toute beauté et mettent joliment en scène les personnages charismatiques nés sous la plume du talentueux Nicolas Jarry, barde dont les talents de conteurs nous dévoilent la complexité des Mondes d’Aquilon… Troisième opus des Terres d’Ynuma, L’honorable Juge Wonq est une petite merveille d’écriture et de réalisation qui ravira les amateurs de cet univers tentaculaire dont l’histoire s’écrit sous nos yeux…
- Le sang coulera, c’est inévitable.
- Tant qu’il s’agit du sang des coupables, vous aurez l’assentiment de l’Empereur.
- Je n’ai jamais eu besoin d’aucune permission pour rendre justice, Juge Wonq. Cependant, par respect envers le trône de Kitanaë, je vous accorde trois jours. Passé ce délai, je réduirai le clan Ito en cendres.
- Si vous faites cela, l’Empereur réclamera votre tête, Muraïda-Dono.
- Lorsque le dernier des Ito aura rejoint la déesse, je m’engagerai moi-même sur la voie de mes ancêtres. Vous pourrez porter ma tête au Palais Impérial.
- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu votre légende perdure encore pendant des siècles.
- Trois jours, Juge. Pas un de plus. dialogue entre le Juge Wonq et Muraïda-Dono
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