 Europe, XIIIe siècle. La chrétienté vacille alors que l’hérésie cathare s’étend dans le midi de le France et menace l’hégémonie de l’Eglise de Rome. Pour préserver l’ordre et la foi, le pape Innocent III se doit de lutter contre ces croyances impies…
Alors que le Pape lui demande de se croiser et de prendre les armes contre l’hérésie que le comte de Toulouse semble tolérer sur ses terres, le roi de France, Philippe Auguste rechigne à soutenir cette croisade, craignant que le roi d’Angleterre n’en profite pour attaquer ses fiefs… Un différend oppose les deux hommes : le pape a refusé d’accepter comme valide le divorce de Philippe d’avec Ingeburge, sœur du roi du Danemark, et de reconnaître son mariage avec Agnès, le déclarant bigame et l’excommuniant. Le pape parvient néanmoins à faire plier le Comte de Toulouse, le massacre de Bézier marquant le début d’une sanglante répression…
Mais un pape peut-il utiliser le bras séculier pour imposer la foi catholique ? N’est-ce pas contraire à l’idéal enseigné par les évangiles ? Quelques années plus tard, en 1215, il convoquera un nouveau concile à Latran pour asseoir définitivement l’autorité pontificale avant d’influencer la politique européenne, réformant l’église et la société occidentale…
Dans l’imagerie populaire, Innocent III est le pape qui a ordonné la sanglante croisade contre l’hérésie cathare qui se répandait dans le Languedoc et dont la doctrine s’opposait à la richesse de l’église…
 Scénarisé par Rémi Beaupré, ce dixième tome de la série un pape dans l’histoire nous en esquisse un portrait bien plus nuancé, intégrant comme il se doit son pontificat dans la Grande Histoire qu’il a influencé par sa politique volontaire désireuse d’asseoir la puissance de l’Eglise de Rome et le rôle déterminant de son évêque… Elu pape en 1198, il ne se contente pas d’exercer l’autorité spirituelle sur la chrétienté. Il s’est efforcé de guider et d’orienter la politique des souverains européens tout en affirmant la primauté de l’évêque de Rome sur le monde chrétien… Sous son pontificat, la frontière entre le religieux et le séculier s’est faite plus ténue que jamais. Devant l’expansion catharisme, il a mobilisé les princes chrétiens et utiliser leur bras armé pour rétablir la puissance de l’église face à l’hérésie… En cela, son pontificat semble marquer l’apogée de la théocratie médiévale où l’on voit le pouvoir d’un pape dépasser celui des rois… Mais s’il se dresse contre l’hérésie cathare, ce pontife est plus nuancé qu’il y parait : il revoit Franciesco d’Assisis pour l’informer de son soutien à cet homme qui vit en harmonie avec les préceptes des évangiles et il doute avant d’abattre le bras séculier sur les cathares…
Le scénariste, Rémi Beaupré, en profite pour proposer une hypothèse sur un sujet qui divise encore les historiens : pourquoi Philippe Auguste a-t-il voulu rendre son mariage avec Ingeburge du Danemark nul et non avenu dès le lendemain de sa nuit de noce ? Le récit se centre sur la croisade contre les albigeois mais il aurait été intéressant de développer dans un second temps l’âpreté de la détention de la princesse danoise qui n’a cessé de tenter de faire reconnaître ses droits ou la relation entre le pape et Jean Sans Terre qu’il soutint dans un premier temps avant d’entrer en conflit avec lui au sujet de la nomination de l'archevêque de Cantorbéry… Les jeux de pouvoirs entre le Pape et Philippe Auguste n’en restent pas moins retranscrit avec force finesse…
Le dessin réaliste de Christophe Babonneau, joliment mis en valeur par les couleurs de Degreff, plonge le lecteur dans ce siècle troublé. Reconstitués avec le plus grand soin, ses décors sont tout à la fois magnifiques et crédibles, ancrant le récit dans l’Histoire, tandis que les figures historiques auxquelles ses crayons donnent vie s’avèrent nuancées et charismatiques. Les séquences mettant en scène le comte de Toulouse qui soutient un temps l’hérésie, de son double jeu dévoilé par les envoyés du pape, à son désir de ne pas châtier son peuple jusqu’à sa cruelle contrition puis à sa mise au ban de l’église…
 Avec ce nouvel opus d’un Pap dans l’Histoire, Rémi Beaupré s’attache à dépeindre le pontificat d’Innocent III dont l’action raffermi la position prédominante de l’évêque de Rome et imposa ses vues aux princes de la chrétienté.
Connu pour être l’instigateur de la Croisade contre les Albigeois dont les préceptes se diffusaient dans le sud de la France et en Languedoc en particulier, le pontificat d’Innocent III marque sans doute l’apogée de la théocratie médiévale. En conflit avec le roi Philippe Auguste qui a déclaré nul son mariage avec Ingeburge du Danemark au lendemain de sa nuit de noce, le pape n’a pas hésité à déclarer bigame et à excommunier le souverain le plus puissant d’Europe. Durant son ministère, ce pape s’est efforcé de restructurer la Curie romaine en convoquant le quatrième concile de Latran ou de renforcer l’autorité pontifical sur les rois européens…
Le scénario de Rémi Beaupré montre l’ambivalence de cet homme de Dieu, ses doutes et ses questionnements sur son action, notamment lorsqu’il prit la décision de réprimer avec violence le catharisme tandis qu’il pouvait soutenir l’action d’un François d’Assise qui prêchait le respect des enseignements des évangiles dont la nécessaire pauvreté de l’Eglise. Mais il montre surtout comment il a profondément influencé la politique des souverains chrétiens, n’hésitant pas à entrer en conflit ouverts avec ceux qui refusait de servir ses desseins… Le dessin réaliste de Christophe Babonneau ancre son récit dans l’Histoire, faisant revivre les figures historiques de l’époque et la tragédie cathare… Il aurait été intéressant de développer les liens avec Jean sans Terre qu la pape soutint avant d’entrer en conflit avec lui, illustrant sa volonté que l’Eglise et la papauté se placent au-dessus des pouvoirs temporels et des princes de la chrétienté…
- Je vous envoie dans le midi pour absoudre de leur serment les barons t princes vassaux de Raymond VI, ainsi que ceux qui ont promis au comte fidélité. Quant aux sujets qui ne le renieront pas, vous jetterez l’anathème sur eux.
- Mais…
- Il n’y a pas de mai… Vous n’aurez plus affaire au roi. Je vous retire cette charge. Ne voyez pas en ce changement de ministère une punition, vous voilà au contraire promu ! Vous reprenez le mandat de frère Castelnau et vous avez ma totale confiance pour le mener à bien. Car, malgré ses innombrables qualités, le défunt légat était trop tendre… Vous, frère Million, vous saurez brandir le glaive punitif de l’Eglise pour forcer les décisions ! Partez sur le champ. Menacez, châtiez, punissez.dialogue entre Innocent III et Frère Millon
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