★★★☆☆ La naissance du mythe
L'Homme de l'Année, planche du tome 19 © Delcourt / Aleksic / de Lornières / ScarlettVallée du Rhône, 1687. Protégé par des mousquetaires, un convoi remonte vers Paris. Transportant un étrange prisonnier dont le visage est caché derrière un masque de fer, il ne manque pas d’attirer l’attention des habitants des villes et des villages traversés, réjouissant Bénigne Dauvergne de Saint-Mars…

Cinq ans plus tôt, l’homme régnait sur le fort de Pignerol, dans le Piémont, qui abritait des prisonniers parmi les plus les plus importants du royaume de France : Ercole Antonio Mattioli, diplomate italien qui aurait trahi la confiance de Louis XIV, Nicolas Fouquet, le surintendant des finances du Roi Soleil ou le turbulent duc de Lauzun qui aurait été manqué de respect à Mme de Montespan… Saint-Mars doit organiser le quotidien de ceux qui furent de puissants personnages avec les maigres subsides accordés par le puissant marquis de Louvois…


l’identité du Masque de Fer enfin révélée ?
Sans doute grâce au génie de Dumas et de son fameux Le Vicomte de Bragelonne, l’histoire du Masque de Fer fait partie, avec la survivance de Napoléon, ou l’appartenance de Jeanne d’Arc à la Maison d’Orléans, de ces grandes énigmes qui ont fasciné des générations d’historiens en herbe, de romanciers et de scénaristes…

L'Homme de l'Année, planche du tome 19 © Delcourt / Aleksic / de Lornières / ScarlettPour son premier album, Antoinette de Lornières revient aux sources du mythe… Mais ce n’est pas à proprement parler la vie du célèbre Masque de Fer qu’elle se propose de nous conter, mais celle de celui qui fut son geôlier de Pignerolles à l’Île Sainte-Marguerite jusqu’à la mort de son mystérieux prisonnier à la Bastille en 1706, et que l’autrice décrit comme étant l’homme qui forgea le mythe. L’hypothèse est audacieuse et pour lui donner plus de force, la scénariste s’attarde sur chacun des prisonniers qui aurait pu être le fameux Masque de Fer… Le puzzle narratif se met en place par petites touches, pour aboutir à l’explication de l’étrange première séquence de l’album. On voit peu à peu la révélation finale se mettre en place et si on la subodore, elle n’en reste pas moins efficace et savoureuse… Car l’identité de l’homme au masque de fer n’est pas la seule entorse faite à l’histoire, la mort de Fouquet, certes sujet à plusieurs interprétations, s’inscrit ici dans un contexte épique et romanesque particulièrement impromptu…

Le dessin réaliste de Vladimir Aleksic immerge le lecteur au cœur du Grand Siècle avec force détails et plante le décor de l’imposant fort de Pignerol avec maestria. L'Homme de l'Année, planche du tome 19 © Delcourt / Aleksic / de Lornières / ScarlettSes crayons donnent vie à des personnages hauts en couleur qui interagissent au cœur de cette forteresse-prison, de l’exubérant Lauzun au pingre Saint-Mars, du prêtre pré-révolutionnaire au valet Danger sans oublier l’espion diplomate ou Fouquet, puissant déchu enfermé dans une prison dorée…

Avec son premier album, Antoinette de Lornières nous entraîne dans les coulisses de la naissance du mythe du Masque de Fer…

Servi par le trait réaliste de Vladimir Aleksic, son récit nous entraîne dans le Piémont, au cœur du puissant fort de Pignerol où sont enfermés d’éminents prisonniers sous la garde de Bénigne Dauvergne de Saint-Mars : Nicolas Fouquet, qui a eu l’outrecuidance de faire de l’ombre au Roi Soleil, le Duc de Lauzun qui a commis l’erreur d’offenser la Montespan ou Mattioli, diplomate italien qui a trahit la confiance du roi…

L’audacieuse hypothèse avancée par l’autrice s’avère originale et savoureuse et s’inscrit dans une veine très dumasienne pour les libertés qu’elle prend avec l’histoire officielle et son aspect éminemment romanesque…


Voyez, Rosarges, je pense qu’on a réussi notre coup.Bénigne Dauvergne de Saint-Mars

Chronique by Le Korrigan