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Sage
Sage



Fiche descriptive

Roman Graphique

Quentin Zuttion

Quentin Zuttion

Quentin Zuttion

Le Lombard

12 septembre 2025


22€95

9782808214803

Chronique

À la fenêtre de sa chambre, Quentin observe la créature bleue et inquiétante qui le toise depuis la cour extérieure...

L'angoisse monte. Et ne repartira pas de sitôt. En explorant ses souvenirs de jeunesse, Quentin tente de comprendre comment l'anxiété s'est installée dans son quotidien et pourquoi elle l'empêche de vivre normalement.

Du corps entravé à la culpabilité, il sera question de chercher ses propres désirs, loin de ceux que la société impose, et de comment faire la paix avec eux. Mais aussi du chemin d'un garçon...
un chef d'oeuvre!


d'angoisse(s) et de désir(s)
Sage, planche de l'album © Le Lombard / ZuttionDe la fenêtre de sa chambre, Quentin observe une ombre bleue inquiétante qui le toise depuis la cour de l’immeuble… L’angoisse monte, le prend à la gorge, l’étouffe… Voilà des jours qu’il n’est plus sorti de chez lui à cause de cette anxiété qui le ronge et l’empêche de vivre normalement…

Le monde extérieur l’angoisse… Il n’y a guère que chez lui que le monde semble supportable. Son frigo est vide mais la seule idée de sortir l’oppresse… La seule idée d’ouvrir la porte le tétanise… Pourquoi a-t-il si peur de croiser cet autre qui pourrait le juger et le condamner ? Pourquoi n’est-il pas comme tout le monde ? Pourquoi la société condamne-t-elle ses désirs ? Sa mère a pourtant accepté son coming-out, malgré la religion. Alors pourquoi ne parvient-il pas à s’accepter ? Pourquoi se déteste-t-il ? Pourquoi a-t-il si honte d’être ce il est ? Comment être enfin en paix avec soi-même et quelle est cette silhouette bleutée inquiétante et menaçante qui le suit et l’observe ?


un récit intimiste bouleversant de justesse dont on ne sort pas indemne
Je découvre le travail de Quentin Zuttion avec cet album intimiste dans lequel l’auteur nous entraîne dans son intimité. Et le fait est qu’on ne sort pas indemne d’une telle lecture et qu’il y difficile de trouver les mots pour parler de son ressenti tant son récit nous bouleverse.

Sage, planche de l'album © Le Lombard / ZuttionL’album nous entraîne dans les crises d’angoisse et les questions existentielles qui hantent Quentin, jeune auteur de BD incapable de produire la moindre planche. Son quotidien morcelé est formidablement retranscrit, des brefs fragments de vie entrecoupées de crises suffocantes et de séances chez le psy censées lui permettre de renouer avec la vie. Le talent de l’artiste est tel que le lecteur est peu contaminé par ce sentiment diffus d’oppression… On sent presque les murs se rapprocher et nous enfermer dans un carcan de plus en plus exigu, de plus en plus étouffant… Il y a tout d’abord les récitatifs écrits à la seconde personne du singulier, comme si l’auteur, se parlant à lui-même, tentait de comprendre et de mettre en mots les maux qui l’empêchent de vivre. Ce procédé narratif immerge le lecteur dans les tourments de Quentin de façon saisissante et indéniablement angoissante… Le fond et la forme se rejoignent avec cette ombre bleutée qui le hante, le suit et le scrute jusque dans son intimité. Il se dégage d’elle quelque chose de profondément dérangeant, voir malsain, comme si elle était l’incarnation même de ses peurs irraisonnées et de ses angoisses les plus profondes… Mais on se trompe… Elle est bien plus que cela… et de la réconciliation entre cette silhouette qui est ce qu’il fut et ce jeune homme qu’il est devenu dépend son salut…

