★★★★☆ A la lumière de la haine
Vendetta, la vengeance des oulianov, planche de l'album © Steinkis / Bonaccorso / DedolaLe 11 mai 1887, Alexandre Oulianov est pendu avec cinq autres prisonniers pour avoir projeté d’attenter à la vie du Tsar Alexandre III. Jusqu’alors respectée, sa famille va souffrir d’un ostracisme social. Fortement ébranlé par la mort de son frère et devenu par la force des choses soutien de famille, son jeune frère Vladimir allait nourrir une haine féroce à l’égard de la famille Romanov.

Quelques années plus tard, Vladimir Ilitch Oulianov, devenu Lénine, ne cessera d’œuvrer pour abattre la dynastie des Romanov et de fomenter une révolution prolétarienne…


Personnage emblématique de la révolution russe, l’action politique de Lénine est connue de tous. Développant des idées d’inspiration marxiste, il place le parti au cœur de la lutte des classes et de la dictature prolétarienne. Revenu en Russie après la révolution de février et l’effondrement du régime tsariste, il prend les rênes du pouvoir après la Révolution d’Octobre… Ses positions radicales contre ses opposants politique et sa conception du pouvoir, faisant fi des libertés individuelles, lui attirent bien des inimités… Vendetta, la vengeance des oulianov, planche de l'album © Steinkis / Bonaccorso / DedolaEt si toutes ses actions n’étaient guidées que par la haine viscérale qu’il voue aux Romanov qui ont tué son frère et causé la déchéance des Oulianov ? Si l’ensemble de son parcours politique était uniquement guidé par cette obsession ?

l’implacable vengeance de Vladimir Ilitch Oulianov
C’est le postulat de base sur lequel Loulou Dedola base sa biographie sans concession d’une des grandes figures politiques du XXe siècle. Il nous brosse un portrait contrasté et sans concessions d’un homme ambigu, froid et déterminé. Comme de coutume, le scénariste, à qui l’on doit notamment le glaçant 419 American Mafia et le très politique Jeux d’Ombre appuie son récit sur une solide documentation pour retranscrire le parcours tortueux du militant marxiste. Et force est de reconnaître que son itinéraire semble parfaitement cohérent à la lumière de la haine qui pouvait légitimement l’animer, des premiers engagements politiques au sanglant massacre d’Ekaterinbourg en passant par des rencontres déterminantes, telles celles de Trotski ou Koba, alias Staline. Le récit s’avère joliment structuré, avec une fin poignante où l’on devine un Lénine, s’approchant de la fin de sa vie, comprendre avec tristesse et amertume qu’il avait trahit les idéaux de son frères, pervertis sur l’autel de la vengeance…

Le dessin de Lelio Bonnaccorso s’avère particulièrement élégant. Son trait est rehaussé par la couleur du papier et un encrage souple rehaussé d’ombres savamment esquissées qui donnent un relief saisissant à l’ensemble. Vendetta, la vengeance des oulianov, planche de l'album © Steinkis / Bonaccorso / DedolaSon usage parcimonieux du rouge qui n’apparait que sur les drapeaux confèrent une identité graphique forte à l’album dont la maquette de la couverture attire d’emblée le regard…

Loulou Dedola nous propose une biographie sans concession d’un des personnages politiques éminents du XXe siècle Lénine…

Retraçant son engagement et son parcours politique tortueux de son adolescence tourmentée à sa prise de pouvoir après la chute retentissante du régime tsariste, le scénariste se propose de démontrer que le charismatique leader de la Révolution d’Octobre 1917 était mu par une haine farouche des Romanov qui ont condamné à mort Alexandre Oulianov, son grand frère, après qu’il eut tenté d’attenter à la vie du Tsar…

L’élégant dessin de Lelio Bonnaccorso, subtilement rehaussé par la couleur du papier utilisé et des ombres savamment posées, sert remarquablement ce récit historique aussi édifiant que solidement documenté…


- La famine saisit et le pouvoir a peur de notre influence grandissante dans le milieu paysan. Il faut absolument venir en aide aux serfs et aux moujiks.
- Dans les campagnes, les gens meurent de faim. Il faut organiser la solidarité.
- Non ! Il ne faut surtout pas intervenir !
- Mais des femmes et des enfants meurent de faim !
- Leur venir en aide, c’est retarder la chute des Romanov. Rien ne doit retarder la chute des Romanov.dialogue entre Lénine et des révolutionnaires

Chronique by Le Korrigan