★★★☆☆ Forger la légende
Black Beard, planche du tome 2 © Glénat / Delitte / DelitteDans les premières décennies du XVIIIe siècle, le romancier Daniel Defoe se déplace de prisons en prisons pour y recueillir les témoignages de criminels accusé de piraterie.

Dans une des sombres geôles de la prison londonienne de Marshalsea, il fait la rencontre d’un homme accusé d’avoir côtoyé le célèbre Edward Teach dont le surnom fit trembler plus d’un marin : Black Beard… Mais l’homme prétend n’être qu’une victime du pirate de sinistre mémoire. Clamant son innocence et lui confie son histoire…


Beaucoup considèrent que derrière le pseudonyme du Capitaine Charles Johnson, auteur de la célèbre Histoire générale des plus fameux pirates qui fixa durablement la figure archétypale du pirate, se cache la plume de Daniel Defoe. De récentes recherches l’attribueraient plutôt à l’écrivain britannique Nathaniel Mist mais il est plus que probable que Defoe apporta sa pierre à l’édifice.

de l’histoire véridique du plus célèbre des pirates britannique à la légende de Black Beard
S’appuyant sur cette idée, si ancrée dans l’imaginaire collectif qu’elle en devient une presque vérité, Jean-Yves Delitte tisse un récit entraînant mettant en scène le célèbre auteur de Robinson Crusoë que l’on retrouve dans une geôle crasseuse à interroger un prisonnier qu’on soupçonne d’avoir servi sous les ordres du terrible Black Beard et qui aurait été arrêté à bord du sloop l’Adventure où le célèbre pirate mena son ultime combat. Le récit du prisonnier nous permet de vivre les dernières aventures du pirate, moins épique et flamboyantes que sa légende, mais sans nul doute plus proches de la véracité historique.

Black Beard, planche du tome 2 © Glénat / Delitte / DelitteMais l’originalité du récit réside dans le fait qu’il est conté par un prisonnier désireux de sauver sa peau et de se dédouaner des crimes qu’on impute à son capitaine… Les dialogues et les reformulations du prisonnier distillent peu à peu un doute insidieux et la fin s’avère magistrale. Car si on se doute que Defoe utilisera cette matière pour écrire son chapitre sur Black Beard, s’appuyant et sublimant des éléments factuels pour forger la formidable légende que l’on sait, la chute replace le récit dans une toute autre perspective par un twist aussi savoureux qu’impromptu qu’il ne nous appartient pas de révéler ici.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un peintre officiel de la marine et d’un membre titulaire de l'Académie des Arts et Sciences de la Mer, les scènes maritimes sont de toute beauté, donnant à voir de magnifiques bâtiments reconstitués avec soin et minutie, manœuvrant avec force détails sur un océan remarquablement bien rendu. Armes et costumes apportent eux aussi sa crédibilité au récit et contribuent à immerger le lecteur dans ce qu’on appellera plus tard l’Âge d’Or de la Piraterie. Les couleurs de Douchka Delitte s’avèrent très élégantes, soignant tout particulièrement la lumière éclairant chaque scène…

Black Beard, planche du tome 2 © Glénat / Delitte / DelitteSuperbement mis en images par Jean-Yves Delitte, Peintre officiel de la Marine, ce récit historique nous conte la vie de Edward Teach, alias Black Beard, l’un des plus célèbre pirate de l’histoire de la flibuste.

Censément rapporté par un prisonnier ayant fait partie du dernier équipage du célèbre pirate, le récit s’avère moins épique et flamboyant que celui présenté dans les pages de l’Histoire générale des plus fameux pirates que beaucoup attribuent à Daniel Defoe… Mais elle s’avère sans nul doute plus proche de la réalité ! C’est d’ailleurs ce même Defoe qui recueille ce témoignage de première main et y puisera matière à écrire un chapitre de ce livre qu’il aurait signé sous le pseudonyme de Capitaine Charles Johnson.

La structure originale de l’histoire laisse entrevoir les faits d’armes relatés dans ce fameux ouvrage, sublimé par la plume de son auteur pour forger la légende des Frères de la Côte… Et ces doubles récits, enchâssés l’un dans l’autre, apportent tout son sel à ce diptyque avec une fin particulièrement savoureuse qui remet le témoignage de l’innocent pirate dans une tout autre perspective…


- Sacré personnage, ce Black Beard ! T’entends ce qui se raconte ?
- Pfff ! Un forban des mers comme tous les autres !
- Comme tous les autres ?
- L’a pas fini au bout d’une corde ?
- Sais pas, j’attends de connaître la suite de l’histoire…

Chronique by Le Korrigan