 Dans la France de Louis XIII, Avila, une jeune orpheline, sillonne le royaume et utilise ses talents d’herboriste pour soigner et apaiser le quotidien de ceux dont elle croise la route… Malgré les années qui ont passé, elle espère encore pouvoir retrouver sa mère dont elle a perdu la trace alors qu’elle n’avait que dix ans et à qui elle ressemble de façon confondante…
Dénoncée comme sorcière, comme le fut jadis sa mère, la jeune femme est traquée par le sinistre Trébuchet, chasseur de prime et âme damné du Cardinal de Richelieu qui la suite comme son ombre… Il est vrai qu’elle possède d’étrange dons, tels celui d’avoir une ombre dotée de raison avec qui elle discute parfois ou cette étrange capacité de parler avec les animaux…
Dans son périple, elle va croiser la route de jeune Thimothée, pickpocket et arnaqueur qui semble prêt à l’aider… Un concours de circonstances va les conduire au château du mystérieux comte de Langeac qui mis, comme toute ceux de sa lignée, son bras et son épée au service du royaume… avant de perdre goût à la vie et de se retirer sur ses terres…
 Depuis que nous avons par hasard accosté au Port des Marins Perdus, nous ne ratons aucun des voyages auxquels nous convient Teresa Radice et Stefano Turconi dont l’écriture ciselée et le dessin généreux font à chaque fois naître une foule d’émotions désarmantes qui nous entraînent et nous chavirent, nous touchent et nous bouleversent… Nous entraînant dans la France du Cardinal de Richelieu, Avila n’échappe pas à la règle et nous nous y sommes plongés avec délectation…
Difficile, une fois encore, de rester insensible à cette nouvelle histoire de ce duo virtuose… Teresa Radice est décidemment une formidable narratrice… Le prologue nous montre une maison baignée de soleil et de joie avec cette mère aimante et attentionnée qui transmet ses connaissances à sa petite fille… La première image du premier chapitre nous montre cette même maison en ruine, calcinée… Que s’est-il donc passé dans cette bâtisse qui semblait respirer le bonheur et la joie de vivre ? C’est alors que, brisant le quatrième mur, un marchand itinérant accompagné de son chien s’adresse au lecteur, lui proposant ses marmites… à moins qu’il ne préfère l’une de ses histoires… Et le vieil homme se met à nous raconter son récit qui s’amorce dans le petit village que l’on voit en contrebas… Dans son histoire, c’est jour de fête ! Des saltimbanques s’y sont installés et une troupe de théâtre y fait ses représentations. Un certain Jean-Baptiste, faisant déjà montre d’un certain talent, faisait rire la foule de spectateurs tandis qu’un jeune pickpocket les délestait discrètement de leurs bourse rebondies… Puis l’on part à Paris pour suivre un entretien entre l’homme le plus puissant de France et l’un de ses conseillers qui l’informe qu’une dangereuse sorcière sévissait dans son royaume…
 Alternant intrigues et personnages, la scénariste impulse un rythme soutenu à son récit, tout en prenant le temps de poser, avec délicatesse, chacun des personnages… La rencontre entre Thimothée et la Jeune Avila est ainsi profondément touchante. On sent d’emblée la gentillesse du jeune homme malgré la carrière qu’il semble avoir embrassé et la scénariste nous montre avec finesse les étranges pouvoirs de la jeune femme qui laisse supposer qu’elle a conclu quelques pactes avec le Malin… Pendu aux lèvres du conteur, le récit nous fera remonter le temps, pour préciser le rôle que chacun a joué et esquissant peu à peu le drame où tout s’est noué et la nature étrange de ce pacte contracté par une enfant pour sauver celle qui lui était le plus cher au monde…