Son incapacité à s’accepter tel qu’il est est abordé avec pudeur et sensibilité, de ce corps dans lequel il ne sent pas à l’aise à ces corps qui l’attirent et qui le dégoutte en même temps… Pour faire taire son mal-être, il se noie dans l’alcool, qui le désinhibe et met en sourdine ses idées noires. Sous l’emprise de l’alcool, il cesse de se poser mille et une question, s’abandonnant à l’instant présent, osant, enfin, être lui-même… Sage, planche de l'album © Le Lombard / ZuttionMais c’est désormais seul qu’il préfère s’imbiber, sortir lui étant désormais impossible… Quentin cherche à rassembler les morceaux épars de son être et on le voit se noyer dans de nombreuses cases, submergé, englouti par son anxiété… Les flashbacks qui le ramènent à son enfance sont tout aussi bouleversants, tant dans leur forme que dans leur fond, alors qu’il prend peu à peu conscience de sa différence d’avec les autres garçons de son âge… Mais ce n’est pas sa différence qui lui pèse mais la société qui pointe cette différence et la juge comme déviante, le tenant à l’écart des autres… Car c’est dans les blessures secrètes de son enfance qu’il trouvera les causes de ses tourments actuels…

Portée par un formidable et somptueux travail sur la lumière, les planches de l’album s’avèrent tout à la fois sublimes et dérangeantes tant elles retranscrivent avec force les tourments de Quentin et ses désirs qui se heurtent et se fracassent sur ses angoisses… Ses crises sont retranscrites avec une rare justesse, avec une montée progressive de son anxiété jusqu’à ce qu’elle l’enserre et l’étouffe, le paralyse…

Comment ne pas être bouleversé par la force et la précision du propos qui décortique ce sentiment de culpabilité, comment ne pas être chamboulé par l’inaptitude du jeune homme à vivre et à s’accepter ? Remarquablement conduit, le récit s’avère cathartique et finit par un véritable feu d’artifice où l’auteur, après un long cheminement, parvient enfin à accoucher et mettre en mots ce qu’il ressent, à écouter et exprimer ses désirs qu’il a trop longtemps enfoui… La libération qui est sienne est tout aussi contagieuse que l’était sa détresse et c’est apaisé que l’on referme l’album… Avec une foule de question sur nos sociétés contemporaines qui imposent une norme et empêche ceux qui ne s’y reconnaissent pas d’être eux même.

Sage, planche de l'album © Le Lombard / ZuttionPetit bijou sombre et sublime, Sage est un récit intimiste et cathartique qui nous entraîne dans les tourments d’un dessinateur de BD que ses angoisses empêchent de vivre…

Alternant des fragments de vie interrompues par des crises d’angoisses qui prennent toute la place, l’album est une plongée en eaux troubles dans le quotidien d’un jeune homme qui perd pied et n’ose plus franchir le seuil de son petit appartement… Incapable d’affronter ce monde qui rejette les gens comme lui, il tente d’étouffer ses désirs, rejetant ce corps qu’il déteste et culpabilisant d’être qui il est… Ecartelé entre ses angoisses et ses désirs, sa détresse nous prend aux tripes jusqu’à en suffoquer… Ou qu’il aille, il est suivi, surveillé, scruté par une créature bleue diaphane qui semble incarner ses angoisses et le voilà qui replonge dans ses souvenirs d’enfance pour tenter d’en exhumer les causes de ses tourments… Il se sentait différent des autres garçons de son âge mais il a mis longtemps à s’ouvrir à sa mère de son homosexualité… Elle l’a plutôt bien accepté. Alors pourquoi refuse-t-il d’accepter ses désirs, de se donner le droit de vivre ?

Sombre et torturé, l’album s’achève pourtant sur une note optimisme, Quentin parvenant enfin à mettre des mots sur ses tourments, à jeter pêle-mêle sans en faire de bouquet ce qu’il souhaite, ce qu’il veut, donnant enfin à ses désirs l’occasion de s’exprimer sans cette culpabilité dictée par une société sclérosée et sclérosante… Sage est un album d’une rare justesse, tout à la fois beau, bouleversant, poétique, dérangeant, intimiste et puissant… C’est une lecture dont on ne sort pas indemne mais qui nous incite à nous poser bien des questions sur ce que nous sommes et sur ces entraves que l’on s’impose pour se fondre dans le moule, pour rester dans une norme stygmatisante, pour se conformer à ce que la société attend de nous…


Encore une chanson. Il reste des bières. Tout va bien. Y’a que bourré que tu débordes beau. Il suffit de cinq pintes pour ne plus avoir peur. A travers son voile alcoolisé, Paris est beaucoup moins grand, beaucoup moins effrayant. Même son flou devient charmant. Tu sais très bien que c’est un petit répit. Quand t’es défoncé, les créatures dans la rue disparaissent. La peur laisse place à quelque chose d’encore moins palpable et concret. Le videQuentin

Le Korrigan




Inspiration jeux de rôle

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