★★★★☆ Il faut tuer le soldat Morin
Affaires d'Etat - Jihad, planche du tome 2 © Glénat / Buscaglia / Richelle / Boccato1985. L’entreprise Werner a négocié un gros contrat de vente d’arme avec l’Iran, avec la complicité du Ministère de la Défense, engrangeant au passage de substantiels rétrocommissions. Pour maquiller la transaction, elle n’a pas hésité à émettre de faux bordereaux mentionnant un tout autre destinataire. Pour mettre à jour ce scandale impliquant des personnages au sommet de l’état, Morin, agent de la DST, s’est porté volontaire pour s’embarquer à bord du cargo chargé de les transporter… Mais rien ne s’est vraiment déroulé comme prévu.

Emprisonné en Iran, il parvient à prendre la tangente lors d’un transfert, avec la complicité d’un ancien officier du Shah, alors même que deux hommes envoyés par la DGSE étaient chargé d’éliminer ce trublion de la DST… Alors que Morin tente de survivre sous le soleil écrasant du désert syrien, de fracassantes révélations paraissent dans la presse, éclaboussant les plus hautes sphères de l’état…

Tout laisse à penser qu’une taupe a sciemment informé l’auteur de l’article publié juste avant les élections législatives pour être sûr que la majorité au pouvoir ne s’en relève pas...


Affaires d'Etat - Jihad, planche du tome 2 © Glénat / Buscaglia / Richelle / Boccato
un thriller politico-financier qui dévoile les dessous de l’affaire Luchaire
Pour ce troisième récit d’Affaires d’Etats, Philippe Richelle revisite la retentissante Affaire Luchaire, du nom de l’entreprise qui a violé la législation commerciale régulant les armes de guerre avec la complicité du Ministère de la Défense. L’auteur a bien évidemment pris soin de changer le nom de l’entreprise en Werner ainsi que celui des éminant protagonistes de cette affaire, à commencer par celui du ministre de la Défense alors en poste. Cela permet au scénariste, passionné d’histoire et de politique, de prendre quelques libertés avec la réalité pour accentuer l’intensité dramatique du récit… tout en se mettant à l’abris d’éventuelles poursuites en diffamation puisque, pour mémoire, l’affaire a abouti à un non-lieu, faute de charges suffisante… Il faut dire que bon nombre de pièces à convictions avaient été classées « secret-défence »…

Affaires d'Etat - Jihad, planche du tome 2 © Glénat / Buscaglia / Richelle / BoccatoCe second tome est plus passionnant encore que ne l’était le premier. Le scénariste d’Amours Fragiles (à lire et relire pour mieux appréhender la période troublée que nous traversons) ou des Mystères de la République parvient une fois encore à nous entraîner dans un album aussi nerveux que solidement documenté en tissant avec un récit choral au suspens savamment orchestré et à la mise en scène pour le moins soignée. Et, comme de coutume, il réussit à faire s’incarner chacun de ses personnages, esquissant d’eux un portrait complexe et nuancé et prenant le temps nécessaire pour en faire des êtres de chair et de sang, avec leur travail qui alimente bien évidemment le scénario, mais aussi leur vie privée qui vient enrichir et densifier chacun d‘entre eux. Il y a indubitablement là matière à la réalisation une excellente série historique pour le petit écran…

Epuré et réaliste, le trait d’Alfio Buscaglia s’avère redoutablement efficace. Avec une économie de trait confondante, le dessinateur italien suggère des décors de façon pour le moins crédible et pose les ambiances des différents pays où se déroule l’intrigue de façon convaincante. Si l’attitude et les postures des différents personnages ont fait l’objet d’un soin tout particulier, c’est plus particulièrement son sens du découpage qui rend l’histoire si immersive et entraînante.

Affaires d'Etat - Jihad, planche du tome 2 © Glénat / Buscaglia / Richelle / BoccatoAvec ce second tome d’Affaires d’Etat, Jihad, Philippe Richelle poursuit son fascinant récit mêlant politique, finance, espionnage et guerre des services.

S’inspirant librement de la retentissante Affaire Luchaire, du nom de la société qui a sans vergogne piétiné la législation du commerce d’armement en vendant des obus à l’Iran avec la complicité du Ministère de la Défense, le scénariste tisse un récit rythmé et entraînant mis en scène avec une rare efficacité par le trait épuré et les cadrages virtuoses d’Alfio Buscaglia avec qui Richelle avait déjà signé Les Mystères de la 4e République.

Solidement documenté et parfaitement orchestrée, cette affaire d’Etat s’avère passionnante et entraînante et il nous tarde d’en lire le troisième volet qui devrait parler de la première vague d’attentat islamique sur le sol français dont cette affaire n’est que l’annonciatrice…


- Ca ne va pas ? Tu as l’air soucieux…
- C’est rapport à Mallet… J’aimerai t’en parler, ça me ferait du bien… Mais ce foutu secret professionnel…
- Picoler n’arrangera rien.dialogue entre Crémieux et sa fille

Chronique by Le Korrigan