Truffé de références picturales ou romanesques, oscillant entre drame et comédie, la progression narrative de ce récit mélancolique et revigorant s’avère tout juste parfaite… Impossible de reposer l’album avant d’être arrivé à son terme… Il faut dire que si Teresa Radice est une formidable faiseuse d’histoire, Stefano Turconi est un metteur en image virtuose… Sa façon si délicate de poser sa lumière nimbe ses planches, ses décors et ses personnages d’une lueur fascinante qui semble faire éclore toute la beauté du monde. Avila, sa mère, Thimothé le comte de Langeac, Richelieu, Trébuchet… chacun de ses personnages sont d’une humanité confondante, sombre ou lumineuse, qui nous touche, nous émerveille, nous révolte ou nous révulse… Les crayons du dessinateur italien parviennent à retranscrire avec justesse les états d’âme de ses personnages, faisant passer une foule d’émotions dans un simple regard, soignant la posture et l’attitude de chacun d’entre eux… Il y a une réelle osmose entre l’histoire et les dessins, l’un et l’autre s’enrichissant de façon saisissante pour former un tout parfaitement cohérent qui nous touche, nous chamboule, nous émerveille et nous enivre…
 Le Port des Marins Perdus, les Filles des Marins Perdus, La terre, le ciel, les corbeaux, Le beau Parleur… Autant de titres qui nous ont bouleversé et transporté tant par la finesse de leur écriture que par la beauté du dessin… Aussi, nous ne pouvions passer à côté d’Avila, le nouveau récit de Teresa Radice et Stefano Turconi…
Depuis que sa mère, à qui elle ressemble comme deux gouttes d’eau, a disparu dans d’étranges et tragiques circonstances, Avila sillonne les routes du royaume à sa recherche, usant de ses talents d’herboristes pour apaiser les maux de ceux qu’elle rencontre… Elle possède l’étrange don de parler aux animaux et se chamaille avec… son ombre… Elle ignore que Richelieu a lancé sur ses traces son dangereux limiers, le sinistre Trébuchet pour la capturer… En chemin, elle va faire la rencontre de Thimothé, un pickpocket affable et généreux à qui elle va peu à peu accorder sa confiance… Capturé peu après leurs rencontres, ils seront conduits au château du mystérieux comte de Langeac…
Teresa Radice signe une fois encore un récit bouleversant qui nous est conté par un marchand ambulant qui, brisant le quatrième mur, s’adresse au lecteur, comme s’il venait de le croiser sur les sentiers poussiéreux du royaume de France. Ce délicieux procédé narratif faisant du marchand le narrateur de l’histoire, immerge le lecteur dans ce XVIIe siècle avec un récit truffé de références aux arts ou à la littérature. Mélangeant comme le fit Dumas en son temps personnages historiques et personnages fictifs, elle teinte son récit de fantastique, avec l’attachant personnage d’Avila… Car outre sa bienveillance, ses talents d’herboriste et ses connaissances en plante médicinales, elle possède des dons sulfureux qui auraient tôt fait de l’envoyer au bûcher s’ils venaient à être connus. Retranscrit avec pudeur et retenue, le lien complice qui se tisse au fil des pages entre elle et Thimothé est somptueusement mis en image par le trait virtuose de Stefano Turconi dont les crayons parviennent à faire s’incarner chacun de ses personnages. Son travail sur la couleur et sur la lumière sublime littéralement ses planches, distillant avec douceur une énergie revigorante… Impossible de reposer cet album sensible et délicat qui fait naître l’émotion dans un regard ou une moue attendrissante d’une façon désarmante avant d’être arrivé à son terme… Entre et drame, tragédie et comédie romanesque et romantique, Avila est une petite merveille d’écriture et de dessin, tout simplement incontournable… un énorme coup de cœur qui confirme tout le talent de deux auteurs virtuoses…
- Tss, les comédiens, on ne peut pas leur faire confiance !
- je le trouve plutôt mignon… et très gentil…
- Bah ! Je ne te dis pas combien j’en vois défiler.
- Et je parie qu’il est aussi talentueux.
- Il aurait mérité de l’huile de ricin à la place de la lavande... ou un bon cataplasme aux orties ! Hé ! hé !
- Tu vas arrêter oui ! Je ne comprends pas pourquoi tu te moques toujours de tout le monde.
- Je n’aimais pas sa façon d te regarder !
- Alors va-t’en !
- Très drôle ! Comme si c’était possible ! Comme si nous n’étions pas tous les deux condamnés.dialogue entre Avila et son ombre
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