     Paris, 1910. Par un bel après-midi d’automne, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage et gentleman, accueille chez lui Edmond, l’un de ses amis qui semble éreinté. Soudain, Isabel, Baronne de Saint-Gil et aventurière ayant ses entrées dans les deux mondes s’invite à dîner chez lui… A l’issue du repas, alors que les trois convives dégustent un cognac datant de 1720, Edmond se souvient que c’est en cette année qu’Isabelle et Louis s’étaient rencontrés...
Paris, 1720. Alors que le monde des mages était en ébullition, Raynaud, ami de Griffont et dragon pacifique s’étant réfugié dans le monde des hommes lors de l’interminable guerre qui opposa son peuple au fée est abattu par une balle de sélénium noir… Après avoir rejoint le Cercle Cyan pour pouvoir défendre la Terre si la guerre devait reprendre, le mage tente de remonter la piste de la balle en se rendant chez un alchimiste de sa connaissance… Il n’est pas le seule à s’y intéresser… Une jeune femme masquée en qui Griffont reconnaît le Lys Pourpre est déjà sur place avec la ferme intention d’interroger l’alchimiste… Elle et Griffon croisent le fer mais l’arrivée de soudards désireux de tuer leur informateur les incite à unir leurs forces… C’est ainsi que se déroula la première rencontre entre Isabel et Louis…
 La tragique et brutale disparition du talentueux, généreux et inénarrable Étienne Willem aurait pu sauver le glas de cette remarquable adaptation du roman de Pierre Pevel. Mais la famille de l’artiste, l’éditeur et le romancier ont souhaité poursuivre l’aventure, en hommage à sa mémoire. Encore fallait-il trouver un ou une artiste à la hauteur du challenge que représentait cette reprise. C’est ainsi que la jeune et bougrement talentueuse Capia reprend le flambeau…
Etienne Willem avait réalisé l’ensemble du storyboard de l’album et dessiné une quinzaine de planches dont certains éléments restaient à compléter… L’autrice fait montre d’un trait généreux et énergique qui évoque indéniablement celui du regretté dessinateur, tout en lui insufflant une part de sa personnalité, les subtiles couleurs de Tanja Wenisch assurant l’homogénéité de l’ensemble. Sans doute fallait-il une once d’audace pour accepter de prendre la suite d’un dessinateur de ce tonneau-là… Mais l’audace conjugué au talent font bien souvent merveille ! Et le résultat est indéniablement à la hauteur de nos plus folles attentes… Les quelques pages reprenant quelques-uns de ses croquis en fin d’album mettent en lumière la virtuosité et l’énergie de ses crayonnés… La dessinatrice invite même Etienne comme figurant dans l’album… Un bien bel hommage ! Ceux qui ont eu la chance de le croiser le reconnaîtrons sans mal !
 On retrouve dans cette première partie ce long flashback qui nous entraîne deux siècles avant le Paris des Merveilles que nous connaissons, avant que l’existence de l'OutreMonde ne soit révélée aux hommes, même si les créatures magiques s’aventuraient déjà dans leur monde. Même les cercles magiques qui regroupaient les magiciens n’avaient pas été créés ! Ce flashback amorce l’affaire que Louis Denizart Hippolyte Griffont et Isabel de Saint-Gil vont devoir résoudre à l’aube du XXe siècle alors que les circonstances de la rencontre romanesque entre les futurs amants allaient être dévoilée au lecteur… Les dialogues percutants de Pierre Pevel font mouche alors qu’avec le talent de conteur qui est le sien, Etienne Willem avait su tirer du roman un scénario dynamique et entraînant plein de charmes et de mystères… La tension va crescendo au fil de l’album, avec ce délicieux sentiment d’urgence qui se développe alors que la guerre entre dragons et fées menace de reprendre de plus belle. Le cliffhanger clôturant l’album s’avère on ne peut plus frustrant… ce qui est indéniablement la marque des grandes histoires !
Maquettée par l’incroyable Noémie Chevalier, la couverture est une fois encore de toute beauté… Le nom des graphistes mériterait de figurer en bonne place sur la couverture tant leur travail est primordial pour attirer l’œil du chaland ! L’album est par ailleurs complété par un dossier somptueux qui donne un aperçu saisissant de Clan of London, récit anthropomorphique sur lequel travaillait Etienne Willem et qui s’annonçait comme sa Grande Œuvre.
 La série aurait pu s’arrêter avec la tragique et brutale disparition d’Etienne Willem, artiste haut en couleur aussi généreux et avenant que talentueux… Mais sa famille, l’éditeur et Pierre Pevel ont tenu à parachever son œuvre… Encore fallait-il trouver artiste à la mesure de son talent !
A la fin d’un dîner, Louis et Isabel évoque avec leur ami Edmond leur rencontre, dans les années 1720, alors qu’ils enquêtaient sur le meurtre de Raynaud, dragon pacifiste ayant trouvé refuge dans le monde des hommes lors de la guerre qui opposa son peuple à celui des fées… Mais cette affaire vieille de deux siècles allait avoir des ramifications dans leur présent, alors qu’un antiquaire apparemment sans histoire trouve la mort dans des circonstances similaire à celle de Raynaud… Tout laisse à penser que le sinistre et ambitieux mage noir Giacomo Nero est de retour aux affaire…
Il fallait du talent et de l’audace pour reprendre le flambeau de l’inénarrable et regretté Etienne Willem et poursuivre l’adaptation de l’envoûtant et fascinant Paris des Merveilles de Pierre Pevel en bande-dessinée. Et, clairement, Sarah Capricci, alias Capia, ne manque ni de l’un ni de l’autre ! Ses crayonnés, que l’on retrouve en fin d’album, nous donne un saisissant aperçu sa virtuosité graphique. Mais elle ne se contente pas de se fondre dans le style de Willem ! Elle y insuffle une part de sa personnalité, faisant ainsi montre d’une grande maturité graphique… S’appuyant sur le storyboard d’Etienne, la dessinatrice signe des planches somptueuses et dynamiques qui nous immergent avec force dans l’univers fascinant des romans, dans ce Paris de la Belle Epoque revisité à la sauce féérique… C’est avec un réel plaisir que l’on retrouve l’univers et les attachants personnages nés sous la plume de Pierre Pevel pour ce nouveau cycle d’aventure plein de charmes et de maléfices… Un bien bel hommage à un grand artiste trop tôt disparu… Quant à Capia, m’est avis que c’est une jeune dessinatrice à suivre de près !
- On l’a retrouvé mort au petit matin, un barbier a été appelé pour examiner le corps et il a trouvé cette balle.
- Du sélénium noir ! Celui qui a tué Raynaud savait qu’il était un dragon et n voulait pas manquer son coup ! Mais pourquoi assassiner Raynaud ? Il était pacifique et bon.
- Je l’ignore. Mais nous ne sommes pas seuls à nous interroger. Cette femme est la Comtesse de Brescieux, une protégée de Gélancourt… dialogue entre Delveccio et Griffont
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