Entretien avec Cécile Chicault


Bonjour et merci de vous prêter au petit jeu de l’entretien…
Bonjour...

Question liminaire : êtes-vous farouchement opposé au tutoiement ? Si oui, je me ferais violence mais je sais qu’un « tu » risque tôt ou tard de partir tout seul pendant que je nettoierai mon clavier…
Non je ne suis pas opposée au tutoiement. Plus je vieillis, plus je tutoie... !

Merci à toi… je suis dans le même cas…

Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ? (parcours, études, âge et qualités, passions, numéro de carte bleue ou de comptes numérotés en Suisse ou aux Îles Caïmans ?)

Cela fait une vingtaine d'année que je fais le métier d'auteure de BD, avec des hauts et des bas, et une période assez longue sans parution d'albums pour des raisons personnelles. J'ai commencé dans la collection Delcourt jeunesse, puis j'ai fait des albums historiques...

Parallèlement je dessine dans des carnets, je fais de l'illustration, un peu de peinture... je lis beaucoup de romans, je regarde des séries. Je m'intéresse à la créativité, à l'inspiration, à la façon dont on utilise tout ça et comment on le préserve pour continuer à créer et à se renouveler...
14 juillet - Destins d'une Révolution, planche de l'album © Chicault / Pauvert
Enfant, quelle lectrice étais-tu et quels étaient tes livres de chevet ? La BD a-t-elle toujours occupé une place de choix ?
Enfant je lisais énormément, des romans, des livres illustrés, des bd, des journaux... Petit bleu et Petit jaune, les albums du père Castor, Le club des 5, Tintin, Fantômette, des romans classiques...

Ce que l'on trouvait aussi en maison de la presse car dès 9 ans j'y allais toute seule : Pif, Picsou, certains comics, puis j'ai été abonnée au journal de Mickey et au journal de Spirou... Je suis alors devenue une grande fan de toutes les séries de chez Dupuis.

Puis ado je me suis intéressée à la science-fiction, aux romans d'anticipation, à la Fantasy, aux romans du 19ème siècle, du début du vingtième... Bref je lisais de tout et tout le temps, bd ou roman.

Devenir dessinatrice de BD, était-ce un rêve de gosse ? Un auteur ou une autrice en particulier a-t-elle fait naître ta vocation ?
Oui c'était vraiment un rêve depuis toute petite. A 6 ans je voulais devenir artiste peintre puis vers 10 ans auteure de BD ou romancière... en tout cas inventer des histoires, les écrire, les dessiner. Je passais dejà beaucoup de temps à ça !

Mais je n'ai pas été soutenue par ma famille dans ce projet. Ce n'était pas un vrai métier et surtout ce n'était pas un métier pour une fille ! Du coup j'ai laissé tomber ce rêve pendant plusieurs années avant d'y revenir entre 25 et 30 ans et décider de commencer vraiment.

Vers 12 ans, j'adorais des séries comme Yoko Tsuno , Valérian et Laureline, puis ensuite Les Passagers du Vent : ça me donnait vraiment envie de dessiner de les lire !

14 juillet - Destins d'une Révolution, planche 48 © Chicault / PauvertQuelles sont selon toiles grandes joies et les grandes difficultés du métier ?
La liberté, et...la liberté ! Il y aurait beaucoup à dire dans ce paragraphe !
La liberté d'échouer ou de réussir ! La liberté de se renouveler, de faire des erreurs dans ses choix... La liberté de ne pas avoir de parachute... Mais ce n'est pas si simple !
La joie c'est de pouvoir créer... de pouvoir inventer et dessiner et de se rendre compte qu'on peut toujours aller plus loin !

La difficulté principale est qu'on n'est pas rémunéré comme on devrait. Beaucoup de notre temps de travail n'est pas pris en compte par exemple la création d'un projet complet avec scénario et dessins avant de le présenter à un éditeur, et puis les droits sociaux sont quasi inexistants, il n'y a pas de prix de page minimum ou de forfait minimum pour la réalisation d'un album. Et pourtant on travaille pour une grosse machine : l'industrie du livre ! Enormément de gens vivent grâce au travail des auteurs.

En fait, même quand on est rémunéré à peu près correctement sur le temps d'un album, si l'on souhaite prendre un peu de repos dans notre année ou inventer un nouveau projet, il faudra travailler le soir ou le week-end car cette charge nous revient et n'est pas prise en compte. A la longue, ça peut être usant et de nombreux auteurs abandonnent, se tournent vers d'autres métiers créatifs ou font des burn-out...

Comment as-tu rencontré Hervé Pauvert avec qui vous aviez signé la Saga de Wotila avant de le retrouver pour le passionnant 14 juillet, destins d’une révolution qui vient de paraître sur les étals ?
Je connais Hervé Pauvert depuis très longtemps. Nous nous sommes rencontrés du temps de nos études universitaires... En fait, c'est aussi mon compagnon et le père de mes enfants !

14 juillet - Destins d'une Révolution, planche 49 © Chicault / PauvertEffectivement, ça créé des liens smiley
Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce récit historique qui nous donne à voir la Révolution Française à hauteur d’homme et de femmes ?

