★★★★☆ Le dessous des cartes
Le piège américain - les dessous de l'affaire Alstom, planche de l'album © Delcourt / Duphot / Pierucci / Aron14 Avril 2013, Aéroport JFK, 20 heures. Frédéric Pierucci, patron d'une filiale d'Alstom, est arrêté par le FBI dès sa descente d’avion.

Il ne sera qu’un pion dans ce qu’il convient d’appeler «l’affaire Alstom », une formidable machination politico-judiciaire qui devait contraindre le PDG du fleuron de l’industrie française à vendre sa branche Energie à l’entreprise américaine General Electric.


Dans un film, il ne manquerait à cette histoire hallucinante qu’un ingrédient : la crédibilité. Comment croire une seconde qu’un Etat s’érige gendarme du monde et se donne le droit de juger toute personne en infraction pour peu qu’il ait un lien, même ténu, avec lui ? Et pourtant… Il suffit par exemple qu’une transaction à la limite de la légalité se règle en dollars pour qu’elle tombe sous le coups de le Foreign Corrupt Patrices Act.

Le piège américain - les dessous de l'affaire Alstom, planche de l'album © Delcourt / Duphot / Pierucci / Aron
le témoignage glaçant d’un homme pris dans les rouages d’une édifiante machination
Récompensé par le prix littéraire Nouveau Droit de l’Homme, le Piège Américain fut d’abord un bouquin avant d’être une bande dessinée, un livre coécrit par Frédéric Pierucci lui-même et le journaliste Matthieu Aron, qui travaillait alors à la cellule investigation de Radio France. Sa transposition en bande-dessinée s’avère tout aussi passionnante que le livre et rend cet incroyable récit accessible à un plus large public… Car, étrangement, malgré le formidable retentissement qu’aurait du avoir cette affaire, la presse et les médias ne l’a que peu relayée… On nous a parlé longuement de la guerre froide, mais la guerre économique que se livrent des pays pourtant alliés est proprement ahurissante.

Le témoignage de Frédéric Pierucci se lit comme un véritable thriller. Il nous entraîne dans les coulisses de système carcéral et judiciaire américain qui se glorifie d’être la première démocratie du monde mais qui piétine les droits de l’homme lorsque des milliards de dollar sont en jeu : cette affaire révèle que le système judiciaire américain n’a rien d’indépendant et est tout dévoué aux grandes entreprises américaines, son action s’apparentant ni plus ni moins à du racket à grande échelle.
Dans cet improbable labyrinthe judiciaire, on suit l’ex-responsable d’Alstom dans ses déboires et démêlés, l’accompagnant dans cet oppressant ascenseur émotionnel qu’il empreinte durant les mois qui se sont écoulés entre son arrestation et sa libération… Enfermé avec les pires criminels dans des prisons insalubres, ne pouvant même pas faire confiance à ses avocats, il ne tint bon que grâce à ses proches qui ont été pour lui un soutien sans failles… Les ramifications de cette affaire qui s’étendent jusqu’au plus hautes sphères de l’état rendent son témoignage plus édifiant encore…

Le piège américain - les dessous de l'affaire Alstom, planche de l'album © Delcourt / Duphot / Pierucci / AronHervé Duphot, dessinateur de l’intimiste Jardin de Rose ou du romanesque L'apache & la cocotte, adopte un style plus épuré pour mettre en scène ce documentaire. Son approche graphique nous immerge littéralement au cœur de cette enquête sidérante et rende le propos particulièrement fluide.

Comme l’indique le titre, Le Piège Américain - les dessous de l'affaire Alstom nous entraîne dans les coulisses de l’Affaire Alstom.

Adapté du livre éponyme et joliment mis en image par le trait concis et précis de Hervé Duphot, l’album se présente sous la forme d’une enquête journalistique édifiante menée par la cellule investigation de Radio France alors dirigée par Matthieu Aron. La principale source n’est autre que Frédéric Pierucci, ex-responsable d’une filiale d’Alstom qui s’est retrouvé au cœur d’une affaire politico-judiciaire qui dans un film n’aurait pas été crédible de par son ampleur.

Un album passionnant et édifiant qui se lit comme un excellent thriller.


Ce que le procureur voulait, c’est que je devienne un indic au sein d’Alstom pour leur communiquer des infos ! Evidemment, la demande était floue… Vous auriez fait quoi, vous, joué la taupe ? De quoi pouvaient-ils réellement m’accuser ? C’était certainement du bluff, Alstom allait verser une caution et je serais sorti dans quelques heures.Frédéric Pierucci
Chronique by Le Korrigan