    Se sachant traquée par les agents s’occupant des mauvais monstres et de leur ado, Eloïse a caché la véritable nature de Machin sous un costume d’ours en peluche… Elle peut dès lors officialiser la naissance de son monstre à ses parents et espère encore pouvoir la cacher à ses camarades de classe…
Hélas ! Sa mère s’empresse de publier la nouvelle sur les réseaux tant et si bien que tout le bahut est au courant, multipliant les chances que quelqu’un repère le déguisement et ne dévoile la supercherie… Dans la foulée, voilà qu’elle participe à une sortie scolaire dans un château médiéval où, comble de malchance, deux de ses camarades découvrent dans la boutique des ours en tout point semblables à son monstre… Mais la pauvre Eloïse et Machin ne sont pas encore au bout de leurs (mauvaises) surprises…
Avec son premier projet, Enzo Berkati impressionne d’emblée par la fraîcheur de son histoire, l’originalité de son univers et cette façon d’aborder l’adolescence et la confrontation au regard de l’autre à travers un biais délicieusement fantastique : les monstres !
 A travers son récit d’aventure drôle et entraînant, l’auteur aborde ainsi l’estime de soi, , l’acceptation de qui on est, la confiance que l’on peut, on non, faire aux autres, l’acceptation de la différence et le poids du regard des autres… Comme bien d’autres ados de son âge, Eloïse manque cruellement de confiance en elle ce qui l’a poussée à devenir solitaire et un brin négative… Le mauvais monstre dont elle hérite, bien malgré elle, ne fait que renforcer ces traits de caractère… Doit-elle le cacher aux autres ou l’accepter tel qu’il est, certes un peu moche, mais finalement bien attachant ? Les aventure qu’elle a vécu dans les deux premiers albums l’inclinent à le cacher aux autres… Elle n’a, on s’en doute, aucune envie d’être enfermée dans ce centre réservé aux mauvais monstres… D’où le déguisement qui font passer son monstre pour un doudou adorable… Mais cacher aux autres sa véritable nature n’est que rarement une bonne idée, comme va l’apprendre la jeune Eloïse !
Le scénario de ce troisième opus nous entraîne dans un lieu inspiré d’un des plus remarquable monuments alsaciens : l’imposant château du Haut-Kœnigsbourg, restauré avant la première guerre mondiale par l’Empereur Guillaume II qui voulait en faire un instrument de la germanité en Alsace… Mais, comme à son habitude, l’auteur s’inspire de lieux existants pour créer les décors originaux qui serviront d’écrin à son récit, ce qui ne fait qu’accroître la crédibilité du récit et son ancrage dans la réalité… tout en proposant une réalité délicieusement alternative… L’Alsace est là, qui affleure dans chacun de ses décors, mais elle n’est nullement un carcan à la créativité de l’artiste qui peut s’exprimer librement…
Particulièrement dynamique, ses crayons donnent vie à une poignée de personnages plus vrais que nature et à leur sympathiques et facétieux monstres. L’écriture de chacun d’entre eux semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière et la force du travail d’Enzo Berkati réside aussi dans le fait que ses personnages ne sont pas taillés dans un bloc de granit de façon immuable (encore que l’auteur lui aurais sans doute préféré le grès des Vosges  )… Chacun a son histoire et son caractère mais ils ne sont en rien figés… Chacun va peu à peu évoluer, subtilement, changer au fil des rencontres et des évènements auxquels ils vont être confrontés, comme tout un chacun…
 Enzo Berkati poursuit sa série entraînante abordant par le prisme du fantastique les soucis liés à l’adolescence…
Comme chacun sait, tout le monde reçoit à sa puberté un petit monstre qui l’accompagnera toute sa vie… Pour Eloïse, pas de chance, elle hérite d’un monstre laid et répugnant : un mauvais monstre… Jusqu’ici, elle s’est bien gardé de le montrer, mais devant les dangers qui s’annoncent et pour éviter de tomber entre les griffes des gens chargés de traquer les mauvais monstres et leurs ados, l’adolescente décide de lui confectionner un costume de nounours, en espérant que personne ne s’aperçoive de la supercherie… Mais, lors d’une sortie scolaire, rien ne se déroulera comme prévu.
L’univers né sous la plume et les crayons de l’auteur est un prétexte pour aborder les tourments de l’adolescence, de la difficulté à intégrer un groupe au poids du regard des autres, du rejet de la différence à l’acceptation de soi ou à l’acceptation de la différence… Si son univers ressemble au notre, la petite touche de fantastique qu’Enzo Berkati lui apporte rend le récit entraînant et captivant, d’autant que l’écriture de chacun des personnages a fait l’objet d’un soin tout particulier qui les rende tout à la fois attachants et vivants car en perpétuelle évolution… S’inspirant de son Alsace natale, l’auteur fait évoluer ses personnages dans un petit monde crédible et fascinant porté par un dessin débordant de vie et d’énergie… C’est peu dire qu’avec ce premier projet il fait montre d’une impressionnante maturité et d’un indéniable talent de conteur et de dessinateur ! Au vu de la chute de l’histoire, le quatrième opus s’annonce des plus passionnants !
- Voilà, j’ai ajusté les coutures. Normalement, ils devraient pas remarquer que c’est un costume. Mais n’oublie pas : tu continues comme hier soir, tu parles pas et tu restes dans les coins sombres.
- Ça me gratte, il fait chaud et ça pue là-dedans.dialogue entre loïse en Machin
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