J'ai aimé concevoir cet album un peu comme un roman, avec des chapitres qui alternent de façon assez rapide sur la vie de personnages à différents niveaux de la société et que l'on suit jour après jour de juin à juillet 1789. Je voulais travailler avec un événement historique qui nous permette une sorte d'avant/après, comme une charnière, un tournant...

Hervé a choisi l'évènement emblématique (et pas toujours très bien connu) du 14 juillet. Puis il a fait un énorme travail pour donner corps à ces personnages historiques ou symboliques du dix-huitième siècle. De mon côté j'ai fait ensuite le découpage narratif, le dessin puis la couleur.

Actuellement nous sommes encore dans un fonctionnement de société qui découle directement de cette période. Les préoccupations des gens ne sont pas si différentes et nous pouvons voir de nombreuses similitudes...

Concrètement, du synopsis à l’album finalisé, quelles furent les différentes étapes de la création de l’album en quelques mots ?
Après le synopsis détaillé, Hervé écrit le scénario. Pour cet album, la conception et la structure étaient importantes et nous l'avons fait en amont. Pour le scénario nous faisons plusieurs lectures et j'interviens parfois pour que les actions ou éléments soient bien clairs et aussi parfois sur les dialogues. Puis je fais le brouillon des planches avec la narration.
14 juillet - Destins d'une Révolution, planche(s) de l'album © Chicault / Pauvert
Quels outils utilises-tu pour composer tes planches ?
Crayon à papier, papier ou/et ordinateur et Photoshop. Cela dépend des albums aussi, ils sont plus ou moins composés de travail à la main ou à l'ordinateur.

Quelle étape te procure le plus de plaisir ?
En fait j'aime bien toutes les étapes car elles ne procurent pas les mêmes sensations. L'étape de la construction/narration est celle qui prend le plus d 'énergie mais c'est aussi là où le récit et l'album deviennent vraiment concrets...

14 juillet - Destins d'une Révolution, recherche de couverture © Chicault / PauvertComment as-tu composé l’apparence des personnages, qu’ils soient des figures historiques ou de simples quidams ?
J'ai regardé beaucoup de documents mais souvent il n'y a qu'un portrait ou deux de certains personnages, et quand il y en a plusieurs, en général à cette époque, ils ne se ressemblent pas ! Donc ça pouvait être un peu compliqué de choisir une version... Mais sinon j'essaie de le faire au feeling, en imaginant comment le rendre vivant.

Redonner vie au Paris pré-révolutionnaire a-t-il demandé de nombreuses recherches picturales ? Quelles furent tes principales sources de documentation ? Aurais-tu un ouvrage à conseiller à un lecteur désireux d’en apprendre davantage sur l’époque ?
Oui nous avons consultés beaucoup de documents iconographiques, nous sommes même allés dès le début au Cabinet de Estampes du musée Carnavalet à Paris pour voir des images datant du dix-huitième. Nous sommes allés aussi à Versailles et au Petit Trianon pour s'imprégner des lieux. Pour les ouvrages historiques il vaudrait mieux demander à Hervé car je suis déjà sur d'autres projets et... comme à mon habitude, je ne les ai pas gardés en mémoire !

La couverture de l’album s’avère particulièrement originale. Différentes versions ont-elles existée avant d’aboutir à celle que l’on connaît ?
Oui il y a eu pas mal de versions mais celle-ci était une demande de notre directeur de collection qui voulait un côté gravure et livre ancien...

Peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets présents et à venir ?
J'ai déjà commencé un nouvel album de BD, qui sera cette fois-ci aux éditions Steinkis.
Je travaille aussi sur d'autres projets... illustrations, peintures, livres...
J'ai écrit un petit livre jeunesse intitulé « Petit jour et Petit Nuit » et illustré par Line Pauvert. Il sort en septembre aux Editions des Eléphants.

Tous médias confondus, quels sont tes derniers coups de cœur ?
Le livre de Julia Cameron « libérez votre créativité » !

Y a-t-il une question que je n’ai pas posée et à laquelle tu souhaiterais néanmoins répondre ?
Heu... non... mes prochaines vacances ? La Bretagne...
14 juillet - Destins d'une Révolution, recherche de couverture © Chicault / Pauvert
Pour finir et afin de mieux te connaître, un petit portrait chinois à la sauce imaginaire…

Si tu étais…

un personnage de BD : Laureline
un personnage historique : Hildegarde de Bingen
un personnage de roman : L'héroïne du Passe Miroir
une chanson : Joli Garçon des Pink Martini
un instrument de musique : Un tambour
un jeu de société : Code Names
une découverte scientifique : La photographie
une recette culinaire : Un bibimbap végétarien
une pâtisserie : Une tarte pomme-rhubarbe
une ville : Paris
une qualité : Altruiste et moqueuse
un défaut : Moqueuse et méfiante
un monument : Stonehenge ou un arbre...
une boisson : Un Lapsang Souchong
un proverbe : « Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement. »

Un dernier mot pour la postérité ?
Confiance

Un grand merci pour le temps que tu nous as accordé !
Article by Le Korrigan