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Providence
Providence



Fiche descriptive

Science-Fiction

Nicolas Dehghani

Nicolas Dehghani

Nicolas Dehghani

Sarbacanne

19 août 2026


29€

9782377319138

Chronique

Rien ne prédestinait Keren Kepler, le jeune terrien, à toucher un jour les étoiles. Admis parmi les Providencins, l’élite née sur la planète rouge, Keren franchit brillamment les portes d’un monde inaccessible pour le commun des mortels. Mais avec Providence, qui choisit vraiment son chemin… ?
un chef d'oeuvre!


Dieu ne joue pas aux dés
Providence, planche de l'album © Sarbacanne / DehghaniL’humanité est divisée en deux castes : ceux qui sont nés et ont grandit sur la Terre dans la précarité et ceux qui sont nés sur Mars et forment l’élite et ont vassalisé les premiers, exploitant sans vergogne les ressources du berceau de l’humanité, ce qui n’a pas manqué de déclencher une révolte réprimée dans le sang…

Né sur terre dans une famille de prolétaires, rien ne prédestinait Keren Kepler à côtoyer les étoiles. A force de travail et d’écharnement, il est parvenu à s’imposer et ses recherches pourraient bien changer les rapports entre les terriens et ceux de Providence… Mais un triste jour, sa voiture fait une embardée pour éviter une gamine des bas quartier qui n’aurait jamais dû se trouver sur sa trajectoire…

Lorsqu’Eliam, son père, apprend que l’IA a privilégié la vie de Abby, la jeune fille, plutôt que celle de son fils, il entre dans une colère noire. Providence dépêche un agent pour mettre en place un protocole qui pourrait l’aider à vivre son deuil : lui et Abby doivent vivre sur le même toit pour que le processus puisse suivre son cours…


Providence, planche de l'album © Sarbacanne / Dehghani
une fascinante dystopie qui dépeint les dérives de nos sociétés
Après Ceux qui brûlent, fascinant polar au style affirmé, Nicolas Dehghani revient avec un récit de SF dystopique qui aborde avec finesse le deuil et la place grandissante qu’occupe l’intelligence artificielle dans nos vie…

La structure de l’album s’avère particulièrement bien pensée, avec ce personnage dont on pense qu’il sera le héros de l’album… Trait-d’union entre l’ancien et le nouveau monde, Keren Kepler permet à l’auteur de mettre en place son univers avec un rare efficacité et la première partie de l’album permet au scénariste d’esquisser le portrait de son père, prolétaire enjoué et fier de la trajectoire hors norme de son fiston qui, après de brillantes études, a intégré l’élite de Providence… Les différents opposant les deux castes qui clivent l’humanité sont joliment mis en relief par ces séquences où un terrien est contraint de répondre à des questions générées par l’IA, scruté par des yeux cybernétiques invasifs et oppressants pour recueillir et analyser la moindre de ses réactions dans le but d’établir un profil psychologique précis de l’individu…

Le lien entre le père et le fils permet de rendre plus percutante encore les répercussions de l’accident pour se père qui a déjà perdu sa femme et qui, son fils disparu, n’a plus que ses yeux pour pleurer… S’amorce alors un nouveau récit qui nous fera entendre une autre voix : celle d’un père ayant perdu son fils et refusant d’accepter qu’il n’y ait pas de responsable. Qui a programmé cette IA pour qu’elle privilégie la vie d’une gamine qui n’aurait jamais dû se trouver sur une route plutôt que celle d’un ingénieur talentueux à même de bouleverser la marche du monde ? Providence, planche de l'album © Sarbacanne / DehghaniPeut-on retirer toute part d’aléatoire dans nos vies en se déchargeant de nos choix sur une IA ? Qui pourra être tenu pour responsable d’un événement engendré par une Intelligence Artificielle ?

Difficile pourtant de ne pas être en accord avec l’idée que la vie d’un enfant a sans doute plus de prix que celle d’un adulte qui a déjà vécu… Mais comment ne pas comprendre ce père pour qui cette vérité est vécue comme une injustice ? Cette dichotomie confère au récit une force indéniable et contribue à rendre ce récit particulièrement poignant…

Mais à cette seconde voix va succéder une autre : celle d’Abby, gamine qui a grandi dans la misère et dans les ruines du vieux monde, en marge de la société… Elle apporte elle aussi un éclairage nouveau sur le récit qui s’écarte de tout machiavélisme malgré le fossé existant entre ceux qui sont persuadés d’être l’élite de l’humanité et ceux qui vivent dans la fange de ce qui reste de la Terre et qui sont exploités comme les colonisateurs des siècles passés, exploitant sans vergogne les ressources de leurs colonies, laissant des populations exsangues…

