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Pensionnaires
Pensionnaires



Fiche descriptive

Roman Graphique

Pierre-Henry Gomont

Pierre-Henry Gomont

Pierre-Henry Gomont

Dargaud

Intermezzo

28 août 2026


10€

9782505142775

Chronique

Une nuit, quatre camarades de chambrée forcent la fenêtre de leur pensionnat pour aller retrouver des filles...

Da Costa n'a pas failli à sa réputation et a pu obtenir un « rencard ». À peine échappés, ils doivent faire une pause devant l'annexe, et, au beau milieu de la pelouse, allumer une cigarette : c'est comme ça que ça se passe, là-bas, il faut oser, jouer les bravaches, au risque de se faire prendre si on veut gagner le respect des autres. Les trois autres tailleraient bien la route, eux, mais il y a encore Da Costa, et il porte en haute estime les traditions de l'internat.

Seulement voilà, ils font trop de bruit et finissent par réveiller le pion qu'ils croyaient endormi, assommé par trop d'alcool. C'est un drôle d'animal, celui-là, et on se demande bien comment on a pu lui confier la garde des quelque soixante gamins qui dorment ici... Ancien CRS, bas du front et rond comme une barrique, il se saisit de la carabine pendue au-dessus de son bureau et sort sur le parvis. Sans bien savoir quelles sont ces ombres qui s'agitent dans l'obscurité, il pointe le canon de son arme dans leur direction... et tire.
un excellent album!


l’âpre goût de la liberté
Pensionnaires, planhe de l'album © Dargaud / GomontLa nuit venue, quatre camarades de chambrée décident de faire le mur pour aller rendre visites à leurs alter egos féminins de Sainte-Catherine… Le risque n’est pas bien grand, le pion, comme à son habitude rond comme une queue de pelle, ne devant guère de problème…

Tradition oblige et pour jouer le bravache au risque de se faire prendre, Da Costa s’en grille une, sur la pelouse, devant l’annexe… ce qui n’est pas pour rassurer ses camarades d’échappée…

Seulement voilà, le pion qu’il pensaient cuver les a vu et c’est armé d’une carabine qu’il sort de son bureau… Ancien CRS, quelque peu bas du front, voilà qu’il pointe le canon de son arme sur les fugitifs… et tire !


Pensionnaires, planhe de l'album © Dargaud / GomontAvec son format atypique (17x24) proche, sa pagination (32 pages) et sa couverture souple, la collection Intermezzo se démarque de la concurrence et rappelle l’ambitieuse et hélas défunte collection 32 qui proposait des univers graphiques singuliers et des récits fascinants… Chaque album de ce nouveau label semble n’être qu’une parenthèse dans la vie d’un ou plusieurs individus… Mais le genre de parenthèse suspendue à même d’infléchir le cours d’une vie…

fiction ou souvenirs mélancoliques de la folle et insouciante jeunesse de l’auteur ?
Nous attendions beaucoup de cette histoire courte de Pierre-Henry Gomont, auteur dont j’affectionne tout particulièrement le travail, tant pour sa qualité d’écriture et le soin apporté à ses personnages délicieusement décalés que pour le dynamisme qui se dégage de ses planches… Et le fait est que nous ne sommes pas déçus ! L’auteur nous entraîne dans l’intimité d’une bande d’ado de la fin des années 60 avec une facilité désarmante tout en posant le décor, un internat vieillot jadis destiné à accueillir de jeunes bourgeois, avec maestria… Pensionnaires, planhe de l'album © Dargaud / GomontChacun est doté de son petit caractère que trahissent leurs répliques, leurs postures et leurs gestuelles. Narrateur de l’histoire, Da Costa se détache du lot par sa nonchalance et une désinvolture savamment calculée. De flashbacks bien menés viennent préciser leur passé, donnant plus d’épaisseur à certains des personnages et apportant cette touche d’authenticité qui fait les bonnes histoires. A se demander si l’auteur n’a pas puisé dans sa propre expérience pour tisser le récit de cette nuit pour le moins mouvementée tant l’ensemble sonne juste… On appréciera tout particulièrement la réaction des différents protagonistes de l’histoire confrontée à une situation qu’ils n’avaient pas envisagée et les discussions nerveuses et tendues qui vont suivre quant à la conduite à tenir… La description du surveillant ivrogne, pleine de cynisme et lucidité, le caractérise avec un humour mordant particulièrement jubilatoire…

Le trait souple et nerveux de l’artiste déborde une fois encore d’une énergie et d’une expressivité dingue. Son découpage s’adapte avec force à son histoire pour en faire ressortir l’atmosphère et en accentuer la dramaturgie. Son style singulièrement envoûtant change avec audace lorsqu’il s’agit de raconter, sur un ton résolument sarcastique, une mémorable partie de rugby qui valut quelques déboires au surveillant alcoolique. Et il y a sa mise en couleur subtile et iconoclaste qui se fait presque poétique, comme si l’auteur se remémorait avec nostalgie des événements de cette fameuse nuit… Outre l’aspect purement graphique, le montage de l’histoire s’avère lui aussi être délicieusement ciselé, lui imposant avec finesse un rythme singulier pour mieux nous y entraîner et nous surprendre…

Pensionnaires, planhe de l'album © Dargaud / GomontS’inscrivant dans la nouvelle et atypique collection Intermezzo, ce nouvel opus de Pierre-Henry Gomont était très attendu de par chez nous tant nous apprécions le travail de cet auteur au style marqué et follement énergique…

Cette nuit, Da Costa et ses potes de chambrées ont décidé de faire le mur du pensionnat pour rejoindre les filles de Sainte-Catherine. Comme le veut la tradition, et pour jouer les bravaches devants ses camarades, l’ado s’arrête pour fumer une clope avec un nonchalance calculée, ce qui ne manque pas d’inquiéter ses compagnons qui craigne de voir le pion débarquer… Et le fait est que la porte de son bureau s’ouvre avec fracas pour laisser sortir le surveillant, passablement imbibé, comme de coutume, une carabine à la main… Halluciné, nos fugueurs le voient pointe le canon de son arme sur eux… et faire feu !

Difficile de ne pas penser que l’auteur a puisé dans ses souvenirs d’enfance tant son récit semble authentique, de la description de l’internat à la personnalité de ses pensionnaires dont le caractère et la gestuelle sont retranscrits avec finesse, parfois en quelques en quelques cases à peine… Souple et plein d’élégance, le trait fascinant de Pierre-Henry Gomont fait une fois de plus merveille, l’auteur adoptant son découpages et ses couleurs et jouant avec les contrastes pour renforcer avec brio l’atmosphère de chaque scène. Doté d’un « montage » saisissant, le récit s’avère particulièrement entraînant et, conjugué aux dialogues pleins de justesse et aux récitatifs mordants, rendent sa lecture particulièrement plaisante… On appréciera tant la nonchalance et la désinvolture étudiées de Da Costa que l’aspect tragiquement pathétique de ce surveillant alcoolique dont l’auteur fait un portrait irrésistible… L’album est baigné d’une nostalgie poétique et mélancolique qui nous donne, à tort ou à raison, la furieuse impression que l’auteur nous a dévoilé une part de sa folle et insouciante jeunesse…


- J’y crois pas, y’a que le nouveau qui reste et il fume même pas…
- Viens ! Qu’est-ce que tu fous ?
- C’est important les traditions. Se griller une tige sur la pelouse, devant l’annexe… Borde… Mpff. C’est ça… la volupté.dialogue page 6

Le Korrigan




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