 Lina, jeune artiste peintre, s’est éloignée de Lutécia, la capitale du Second Empire, pour s’installer chez Miss Wincott, une amie, au cœur de son immense domaine forestier. Epouse malheureuse et bafouée, son inspiration s’est tarie et, en ces lieux paisibles et écarté du fracas du monde, elle espère retrouver son inspiration disparue…
Elle observe avec émerveillement le vaste bois du domaine, observant la nature, respirant ses fringances musquées et sa beauté sauvage… Un jour, comme si la nature s’était incarnée, elle rencontre un étrange centaure végétal fait de bois… Cet esprit ancien, né du premier arbre de la forêt, le fascine et fait naître en elle le profond désir de peindre… de le peindre… Mais comment ses pinceaux pourraient-ils saisir cet être qui change au fil des semaines et des saisons ?
Alors que la créature, nommée Persil par la jeune femme, lui ouvre les portes de la perception et lui fait découvrir les esprits de la forêt, Lina l’aide à s’éveiller aux émotions humaines… Mais, tandis que l’Empire s’apprête à entrer en guerre contre la Prussie, menaçant la forêt du domaine, Persil va découvrir le feu de la passion et de la jalousie… Comment préserver la forêt et son énergie créatrice sans perdre cette liberté si chère à Lina ?
 Avec ce récit étrange et envoûtant Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine nous entraînent dans un conte cruel et merveilleux tout à la fois sombre et lumineux...
Lina, l’héroïne de l’album, s'avère être tout particulièrement attachante… Derrière sa farouche détermination à ne plus laisser quiconque lui dicter sa conduite, on sent une blessure, douloureuse, qui n’a pas encore cicatrisée et qui nous sera révélée par bribes, au fil des pages… Avec finesse et délicatesse l'auteur esquisse le portrait d'une artiste abordant avec justesse ce qu'est la création, montrant comment, quel que soit le sujet qu'il représente, l'artiste couche une part de son âme sur le papier ou la toile d'un tableau. Ce n'est pas un arbre, un monument ou un personnage qu'elle peint mais la façon dont elle se les voit avec son regard d’artiste... À travers Lina c'est le rapport de l'artiste au monde qui est ainsi esquissé et la façon dont Lina s’émerveille de la beauté de la nature est tout juste saisissante...
 Mais ce n'est pas là le seul thème abordé dans cet album somptueux... Le scénariste interroge aussi la place de la femme dans nos sociétés patriarcales et celle de l'homme au sein de la nature. Avec malice et lucidité, il met en parallèle le rapport de l'homme à la femme et à son environnement… Tous deux sont basés sur la même volonté de posséder, de dominer, d'exploiter et d'asservir... Et de détruire, si elle se montre trop rebelle... Son histoire s'avère ainsi on ne peut plus féministe... Mais si la nature sauvage est dépeinte comme fascinante et envoûtante, elle peut aussi se montrer inquiétante, voire carrément menaçante… Au fil des pages et des saisons, l’auteur distille un sentiment diffus de malaise qui va aller grandissant jusqu’à un final vertigineusement inattendu… Ne ressentant, tout comme Persil aucune émotion, la nature est insensible à nos désirs et à nos ressentis tout comme à nos souffrances...
