 Ernesto est chercheur et arpente l’Italie de la fin des années 70 armé de son magnétophone pour recueillir histoires, chansons et témoignages d’un passé qui se délite et s’efface peu à peu devant la modernité…
Ses recherches sont l’occasion pour lui de revenir dans le village où il a passé son enfance et où il n’était plus revenu depuis que son père ait précipitamment vendu la maison familiale… Il y est accueilli comme l’enfant prodigue revenu au pays et tous se prêtent volontiers au jeu, lui confiant souvenirs et anecdotes parfois teintés de croyances et de superstitions… Mais, sans en avoir conscience, il va réveiller un passé douloureux que tout le monde préférerait laisser bien enfoui… Bien vite et sans qu’il en connaisse la raison, les gens se referment et refusent de lui parler. Même le maire qui l’avait pourtant si chaleureusement accueilli lui conseille de ne pas s’attarder à Malnotte… Quels sombres secrets sont cachés derrière les pierres des vieilles maison du village ?
 Avec Malanotte, Marco Taddei signe un album fascinant, tout à la fois inquiétant et envoutant, qui parle de cette époque où la modernité s’apprêtait à balayer le passé.
Lorsqu’il débarque à Malanotte, Ernesto apporte son magnétophone et les souvenirs de son enfance, ces non-dits, ces secrets de famille, ce grand-père mort à l’asile et ce père qui sur un coup de tête a quitté son village, village où rien ne semble avoir changé depuis son enfance… Au fil des pages, on apprend à le connaître, de ses relations difficiles avec sa compagne enceinte à ces fantômes du passé que son retour au village font remonter… Mais il n’est pas le seul personnage intéressant de l’intrigue. Marco Taddei a donné vie à une foule de personnage bigarrés qui s’avèrent tous plus crédibles les uns que les autres, de ces vieux qui se confient à Ernesto à Sarah dont la grand-mère a racheté la maison du père pour une bouchée de pain et qui est plus encore que d’autres lieux, chargés des souvenirs du jeune homme. Elle aussi possède des secrets, bien enfouis… Et il y a ce maire si soucieux de sa réélection, ces vieilles adorables, Monsieur Zara, pardon, Zara, désormais doyen du village et qui a tant et tant de choses à raconter. Tous possèdent une part de la vérité, une part de ces secrets si jalousement gardés et sur lesquels plane à jamais l’ombre de la Pantafa.
 Entre nostalgie et mélancolie, le scénariste tisse un récit mêlant l’intime et l’universel, écartelé entre deux époques, l’une marquée par le progrès et la modernité, l’autre par les croyances anciennes et les superstitions. Retourner sur les lieux de son enfance peut être apaisant, mais on peut y déterrer des fantômes et réveiller une ancienne malédiction… L’atmosphère étouffante de l’album n’est pas sans évoquer celle de la Maison assassinée, envoûtant roman de Pierre Magnan, empli de secrets et de maléfices et brillamment porté à l’écran par Georges Lautner.
Le fascinant dessin de Laura La Came pose avec art cette ambiance emplie de mystères. Le charme opère dès la couverture, superbe et intrigante et faisant d’emblée peser l’ambiance inquiétante qui baigne l’album comme la brume entourant les souvenirs et masquant les secrets d’un village en apparence paisible. Son trait souple et élégant donne vie à une galerie de personnages tout d’abord bienveillants et accueillants mais qui vont bientôt se refermer et devenir hostile au chercheur… Le travail de l’artiste sur les ombres, charbonneuses et par là même inquiétantes, s’avère saisissant, distillant ce sentiment oppressant que l’on sent grandir en nous alors que les pièces du puzzle s’assemblent et que la malédiction prend corps…
 Marco Taddei et Laura La Came signe un roman graphique intimise et envoûtant qui nous parle d’un monde en passe de basculer dans la modernité mais où les croyances et les superstitions peinent à se dissiper…
Chercheur à l’université, Ernesto revient à Malanotte, paisible village où il a passé son enfance, pour y recueillir les histoires, anecdotes, légendes et comptines et les fixer, pour l’éternité. Il y est accueilli par le maire et les villageois qui voit en lui l’enfant prodigue revenu au pays… Mais, s’ils se confient tout d’abord volontiers, les visages se ferment peu à peu, comme s’il avait fait ressurgir d’anciens secrets dont le village est dépositaire et ravivé d’anciennes blessures… A moins qu’une malédiction ne soit à l’œuvre et menace de le frapper…
Les pinceaux de Laura La Came posent avec art cette atmosphère chargée et de nostalgie et de mystères inquiétants qui baigne ce récit savamment orchestré. Dialogues et personnages sonnent justes et contribuent à rendre l’histoire aussi poignante que passionnante… La bienveillance des premiers jours cède la place à la suspicion et à la haine pour cet « étranger » revenu au village réveiller de douloureux souvenirs et ce sentiment de culpabilité qui ronge tout un chacun… Le prologue de l’histoire prend peu à peu tout son sens, glaçant, alors que l’ombre de la Pantafa s’étend peu à peu sur le village, étouffant les rires et les chants et craquelant le vernis des apparences trompeuses… Malanotte est un petit bijou sombre, somptueux et dérangeant qui ne laissera personne indifférent…
- A part Zara et un ou deux pauvres types qui raconte n’importe quoi pour un verre… Tu trouveras plus personne qui veuille parler avec toi. Enregistrer des chansonnettes ou des devinettes, c’est une chose… Mais les fouilles merde, personne les aime… Ici, désormais, tu es un étranger…le maire du village
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