★★★★☆ Du fin fond des âges
Le Sanctuaire des Hérétiques, planche du tome 2 © Soleil / Montalbano / Bec / FacioSi Angel Cimarron a voulu séjourner à Bräncvastel, petite bourgade perdue des Carpates, c’est en espérant y trouver le calme et la quiétude nécessaires pour écrire un article retentissant sur la corruption qui gangrène les pays de l’Est.

Mais de tragiques événements évoquant une antique malédiction vont ébranler la petite communauté… Le sort semble en effet s’acharner sur le clan des Popescu, famille dont les membres occupent des postes clefs… Dernier incident en date : l’incendie de leur scierie…

Avec son ami inspecteur, Florian Lupu, le journaliste d’investigation va mener son enquête pour tenter d’élucider cette étrange affaire que tout semble rattacher à ce château en ruine dont la silhouette imposante semble écraser le bourg… Il y a plus de sept cent ans, cette forteresse médiévale aurait abrité dans ses murs une secte hérétique qui aurait été massacrée par l’Inquisition suite à une trahison…


Le Sanctuaire des Hérétiques, planche du tome 2 © Soleil / Montalbano / Bec / FacioAprès un premier tome qui posait avec art ambiances et personnages, ce second opus voit les choses s’accélérer pour parvenir au dénouement de cette étrange affaire qui nous entraîne à la lisière brumeuse séparant la réalité du fantastique…

La malédiction de Bräncvastel
Ecartelé entre deux époques, le scénario s’avère intrigant et par là-même captivant… L’horreur indicible dont furent témoin les vieilles pierres du château semble se prolonger de nos jours, comme si les fantômes du passé venaient se venger des descendant de celui qui fut à l’origine du massacre de Bräncvastel… Par un flashblack glaçant, le scénariste nous entraîne au cœur des âges sombres, pour suivre le tragique destin d’une secte chrétienne dont on comprend qu’elle prend sa source dans le bogomilisme, mouvement religieux considéré par l’Eglise de Rome comme par l’Eglise orthodoxe comme une hérésie et qui fut, par là-même, combattu, impitoyablement… La transition d’une époque à l’autre s’avère particulièrement fluide, évoquant le formidable travail de Russell Mulcahy sur Highlander.

La rencontre entre Christophe Bec et de Claudio Montalbano apparait d’emblée comme une évidence tant l’intrigue est en parfaite osmose avec le rendu graphique, distillant une atmosphère délicieusement oppressante qui brouille les repères du lecteur qui ne sait pas, jusqu’à l’ultime case, si le récit est ancré dans le réel ou le fantastique… Le Sanctuaire des Hérétiques, planche du tome 2 © Soleil / Montalbano / Bec / FacioA ce tandem très complémentaire, encore faut-il rajouter l’impressionnant Hugo Sebastian Facio dont la colorisation et le travail sur les ombres renforcent le climat suffoquant des planches charpentées par le trait puissant de l’artiste italien.

Porté par une atmosphère délicieusement oppressante soutenue par le trait puissant de Claudio Montalbano et les superbes couleurs de Hugo Sebastian Facio, ce diptyque de Christophe Bec met en scène un journaliste d’investigation qui va être confronté à l’irrationnel alors qu’il venait chercher un peu de calme dans cette région reculée des Carpathes pour y rédiger un article retentissant sur la corruption qui gangrène les pays de l’Est…

Joliment orchestré, l’intrigue se déroule sur deux époques, à sept siècles de distance, alors qu’une sinistre malédiction semble frapper les membres du clan qui se partage le pouvoir sur la petite bourgade…

Cette première enquête d’Angel Cimarron en appelle clairement d’autres, d’autant que l’association entre le scénariste et le dessinateur apparaît d’emblée comme une évidence tant leur travail semble en parfaite osmose…


- De quoi parlez-vous ? Quel massacre ?
- En ces temps-là, les membres d’une secte païenne étaient pourchassés jusqu’à Bräncvastel, où le seigneur les protégeait. Un jour, à l’aube, des hommes de l’inquisition ont pénétré dans le bourg et son montés jusqu’au château… Personne ne sait ce qui s’est réellement passé, mais le chevalier Teodor Nica n’a jamais été revu après cette journée… Ni les membres de cette secte qui s’étaient abrités derrière les hauts murs du château de Bräncvastel. Néanmoins, il est aisé de penser qu’ils ont tous été massacrés… exterminés jusqu’au dernier !dialogue entre l’inspecteur Florian Lupu et Cristian Popescu.
Chronique by Le Korrigan