★★★★★ Pour l’amour du western
Go West Young Man, planche de l'album © Bamboo / Gastine / OgerLorsque Tiburce Oger a annoncé qu’il travaillait sur un album-concept auquel allaient participer des pointures du neuvième art, l’amateur de western ne pouvait que guetter avidement la sortie… Et force est de reconnaître qu’à part Giraud (qui a une excellente excuse), Hermann, Armand, Rosiński, Bonhomme et Swolf qui manquent à l’appel (et j’en oublie sans doute plus d’un !), la tête d’affiche a de quoi donner le tournis aux amateurs les plus exigeants. Et, lorsqu’elle a été dévoilée, la somptueuse couverture dessinée par l’impressionnant Enrico Marini n’a fait qu’aiguiser notre intérêt déjà passablement affûté. Difficile d’attendre pour se lancer dans ce qui s’annonçait déjà comme un monument du genre…

En feuilletant (évidemment frénétiquement !) l’album, on pourrait se laisser aller à croire qu’il propose quatorze courts récits indépendants de quelques pages chacun, une sorte de recueil de nouvelles ayant pour thématique le western… Certes, au vu des auteurs participant à ce collectif, un tel album aurait déjà été digne d’intérêt… Mais c’était méconnaître la fascination qu’exerce sur Tiburce Oger l’histoire de la conquête de l’Ouest dont il a déjà exploré les pistes poussiéreuses à travers sa fantastique Piste des Ombres, son remarquable Buffalo Runner ou son envoûtant Ghost kid

Go West Young Man, planche de l'album © Bamboo / Herenguel / Prugne
une affiche de rêve pour un formidable western historique
Les différents récits constituant l’album dont chacun est confié à un dessinateur différent ne sont pas des histoires disparates… Elles sont reliées entre elles par un fil rouge, ou plutôt deux : le premier, une superbe montre à gousset en or mise en vente, en 1938 par un fermier ruiné au Nouveau Mexique… Remontant le temps, on va suivre l’histoire de cette montre qui, passant d’un personnage à l’autre au fil des récits, sera l’élément narratif commun à chacun d’entre eux… Et au vu du destin souvent tragique de bon nombre de ses propriétaires, on peut légitimement se demander si la montre ne porte pas la poisse… Mais l’autre lien, plus fort encore, c’est que, mis bout à bout, l’ensemble de ces quatorze histoires balayent l’histoire des Etats-Unis d’Amérique en général et de la conquête de l’Ouest en particulier : des pionniers aux trappeurs du XVIIe siècle, de l’épopée du Pony Express à la Guerre de civile, des Guerres Indiennes aux outlaws, de la découverte des gisements de pétrole en passant par la Révolution mexicaine et la Grande Dépression… Une histoire pleine de rêves parfois brisés, de drames, de tragédies et de passions et dont la toquante sera le témoin muet…

Go West Young Man, planche de l'album © Bamboo / Herenguel / Labiano / Maffre
Revenir aux sources du mythe
S’éloignant autant des clichés hollywoodiens que des western spaghettis et laissant les stéréotypes véhiculés par le cinéma sur le bord de la piste, l’album s’ancre dans la réalité historique. Cohérents et crédibles, chacun des récits a pour cadre un de ces moments charnière qui ont fait cette jeune nation cosmopolite, avec ses zones d’ombres : génocide amérindien, racisme, pauvreté, condition féminine… et cette propension à régler tous les problèmes avec un peu de poudre, des larmes et du sang…

Interprétant avec virtuosité l’impeccable partition de leur chef d’orchestre, chacun des dessinateurs et coloristes ayant œuvré sur l’album semble avoir pris un réel plaisir à participer à cette aventure un peu folle. Chacun y a apporté son talent et son savoir-faire, conservant sa personnalité et son style propre tout en habitant pleinement le court mais intense récit qu’il devait à mettre en scène. Etrangement, de voir ces pointures ne signer que quelques pages de l’album n’a rien de frustrant tant le résultat final s’avère cohérent et à la hauteur de nos plus folles espérance.

Go West Young Man, planche de l'album © Bamboo / BertailNé du projet un peu fou de réunir dans un même album des pointures du neuvième art autour d’un western, Go West Young Man faisait partie des albums les plus attendus de cette fin d’année…

Malgré les apparences, n’allez pas croire qu’il s’agisse d’un recueil de courts récits disparates construits autour de la thématique du western ! Non, les histoires sont reliées entre elles par une montre en gousset en or qui va passer de main en main et qui, au cours des quatorze chapitres, sera le témoin de cent cinquante ans d’histoire de l’Amérique et de la conquête de l’Ouest… S’éloignant du western hollywoodien comme des western spaghettis, l’album dépoussière le mythe pour revenir aux sources, à ces hommes et femme dont les destins croisés ont forgé une nation…

Comme on s’en doute somptueusement mis en images par de talentueux artistes réunis par la passion commune du western et par Tiburce Oger, scénariste audacieux et inspiré, cet album est d’ores et déjà un monument du neuvième art, absolument incontournable pour tout amateur d’excellent western…


Nous avons tous nos rêves, nos espoirs.Miss Sublette

Chronique by Le Korrigan