★★★★☆ une si petite graine…
Seizième Printemps, planche de l'album © Delcourt / YunboLe jour de son cinquième anniversaire, la mère de Yeowoo, jeune renarde, décide de quitter le foyer familial. Ne pouvant pour l’heure s’occuper seule d’elle à cause de son travail, son père la dépose chez son grand-père où vit encore sa tante, une vielle renarde qui attends désespérément un prince charmant qui ne viendra sans doute jamais. Yeowoo ne connaît ni l’une ni l’autre.

La jeune renarde ne comprend pas pourquoi ses parents l’ont ainsi abandonné chez ces étrangers pour un temps indéterminé. Chaque anniversaire lui rappelle cette douloureuse séparation et les années passent sans qu’un lien puisse se construire entre elle et cette famille d’accueil. Et aucun de ses parents ne lui donne la moindre nouvelle ou la moindre explication… La relation entre Yeowoo et sa nouvelle famille est pour le moins houleuse et difficile. Il faut dire qu’accaparée par sa tristesse et ce sentiment de culpabilité qui la ronge, elle leur mène la vie dure !

Paulette est une poule jardinière rejetée par les siens car elle ne peut avoir de poussins. Quittant sa ville natale pour emménager au Village du Renard où tous la regardent d’un drôle d’œil. Tous, sauf Yeowoo… Une étrange relation va alors se nouer entre ces deux solitudes : la jeune renarde sera pour Paulette la fille qu’elle n’a jamais eu et Yeowoo la considèrera bientôt comme sa propre mère qui lui apprendra à cultiver cette petite graine qu’elle cache bien au fond d’elle et que sa tristesse et sa mélancolie empêche de croître et de s’épanouir…

Seizième Printemps, planche de l'album © Delcourt / Yunbo
un récit faussement enfantin
Dans la vie, on ne choisit normalement pas ses parents et certains ne se montrent clairement pas à la hauteur de la tâche. Ceux de Yeowoo sont de cette veine-là. Après un divorce qu’on devine difficile, ils abandonnent leur enfant à un grand-père bien trop vieux pour s’occuper d’elle et à une tante trop immature pour lui apporter l’amour dont la petite a besoin. Elle va donc grandir seule, écartelée entre rébellion et culpabilité, incapable de nouer des relations avec ses camarades de classe, dont elle se sent trop différente… Jusqu’à ce qu’elle rencontre une adorable poule solitaire qui vit seule, elle aussi…

La rencontre de ces deux solitudes est emmenée avec finesse et subtilité par la talentueuse Yunbo. Au fil des jours, des mois et des années, toutes deux vont apprendre à se connaître, à s’apprécier et à s’apprivoiser. Et Paulette deviendra sa mère de substitution qui lui donnera l’attention et l’amour indispensable pour permettre à Yeowoo de reprendre confiance en elle, de grandir et de s’épanouir…
Seizième Printemps, planche de l'album © Delcourt / Yunbo
Le format atypique de l’ouvrage et sa pagination généreuse permet à l’autrice coréenne de prendre le temps d’installer et de développer ses personnages, décrivant avec finesse les tourments de cette gamine que sa nouvelle famille considère comme de la mauvaise graine car, trop égoïstes, ils ne prennent pas le temps de la connaître, de la comprendre, et encore moins de chercher à l’aider à trouver sa place et apaiser ses tourments. L’artiste nous offre de somptueuses planches sublimées par des aquarelles d’une grande douceur qui contrastent et atténuent l’âpreté de la première partie du récit et nous offre, dans la seconde, de purs moments de grâce en nous donnant à ressentir le bonheur de Yeowoo lorsqu’elle accepte l’aile tendue par la sage poulette et que, comprenant qu’elle n’est en rien responsable de la séparation et du comportement indigne de ses parents qui l’ont abandonné, comme pour tourner une page trop douloureuse de leur vie, se donne le droit de grandir, de s’épanouir et de commencer à tracer son propre chemin de vie…
Seizième Printemps, planche de l'album © Delcourt / Yunbo
Seizième Printemps est l’une de ces délicieuses surprises de cet étrange printemps.

S’amorçant comme une histoire classique de séparation d’un couple qui ne s’aime plus, le récit de l’autrice coréenne aborde la douloureuse thématique de l’abandon et du placement en famille d’accueil peu à même de répondre aux besoins d’attention et d’amour d’une gamine de 5 ans abandonnée par ses parents… Mais sa rencontre une poulette jardinière rejetée par les siens allait changer sa vie et lui donner la force de se relever et d’oser avancer sur le chemin de la vie…

Le travail graphique de Yunbo est une petite merveille de tendresse et de douceur et on ne peut que tomber sous le charme de ses aquarelles somptueuses et de ses compositions qui nous font passer, à la suite de la jeune renarde, de la mélancolie au bonheur, avec une facilité désarmante…


- C’est beau le printemps. Même si les fleurs de cette année se fanent, d’autres fleuriront l’années prochaine, au bon moment…
- Oui, chaque fleur a un temps limité qui lui est propre, mais elle sait quand arrive le bon moment.
dialogue entre Paulette et Yeowoo
Chronique by Le Korrigan