★★★★☆ Le spectre du franquisme
Affaires d'Etat, Extrême Droite, planche du tome 2 © Glénat / Wachs / Richelle / Bocato1978. Francis Dupré, financeur et théoricien du Parti National est abattu et sa femme gravement blessée. En charge de l’enquête, le commissaire Pommard tente de comprendre qui a appuyé sur la détente et qui a commandité le meurtre de l’historien qui travaillait à un livre sulfureux où il s’apprêtait à dénoncer des scandales qui ne manqueraient pas d’éclabousser Maurice Le Guen, ancien député poujadiste et fondateur du PN…

Mais l’enquête piétine : le cadavre de Monique Martin, une informatrice jusqu’alors injoignable, a été retrouvé en forêt de Meudon par un chasseur. L’enquête sur sa mort allait orienter le commissaire vers deux militants maoïstes. On retrouve chez l’un d’eux le fusil à lunette ayant servi à abattre Dupré… Si le tireur est à présent identifié, un troisième homme est désormais recherché : le commanditaire du meurtre…

Mais l’affaire, déjà bien tortueuse, devient plus complexe encore lorsque Pommard apprend que Francis Dupré, pourtant ancien collabo, pointait au Mossad…


Affaires d'Etat, Extrême Droite, planche du tome 2 © Glénat / Wachs / Richelle / Bocato
une plongée en eaux troubles dans les milieux politiques d’extrême-droite dans la France de la fin des seventies
Passionné de politique et d’histoire, Philippe Richelle poursuit sa série-concept consacrée à trois affaires sensibles qui ont ébranlé l’état français. Le scénariste les revisite en s’appuyant sur une base documentaire solide, les noms des principaux protagonistes et du parti d’extrême droite incriminé ayant été modifiés, sans doute pour ne pas être trop enfermé dans le carcan de la vérité historique… à moins que ça ne soit pour éviter d’éventuelles poursuites…

L’enquête menée par le commissaire Pommard s’avère aussi édifiante que capivante. Construite avec un soin méticuleux, elle nous entraîne à la fin des années 70, alors que le Parti National prend de l’ampleur et devient à même de jouer les trublions dans les élections à venir. Philippe Richelle revient sur les origines plus que troubles du Front National (pardon, du Parti National), de ses liens étroits avec les milieux collaborationnistes mais aussi des affaires sordides auxquels ses cadres ont été mêlés, de la captation d’héritage en passant par des meurtres sordides... Mais l’auteur pointe aussi des ramifications plus inattendues de l’extrême droite avec l’Espagne franquiste qui a engagé des anciens de l’OAS pour éliminer des membres de l’ETA sur le sol français, après que cette organisation ait éliminé Luis Carrero Blanco, successeur désigné du Général Franco, de manière pour le moins retentissante…

Affaires d'Etat, Extrême Droite, planche du tome 2 © Glénat / Wachs / Richelle / BocatoCe second opus d’Affaires d'Etat, Extrême Droite s’avère d’autant plus passionnant qu’en scénariste chevronné, Philippe Richelle prend le temps de développer chacun des personnages, complétant le saisissant tableau des années 70 qu’il compose avec le plus grand soin tout en donnant à chacun d’eux la densité nécessaire pour leur donner cette crédibilité qui est la marque des grandes histoires et rendre, par la même, son récit plus prenant encore…

On retrouve au dessin le talentueux Pierre Wachs avec qui le scénariste avait déjà travaillé sur les Guerriers de Dieu, Opération Vent Printanier ou sur les Mystères de la Troisième République. Son remarquable travail sur les décors et les costumes immerge le lecteur dans le crépuscule des années 70 qui marquent la fin des Trente Glorieuse. Le dessinateur use du vocabulaire cinématographique pour dynamiser l’intrigue tout en nous entraînant dans l’intimité des enquêteurs travaillant avec le commissaire Pommard… La colorisation soignée de Claudia Boccato se marie quant à elle très élégamment avec le style caractéristique de l’artiste…

Affaires d'Etat, Extrême Droite, planche du tome 2 © Glénat / Wachs / Richelle / BocatoPhilippe Richelle et Pierre Wachs poursuivent leur plongée au cœur des groupuscules d’extrême droite de la France de la fin des années 70…

S’appuyant sur une base documentaire solide et sur la retentissante affaire Duprat, alors numéro deux du Front National, le scénariste d’Amours Fragiles ou des Mystères de la République tisse un récit fictionnel captivant porté par des personnages complexes et très bien écrits qui lui permettent d’esquisser le portrait saisissant de ce courant politique d’extrême droite alors encore marginal mais qui allait, au fil des années, s’imposer comme l’un des acteurs de premiers plans de la politique française, accédant au second tour de la présidentielle par trois fois.

Porté par le dessin réaliste de Pierre Wachs, Eaux Troubles met à jours plusieurs scandales d’état, pointant bien évidemment les liens étroits entre la France collaborationniste, l’OAS et les partis d’extrême droite, mais mettant à jour les liens moins connus qu’elle avait tissé avec l’Espagne franquiste…


- Ainsi ce sont des agents d’extrême gauche qui ont fait le coup…
- Des Maos, pour être précis.
- Affaire bouclée…
- Pas tout à fait… Ces carnets contiennent des notes sur les habitudes de Dupré. Ce n’est pas Nico qui les a écrites. Riton non plus… Par ailleurs, je ne crois pas Nico capable de commettre un meurtre comme celui de Monique Martin. Il y a donc -au moins- un troisième homme.
- Des indices ?
- Aucun. Mais je vais trouver…dialogue entre J.L Zardi, juge d’instruction, et le Commissaire Pommard
Chronique by Le Korrigan