★★★★☆ Dans l’intimité d’un grand acteur
Jean Gabin - L'homme aux yeux bleus, planche de l'album © Glénat / Bizzarri / SimsoloJean Gabin est une figure incontournable du cinéma français, aux côtés de Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Fernandel, Delon, Bourvil ou de Funès… Passionné de cinéma, Noël Simsolo revient sur l’itinéraire de cet homme entier qui devint acteur presque par hasard alors qu’il rêvait d’une vie simple…

Né dans une famille d’artiste, il est toujours resté attaché à la terre et, sachant que le succès pouvait être éphémère, il a investi une part de se cachets dans l’achat de terres et d’un cheptel et vécu difficilement le rejet des paysans qui voyaient dans ces investissements une lubie d’artiste.

l’homme dans le miroir
Si l’album s’avère si prenant, c’est que le « montage » réalisé par Noël Simsolo s’avère tout juste impeccable. Jean Gabin - L'homme aux yeux bleus, planche de l'album © Glénat / Bizzarri / SimsoloPrenant la guerre comme pivot, il nous montre d’abord un Jean Gabin attendant le défilé de la libération d’une chambre d’hôtel donnant sur les Champs Elysée… Alors qu’il a refusé de défiler, presque comme s’il n’en sentait pas digne, se sentant plus acteur que soldat, il se regarde dans le miroir comme on regarde dans un rétroviseur et se souvient de son enfance et de ses débuts devant la caméra. S’imposant tout d’abord grâce à un physique imposant et d’incroyables yeux bleus, sa carrière connut un coup d’arrêt avec la guerre…
Parti dès qu’il le put aux Etats-Unis où il fut suspecté d’être un espion, il ne supportait pas l’oisiveté et ne se voyait pas finir sa vie en Amérique si la victoire des nazis, qu’il avait vu à l’œuvre lors d’un tournage en Allemagne dans les années 30, devenait une réalité… Il s’engagea ainsi dans les Forces Françaises Combattantes et, refusant tout privilège qu’aurait pu lui apporter sa notoriété, c’est sous son vrai nom, Moncorgé, qu’il revêtit l’uniforme, participant à la libération de la poche de Royan, à la campagne d’Allemagne qui le conduit au Nid d’Aigle d’Hitler, ce qui lui valut d’être décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre…

La deuxième moitié de l’album s’intéresse à sa seconde carrière, entamée après-guerre tandis que d’autres, plus jeunes, occupaient les devants de la scène et attiraient à eux le feu des projecteurs. Il n’avait plus le physique du jeune premier qu’il était avant-guerre et dû abandonner ce rôle à de nouveaux venus, tels Jean Marais ou Gérard Philippe… Jean Gabin - L'homme aux yeux bleus, planche de l'album © Glénat / Bizzarri / SimsoloMais il connut de nouveaux le succès et sa rencontre avec Jacques Audiard allait relancer durablement sa carrière… Séducteur, sa vie sentimentale était souvent en phase avec ses tournages et plusieurs des femmes qui partagèrent sa vie à l’écran la partagèrent aussi dans la vie…

Fidèle en amitié, plus qu’en amour, il pouvait avoir la rancune tenace et se brouiller durablement avec quelqu’un qui l’avait déçu… Son histoire d’amour avec Marlène Dietrich à qui il refusa de reparler et qu’il ne revit jamais après qu’elle soit reparti aux Etats-Unis donne la mesure de l’opiniâtreté de l’homme… Particulièrement exigeant, l’artiste choisissait avec soin ses partenaires de tournage, nouant de solides amitiés dans le métier… tout en étant intransigeant avec les emmerdeurs. Chargée en émotions, la dernière séquence de l’album s’avère particulièrement belle…

Le dessin de l’italien Vincenzo Bizzarri s’avère d’une rare élégance. Sa colorisation pertinente empêche le lecteur de se perdre dans les différentes époques où se déroule le récit et, grâce au scénario ciselé de son complice qu’il retrouve deux ans après avoir signé 1789, trace une frontière tout à la fois tangible et évanescente entre l’acteur et l’homme tout en rendant un hommage appuyé à la filmographie de ce monstre sacré du cinéma. Jean Gabin - L'homme aux yeux bleus, planche de l'album © Glénat / Bizzarri / Simsolo

Passionné de cinéma, Noël Simsolo rend avec cet album un hommage appuyé à l’un des monuments du cinéma français : Jean Gabin.

Composant un portrait saisissant d’un homme entier et de l’acteur populaire exigeant qui choisissait ses partenaires, le scénariste revient aussi sur son engagement dans les Forces Françaises Combattantes alors qu’il s’était exilé aux Etats-Unis après la débâcle et l’exode comme sur sa vie sentimentale riche et foisonnante et les amitiés sincères qu’il a noué dans le métiers avec des acteurs tels Fernandel, Ventura, Blier, Belmondo, ou Delon…

Porté par le trait parfaitement maîtrisé de Vincenzo Bizzarri, Jean Gabin - L'homme aux yeux bleus ravira les amoureux du septième art en général et de Gabin en particulier…


- Quand vous n'aimez pas quelqu'un, ce n'est pas la peine que cette personne insiste.
- C'est exact.
- En revanche, quand vous aimez les gens, vous leur demeurez fidèle.
- Je vais vous dire, François, quand on arrive à un certain âge et surtout dans cette profession, qu'on se dit qu'il ne reste que tant d'années à travailler ou même à vivre... C'est un métier tellement fatigant où l'on est déprimé souvent, alors si encore il fait par-dessus le marché travailler avec des gens qui ne vous plaisent pas... C'est la fin des haricots !dialogue entre François Chalais et Jean Gabin

Chronique by Le Korrigan