Providence, planche de l'album © Sarbacanne / DehghaniCette multiplication de points de vue est l’une des richesses de cet album de science-fiction dystopique… Personne n’est ou tout noir ou tout blanc et les choses sont bien plus complexes qu’il n’y parait au prime abord. L’autre force de ce titre est que le scénariste joue à prendre le lecteur à contre-pied grâce à une narration aussi habile que singulière qui fait prendre à ses personnages des trajectoires que le lecteur n’aurait pu imaginer… Et, pourtant, tout s’enchaine de façon implacable et cohérente, formant un récit captivant dont on ne peut sortir avant d’être arrivé au terme…

Mais Nicolas Dehghani n’est pas seulement un conteur qui maîtrise les différents thèmes de son histoire avec maestria. C’est aussi un dessinateur au style envoûtant porté par une colorisation étonnante et une palette volontairement restreinte qui confère une identité forte à l’album. Son trait se fait plus souple que dans son premier album et l’on ne peut qu’être bluffé par son remarquable travail sur les décors avec ces immeubles terrestres acérés et anguleux qui contrastent avec les lignes harmonieuses et tout en rondeurs des bâtiments de Providence… Un travail sur les textures, charbonneuses pour les premières et plus épurées pour les secondes renforce cet état des choses de façon confondante… Ses cadrages sont percutants et son découpage particulièrement soigné, mettant en relief les états d’âme des principaux personnages… La scène où le perd apprend le décès de son fils s’avère tout juste bouleversante, l’auteur donnant à voir la douleur, muette, de ce père alors que son monde s’écroule…

Providence, planche de l'album © Sarbacanne / DehghaniCinq années après Ceux qui brûlent, son premier album, Nicolas Dehghani est de retour avec Providence, un récit de science-fiction dystopique qui aborde le deuil en s’interrogeant sur la place vertigineuse qu’occupe l’intelligence artificielle dans nos sociétés contemporaines.

Le dialogue entre la Terre et Providence semble irrémédiablement rompu. Après avoir exploité sans vergogne les fragiles ressources terrestres et causé une révolte matée dans le sang, les scientifiques de Providence s’appuient sur l’IA pour dresser un profil psychologique précis et détaillé des terriens… Pour les aider ou pour mieux les contrôler ? Né sur terre dans une famille prolétaire, rien ne destinait Keren Kepler à rejoindre Providence. Pourtant, à force de travail et de persévérance, il est parvenu à s’extraire de sa condition, faisant la fierté de son père, ouvrier en usine… Mais lorsque Keren trouve la mort après que son véhicule autonome ait fait une embardée pour éviter une gamine qui n’avait rien à faire sur sa trajectoire, son père entre dans une colère noire en apprenant que la vie de la jeune fille primait sur celle de son fils aux yeux de l’IA… Pour l’aider à faire son deuil, l’IA a décidé qu’il devait accueillir chez lui la jeune fille qui a causé l’accident mortel de son fils…

Fruit d’un travail de cinq ans, ce copieux album de près de 330 pages s’avère solidement charpenté et joliment écrit. Avec ce récit choral à plusieurs voix, Nicolas Dehghani joue avec les codes du genre pour esquisser les contours d’un monde introduit avec finesse grâce au personnage de Keren qui est, de par ses origines et son statut, une sorte de trait d’union entre l’ancien et le nouveau monde… Et si on croit un temps qu’il est le héros de l’histoire, il s’effacera bien vite derrière son père qui sera lui-même éclipsé par la jeune Abby… Chacun de ces personnages apportera un éclairage singulier sur cet univers déshumanisé de par l’omniprésence de l’IA qui cherche à gommer le hasard, déresponsabilisant les individus… L’absence de manichéisme et la richesse des thèmes explorés par l’auteur rendent ce récit particulièrement fascinant et ce d’autant plus que l’auteur le met en images de façon confondante. Le soin apporté à l’encrage, souple et élégant, et au découpage permet à l’auteur de mettre en relief les états d’âmes des principaux protagonistes tandis que le saisissant travail sur les décors et les architectures terrestres anguleuses complétées par des textures charbonneuses contrastent avec force avec l’harmonie et lies lignes courbes des édifices de Providence…

Par les talents de conteur et de dessinateur de Nicolas Dehghani, Providence fait partie des albums remarquables de cette riche rentrée littéraire… Si vous êtes amateurs de (bons) récits de SF, ne passez pas à côté de ce petit bijou à la mécanique parfaitement huilée…


- Monsieur Kepler écoutez-nous…
- Nous comprenons votre point de vue. Mais nos études sont claires. Il existe un paramètre qui l’emporte sur tous les autres. La seconde personne impliquée dans l’accident était une enfant… C’était une petite fille…
- Et… et c’était mon petit garçon !!!dialogue entre deux enquêteurs et Eliam Kepler

Le Korrigan




Inspiration jeux de rôle

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