★★★★☆ L’édifiante guerre secrète
Hitler est mort !, planche du tome 2 © Glénat / Pagliaro / BrisardVoilà près d’un mois que la guerre est finie. Berlin n’est plus qu’un champ de ruine. Alors que ses soldats mourraient pour le défendre, Hitler s’est suicidé dans son bunker… A moins que la vérité ne soit tout autre…

Si la seconde guerre mondiale s’est achevée, une guerre de l’ombre commence entre deux piliers de l’URSS : le Smerch (acronyme russe signifiant « Mort aux espions »), service de contre-espionnage russe dirigé par l’impitoyable Viktor Abakoumov et le NKVD, sinistre police politique dirigée d’une poigne de fer par Lavrenti Beria, figure clé du pouvoir sociétique. L’Enjeu ? Le cadavre d’Hitler…

Le Smersh a annoncé un peu vite à Staline qu’il avait mis la main sur le corps du Führer pour mettre fin à la compétition qui l’opposait à Beria… Mais ce dernier n’a pas joué sa dernière carte et compte bien prouver que le Smersh a délibérément trompé Staline. La guerre à mort que se livrent Smerch et NKVD reprend de plus belle et les deux camps sont prêts à tout pour l’emporter et discréditer l’autre aux yeux du tout puissant Staline. Hitler est mort !, planche du tome 2 © Glénat / Pagliaro / BrisardY compris à monter la plus grande entreprise de manipulation, de désinformation et d’intoxication des débuts de la Guerre Froide…


le récit hallucinant d’une des plus grandes manipulation du début de la Guerre Froide
Hitler est mort ! est une série hallucinante qui nous entraîne dans les coulisses d’une des plus grandes manipulation de l’histoire et nous entraîne au cœur d’une guerre de l’ombre que se livrent Smersh et NKVD pour s’attirer les bonnes grâces du Petit-Père des Peuple. Dans cette lutte à mort, le vaincu perdra tout et Lavrenti Beria, dirigeant du NKVD n’est pas du genre à rendre les armes sans se battre…

Solidement documenté, le récit de Jean-Christophe Brisard est aussi fascinant qu’hallucinant. Il prend appuis sur la rivalité qui oppose depuis 1943 Abakoumov et Beria qui ne s’achèvera qu’en 1953 pour tisser un récit délicieusement alambiqué et rythmé par les revers que connaissent l’un et l’autre camp. L’énergie dépensée par les deux services pour discréditer l’autre et s’attirer les bonnes grâces de Staline conjugué à l’atmosphère de méfiance généralisée et la paranoïa qui ronge chacun des protagoniste retranscrit avec une redoutable efficacité le climat délétère qui régnait alors dans la Russie soviétique et préfigurait aux purges à venir. Hitler est mort !, planche du tome 2 © Glénat / Pagliaro / BrisardL’ambiance étouffante de Berlin fait écho à celle distillée par le talentueux Nicolas Juncker dans son remarquable Seules à Berlin qui abordait déjà cette formidable mystification historique de la survivance d’Hitler…

Jounaliste diplômé en histoire et en géopolitique, le scénariste est l’homme qui a mené une enquête sur les mystères entourant la mort d’Hitler avec son confrère russo-américain Lana Parshina. Tous deux ont obtenus que les supposées dents du Führer, conservées dans les archives du quartier-général du FSB, soient expertisées par Philippe Charlier, médecin légiste. Les analyses ne laissent plus place au doute : Adolf Hitler a bien trouvé la mort à Berlin, en avril 1945. Mais la mystification orchestrée par les russes pour laisser croire à sa survivance n’en reste pas moins sidérante…

Le style très particulier de Alberto Pagliaro participe grandement à instaurer cette ambiance oppressante d’autant que ses couleurs, avec ses dominantes de rouges, verts et ocres donnent un air presque irréel à l’ensemble. Son trait nerveux et anguleux met en scène des personnages expressifs qui savent qu’ils jouent leur vie à ce jeu de dupes généralisé et que le moindre faux pas pourrait leur être fatal. La couverture montrant Abakoumov et Beria se faire face et se défier est une indéniable réussite graphique qui donne d’emblée le ton de l’album…Hitler est mort !, planche du tome 2 © Glénat / Pagliaro / Brisard

Second volet de la trilogie, Mort aux espions ! relate la violente et impitoyable guerre de l’ombre que se livrèrent Abakoumov et Beria, mobilisant les ressources du Smerch et du NKVD pour discréditer leur adversaire et s’attirer les bonne grâces de Staline.

Le dessin anguleux et expressif d’Alberto Pagliaro sert remarquablement le scénario ciselé et solidement documenté de Jean-Christophe Brisard. Son histoire nous entraîne dans un Berlin en ruine pour un duel au sommet entre Beria et Abakumov, décrivant avec précision la formidable campagne d’intoxication qui s’en suivit autour de la survivance d’Hitler… Le scénariste de cette jubilatoire trilogie n’est autre que le journaliste, dont l’enquête, signée avec son confrère russo-américain, a prouvé de façon incontestable qu’Hitler était bien mort le 30 avril 1945…

Ce second tome d’Hitler est mort ! poursuit un récit historique aussi passionnant qu’édifiant qui en dit long sur le climat délétère de la Russie stalinienne des prémices de la Guerre Froide…


- Votre dossier camarade Beria, vous l’avez oublié…
- Imbécile ! Tout est foutu ! Reste dans la voiture !
- Eh bien voilà notre cher maître du NKVD qui perd ses nerfs. Qu’est-ce qui est foutu camarade Beria ?
- Oh, rien de spécial mon cher Viktor Abakumov. Juste un traître qui n’a pas résisté à un interrogatoire. Il est mort !
- Bien sûr, bien sûr… Mais parlons du cadavre d’Hitler. Sa présentation est reportée. Le corps était trop fragile pour qu’on le transporte de Berlin à ici. Staline se rend en Allemagne se rend en Allemagne le mois prochain. Pour la réunion avec Churchill et Truman. Il verra les restes d’Hitler à ce moment-là… S’il le désire. Mais j’en doute fort. Je l’ai prévenu que le Führer était méconnaissable. Je pense l’avoir convaincu…dialogue tendu entre Beria et Abakumov

Chronique by Le Korrigan