★★★★☆ Aux Pays des Cancres Rêveurs
Zaza Bizar, planche de l'album © Delcourt / NakhleAprès le magnifique « Les Oiseaux ne se retournent pas », Nadia Nakhle poursuit son exploration de l’enfance et de ses traumas dans l’album « Zaza Bizar » paru également chez Delcourt. Si le premier ouvrage s’attachait à l’odyssée d’une jeune migrante, ici il est question d’handicap invisible et de harcèlement et c’est tout aussi émouvant.

Elle dit non avec la tête…
Elisa est une petite fille de huit ans qui commence son journal « confident ciel » le jour de son anniversaire. Elle décide de prendre comme nom de plume le sobriquet dont l’ont affublée ses camarades de classe : « Zaza Bizar » (d’où le titre) car elle est atteinte, de dysorthographie, dyscalculie, dyslexie et même de de dysphasie et ne s’exprime pas comme eux.

Elle est ostracisée dans la cour de récréation et stigmatisée par ses professeurs qui la trouve désinvolte et perturbatrice. Elle va raconter naïvement à ce journal ses joies, ses peines, son quotidien sur deux années : son calvaire à l’école, son rôle de bouc émissaire, son choix de se taire définitivement et la valse des « pessialites » qui s’ensuit…


Zaza Bizar, planche de l'album © Delcourt / NakhleCette narration est très attachante et provoque l’empathie tout en étant extrêmement poétique. En effet, les textes du journal sont présentés dans une écriture cursive hésitante dotée de ratures et de fautes d’orthographes qui miment les difficultés de la petite "dys" mais permettent également de subtils jeux de mots. Et puis surtout, pour éviter la triste réalité de l’école, elle s’évade dans un monde fantaisiste en compagnie de son amie araignée imaginaire et règle ses comptes en imaginant ses tortionnaires sur «sa palète » aux prises avec sa troupe de sujets pirates.

Avec des craies de toutes les couleurs, sur le tableau noir du malheur, elle dessine le visage du bonheur…
On plonge alors dans l’onirisme et le graphisme est à l’avenant. La couleur préférée d’Elisa c’est la couleur de la nuit et c’est dans des teintes de bleu sombres que se déploient ses rêves, son univers et parfois son désarroi et sa tristesse. Les dessins s’apparentent à des illustrations de contes : les docteurs ressemblent ainsi à des sorciers, la forêt (représentant la solitude) parait oppressante parfois on a du réalisme, parfois un croquis enfantin, souvent des enluminures. On y retrouve aussi des réminiscences de l’univers de Tim Burton. Au fil des pages on est surpris et sous le charme…

Ce livre - inspiré par l’histoire réelle de la jeune sœur de l’autrice- se termine sur un happy end digne d’un conte de fées … Zaza Bizar, planche de l'album © Delcourt / Nakhlemais cette fin que d’aucuns ont trouvé expéditive et artificielle constitue un véritable hommage à tous les aidants qui permettent l’évolution et l’épanouissement de toutes les Elisa. Un véritable petit bijou à lire par tous !

Après son magnifique premier roman graphique « les Oiseaux ne se retournent pas », Nadia Nakhle publie un deuxième album qui a également une fillette pour narratrice et héroïne.

Une fois encore, elle s’intéresse à un être en marge : une petite « DYS » moquée de tous et vilipendée par ses enseignants : version féminine du Cancre de Prévert, elle s’échappe par le rêve et se confie dans son journal. Cet album très émouvant est aussi un vibrant hommage aux aidants et à la poésie de l’enfance rendue dans une écriture presque surréaliste et une mise en page pleine de douceur, d’émotion et d’inventivité.

Un véritable petit bijou à découvrir en famille !


Mon arb(r)e ne parle pas.
Arianée ne parle pas.
Ceux qui parle ne compeine (comprennent) pas.
Ça sert à quoi de parler ?
On en a vaiment besoin ?

Moi j'aime le filence (silence), parce que tou le monde le déteste.Elisa alias "Zaza Bizar"



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