Mettant en scène avec virtuosité le singulier conte de Jean-Christophe Deveney, le dessin délicieusement épuré de l’impressionnant Saïd Sassine est plein d’élégance et de sous-entendus qui viennent enrichir l’histoire… Difficile de rester insensible au charme et à la beauté qui se dégage de ses planches qui évoquent la poésie d’un Hayao Miyazaki dans l’œuvre de qui la nature occupe une place de premier plan… Sous ses pinceaux alertes, la nature semble s’incarner, comme habitée par une magie ancienne qui plonge ses racines aux sources du monde. On comprend qu’une artiste, être sensible par essence, ne pouvait pas rester insensible aux charmes de cette forêt emplie de mystères insondables… Le lien étrange et pénétrant qui se tisse peu à peu entre Persil et Lina est retranscrit avec délicatesse par un regard appuyé, une posture savamment étudiée ou les silences que le dessinateur libanais parvient à rendre expressifs. Ses aplats de couleur délicats et fascinant sont au diapason des émotions de Lina et ses compositions sensibles et délicates nous chamboulent intérieurement… Ajoutons à cela que l’album est magnifiquement édité, avec cette couverture somptueuse où l’on sent le regard plein de douceur de Lina se poser sur nous, une main organique qui pourrait être la nôtre semblant caresser sa joue, faisant de nous, l’espace d’un instant, cet esprit des bois avec qui elle allait passer par tout un panel d’émotions parfois violemment contradictoires…
 Avec Les Portraits de Persil, Jean-Christophe Deveney et Saïd Sassine nous proposent un conte sublime et cruel qui nous entraîne dans une Europe alternative en passe de basculer dans la guerre, une récit initiatique envoûtant qui parle de création, d’émancipation et de liberté…
En panne d’inspiration, Lina quitte Lutécia, la capitale du Second Empire, pour se ressourcer à la campagne, dans le vaste domaine de Wincott, sa bonne amie… Elle espère retrouver le goût de peindre en arpentant la forêt pleine de charmes et de mystères entourant le manoir. Croquant la nature pleine de vie qui l’émerveille, elle va rencontrer une étrange et bienveillante créature et tisser peu à peu d’étranges liens avec elle… Peu à peu, les souvenirs douloureux de son passé d’épouse et qui la font tant souffrir s’estompent devant ce sentiment revigorant de liberté qu’elle découvre et savoure… Mais, aussi somptueuse soit-elle, la nature peut se faire inquiétante et jalouse, voire menaçante, si on succombe à son charme..
Superbement édité, ce récit singulier, somptueux, poétique et cruel de Jean-Christophe Deveney se pare des atours du conte pour interroger sur la création et le lien qui se tisse entre l’artiste et son modèle, qu’il soit fait de chair et de sang ou d’écorce et de sève… Mais il met surtout, non sans finesse, en parallèle le lien qui relie l’homme à la femme et à la nature… Il cherche tous deux à les posséder, à les dominer, à les faire plier à ses moindres caprices et, si l’une ou l’autre fait mine de lui résister, si l’une ou l’autre se rebelle contre son autorité, il peut sans vergogne chercher la détruire… On s’attache d’emblée à cette jeune artiste, tant pour sa force intérieure et sa farouche détermination à ne plus laisser quiconque présider à ses choix que pour la blessure que l’on sent, au fond d’elle… Les pinceaux délicats de Saïd Sassine font merveille pour retranscrire sa force et sa fragilité, par un simple regard, une posture ou attitude savamment étudiée… Tirant vers l’épure, son trait sensible, délicat et plein d’élégance, rehaussé par des aplats de couleurs en osmose avec les états d’âme de Lina, donne vie à une nature sauvage, aussi somptueuse qu’inquiétante… Les pinceaux de l’artiste libanais distillent avec art tant l’apaisante et revigorante fascination qu’elle exerce sur la jeune femme qui s’émancipe peu à peu de son passé qu’un léger sentiment d’oppression, indicible et diffus, qui grandit, presque imperceptiblement, au fil des pages et des saisons… pour nous conduire à un final inattendu et particulièrement poignant…
Sensible et envoûtant, Les Portraits de Persil est un album en tout point maîtrisé où texte et dessin se mêlent et s’entremêlent, se répondent et s’enrichisse, de façon confondante pour faire naître l’émotion qui affleure à chaque case… Un petit bijou narratif et graphique d’ores et déjà incontournable…
- J’ai eu de nombreux noms. Mais il ne s’agit que d bruits.
- Les mots sont plus que du bruit. Ils nous permettent d’appréhender le monde et d’agir sur lui. Moi, je m’appelle Lina. Si tu le dis, je saurais que tu t’adresses à moi.
- Lina. Animaux, plantes, tous possèdent une voix... Mais il n’y a que vous les humains qui avez besoin de la poser sur tout ce qui vous entoure. Il y a tant d’autres façons de saisir les choses que par le bruit. La gorme, l’odeur… la trace, le toucher…
- Ça sent… la menthe et le persil.
- Persil… C’est un beau bruit.
- Et un nom surperbe.dialogue entre Lina et… Persil
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